{"id":5708,"date":"2018-02-20T21:44:31","date_gmt":"2018-02-20T20:44:31","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=5708"},"modified":"2018-02-20T21:44:31","modified_gmt":"2018-02-20T20:44:31","slug":"readingclassicschallenge2018-fevrier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2018\/02\/20\/readingclassicschallenge2018-fevrier\/","title":{"rendered":"#ReadingClassicsChallenge2018 F\u00e9vrier"},"content":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai pris de l&rsquo;avance ce mois ci. Je triche un peu en choisissant des ouvrages pas tr\u00e8s \u00e9pais. Ce mois, c&rsquo;\u00e9tait Camus et Yourcenar.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 par Camus, du th\u00e9\u00e2tre pour changer un peu, Caligula et Le Malentendu.<\/p>\n<p>Je ne suis pas un grand fan de Camus, mais je reconnais que ces deux pi\u00e8ces sont d&rsquo;une grande force. Un th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;absurde, d\u00e9j\u00e0, qui vous touche au c\u0153ur. Caligula est une vision de la courte vie de cet empereur romain. Violence, amour, peur, folie, sont au programme, mais tout est maitris\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9criture et la narration. Le malentendu est un huis-clos entre m\u00e8re, s\u0153ur et fr\u00e8re, un quiproquo qui tourne mal. La pi\u00e8ce aurait pu \u00eatre un farce, elle ne l&rsquo;ai jamais, c&rsquo;est un drame noir sans \u00e9chappatoire. La vie pouss\u00e9e au sommet de son absurdit\u00e9. La figure f\u00e9roce et sans piti\u00e9 du vieux serviteur est formidable. J&rsquo;aimerai voir ces deux pi\u00e8ces mont\u00e9es au th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Ensuite la grande Marguerite, ce fut Les Nouvelles Orientales.<\/p>\n<p>Une s\u00e9rie de nouvelles fantastiques, allant de l\u2019extr\u00eame orient (Comment Wang-Fo fut sauv\u00e9) aux Balkans (le sourire de Marko) en finissant par les pays-bas. J&rsquo;ai beaucoup aim\u00e9 ce recueil. Le conte est une forme qui permet la transmission du mythe (j&rsquo;ai lu en m\u00eame temps un ouvrage de Vernant sur le sujet). Son travail d&rsquo;\u00e9criture est remarquable, c&rsquo;est facile \u00e0 lire et savant dans la construction. Les h\u00e9ros sont fragiles et forts. Ils affrontent tous l&rsquo;absurdit\u00e9 de leur vie (la veuve Aphrodisia) ou leur folie (La fin de Marko Kralievitch), voir les deux. Ils se pr\u00e9cipitent souvent avec entrain dans leur malheur (Le dernier amour du prince Genghi). J&rsquo;ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 notre-dame-des hirondelles.\u00a0 Un affrontement entre puissances telluriques et spirituelles qui finit par une fusion de l&rsquo;histoire avec une figure mariale en point d&rsquo;orgue. C&rsquo;est puissant et subtile. Marguerite Yourcenar a un grand talent. Je vous conseille ces petits textes et petite plaisance. La derni\u00e8re phrase pourrait \u00eatre un \u00e9pitaphe du monde.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0-Dieu est le peintre de l&rsquo;univers.<br \/>\nEt avec amertume, \u00e0 voix basse :<br \/>\n-Quel malheur, monsieur le syndic, que dieu ne se soit pas born\u00e9 \u00e0 la peinture des paysages.\u00a0\u00bb<br \/>\nCorn\u00e9lius Berg<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce mois, j&rsquo;ai lu d&rsquo;autres livres, celui qui m&rsquo;a le plus emport\u00e9 est un artiste argentin, Juan, Jos\u00e9 Saer pour une \u0153uvre qui s&rsquo;appelle L\u2019Anc\u00eatre. C&rsquo;est un livre magistral remarquablement traduit par Laure Bataillon. La premi\u00e8re phrase est \u00a0\u00bb De ces rivages vides il m&rsquo;est surtout rest\u00e9 l&rsquo;abondance du ciel.\u00a0\u00bb D\u00e8s les premiers mots vous \u00eates emport\u00e9s par la phrase loin, tr\u00e8s loin avec notre pauvre h\u00e9ros qui vit avec des indiens au quotidien d\u00e9couvrant l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 radicale d&rsquo;une autre soci\u00e9t\u00e9, culture, nature. Il retrouvera apr\u00e8s dix ans la culture espagnole. Il deviendra le scribe de cette soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;il a vu disparaitre. Ces hommes de l&rsquo;instant gr\u00e2ce \u00e0 qui le monde tient debout, l&rsquo;ont ouvert \u00e0 la vie. Un autre homme, l&rsquo;a ouvert \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Nous tenons le fruit de ces rencontres de culture. Il y a une rare sensualit\u00e9. La phrase, les mots se d\u00e9gustent, se relisent. Ils restent longtemps en bouche d&rsquo;abord puis dans notre esprit. En relisant, pour piocher des phrases, je me surprends \u00e0 relire la page, \u00e0 gouter ces mots, \u00e0 voir les couleurs, la plage dor\u00e9e, le ciel bleu, la v\u00e9g\u00e9tation verte. Ce petit lieu qui est le centre du monde. Comment faire pour que la soci\u00e9t\u00e9 terre tienne debout, ne s&rsquo;effondre pas? La solution est dans le livre, du moins une vision de la solution. Ce texte est beau.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Quand nous oublions, c&rsquo;est que nous avons perdu moins la m\u00e9moire que le d\u00e9sir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;appris gr\u00e2ce \u00e0 ces enveloppes vides qui pr\u00e9tendent s&rsquo;appeler hommes, le rire amer et un peu sup\u00e9rieur de qui poss\u00e8de, face aux manipulations de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, l&rsquo;avantage de l&rsquo;exp\u00e9rience.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;avais appris du vieux que les r\u00e9ponses les plus appropri\u00e9s que nous pouvons donner sont celles que l&rsquo;on attend de nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En entrant dans l&rsquo;air translucide du matin, le corps se souvient, sans que le m\u00e9moire le sache, d&rsquo;un air fait de la m\u00eame substance qui l&rsquo;enveloppait, identique, en des ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 enterr\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le seul savoir juste est celui qui reconnait que nous savons seulement ce qui condescend \u00e0 se montrer.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Il n&rsquo;est pas que beau mais d&rsquo;une immense intelligence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai pris de l&rsquo;avance ce mois ci. 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