{"id":5834,"date":"2018-09-18T17:30:43","date_gmt":"2018-09-18T16:30:43","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=5834"},"modified":"2018-09-19T16:31:27","modified_gmt":"2018-09-19T15:31:27","slug":"la-premiere-annee-de-jean-michel-espitalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2018\/09\/18\/la-premiere-annee-de-jean-michel-espitalier\/","title":{"rendered":"La Premi\u00e8re Ann\u00e9e de Jean-Michel Espitallier"},"content":{"rendered":"\n<p>Je n&rsquo;aurais jamais du lire ce livre. Un auteur que je ne connaissais pas, un sujet dont je croyais avoir fait le deuil, une maison d&rsquo;\u00e9dition chez qui je n&rsquo;avais jamais rien achet\u00e9, un ouvrage avec une couverture m\u00e9diatique modeste et ma fuite devant le concept de rentr\u00e9e litt\u00e9raire. Toutes ces raisons faisaient la rencontre avec ce texte improbable voir impossible, et pourtant.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos plus belles d\u00e9couvertes sont parfois le fruit du hasard, d&rsquo;une errance, d&rsquo;une erreur, d&rsquo;un \u00e9chec. L&rsquo;al\u00e9a nous prend au d\u00e9pourvu. Il faut l&rsquo;accepter, le saisir, oser, essayer, l&rsquo;attraper. Mardi en d\u00e9but de soir\u00e9e, je faisais la cuisine en \u00e9coutant des podcasts, France culture, une fabrique de l&rsquo;histoire se finit et enchaine ce que je croyais \u00eatre la compagnie des auteurs. A mon grand d\u00e9sespoir, c&rsquo;est <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/poesie-et-ainsi-de-suite\/complements-de-temps\">la compagnie des po\u00e8tes<\/a>. Je n&rsquo;\u00e9coute jamais cette \u00e9mission, je ne l&rsquo;ai jamais \u00e9cout\u00e9, une forme de refus radical (stupide) \u00e0 \u00e9couter des po\u00e8tes parler. Ne me demandez pas pourquoi, je lis de la po\u00e9sie, j&rsquo;aime m\u00eame \u00e7a, voir beaucoup \u00e7a. Par contre entendre parler de po\u00e9sie m&rsquo;ennuie. Ma r\u00e9action: \u00ab\u00a0Sur France culture, ils sont vraiment nuls m\u00eame pas capable de mettre les bonnes \u00e9missions\u00a0\u00bb. Tu t\u00e9l\u00e9charges pour rien, tu perd un peu ton temps. J&rsquo;ai les mains dans la tambouille. Je ne peux pas changer. J&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;une oreille distraite, \u00e7a va parler du temps, le sujet m&rsquo;int\u00e9resse. L&rsquo;animatrice pr\u00e9sente les invit\u00e9s, je ne connais ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre. Elle commence \u00e0 pr\u00e9senter le premier livre, un r\u00e9cit, le r\u00e9cit d&rsquo;une premi\u00e8re ann\u00e9e de deuil. Je ne suis pas encore tr\u00e8s concentr\u00e9 et l&rsquo;auteur parle d&rsquo;une voix douce, agr\u00e9able apr\u00e8s un morceau des Beatles. Un homme qui aime les Beatles ne peux pas \u00eatre fondamentalement mauvais. Son ton, son rythme est agr\u00e9able. J&rsquo;\u00e9coute plus attentivement. Je suis saisi. L&rsquo;\u00e9mission est tr\u00e8s agr\u00e9able. Le propos me happe. Et tout bascule, vers la fin de l&rsquo;interview l&rsquo;animatrice ou l&rsquo;auteur donne la date du jour de la mort, un trois f\u00e9vrier. Je suis t\u00e9tanis\u00e9, paralys\u00e9. Je suis saisi par la date. Lire devient une urgence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 3\/02 est une date particuli\u00e8re, si pour Jean-Miche Espitalier, c&rsquo;est 2015 pour moi c&rsquo;est 2003, 12 ans s\u00e9parent ces deux jours. Ces deux jours qui ont \u00e9parpill\u00e9 les mille et une pi\u00e8ces de nos puzzles intimes appel\u00e9s identit\u00e9s. Nos histoires n&rsquo;ont rien de similaires voir sont antagonistes. Une femme, un fils, un cancer, un on ne saura jamais, une agonie, la brutalit\u00e9. Et pourtant, pass\u00e9 l&rsquo;avant, le temps de la vie, je suis troubl\u00e9 de lire des mots que j&rsquo;aurai pu \u00e9crire si j&rsquo;avais eu du talent. J&rsquo;ai p\u00e9niblement essay\u00e9 de raconter par petits morceaux mon histoire (<a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?page_id=44\">une semaine)<\/a> d&rsquo;apr\u00e8s la perte d&rsquo;Oscar <a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?cat=18\">(O)<\/a>. J&rsquo;aurai pu lire ce texte d&rsquo;une traite, je n&rsquo;ai pas voulu. J&rsquo;ai lu pr\u00e9cis\u00e9ment sans prendre de notes alors que j&rsquo;en mourrais d&rsquo;envie, pour pouvoir relire des morceaux entiers quand je chercherai des phrases particuli\u00e8rement brillantes. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre un po\u00e8te est beau, il permet de transformer ses \u00e9motions en mots et de pouvoir les transmettre \u00e0 l&rsquo;autre. Ces mots m&rsquo;ont remu\u00e9 comme une temp\u00eate. Je croyais, on est toujours na\u00eff, pouvoir lire sans risque un texte aussi fort. J&rsquo;ai pleur\u00e9. Je me suis souvenu, de l&rsquo;absence insupportable qui l&rsquo;est toujours. Je me souviens de cette passion des chiffres, des jeux avec eux, chaque 3 f\u00e9vrier, je pense \u00e0 l&rsquo;age qu&rsquo;il aurait, \u00e0 ce qu&rsquo;il aurait pu \u00eatre et ce potentiel qui est un vide. Je voulais vivre pour lui, je r\u00e9alise que je n&rsquo;ai v\u00e9cu que pour moi. Sa mort a ravag\u00e9 ma vie, ma fa\u00e7on de voir le monde, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 pris dans ce temps si particulier. Les rares souvenirs d&rsquo;oscar sont l\u00e0 fig\u00e9s \u00e0 jamais. L&rsquo;envie de mourir et surtout de ne pas mourir car ce serait comme le faire. Vivre ce pass\u00e9 au pr\u00e9sent de l&rsquo;indicatif, toujours. Le temps est devenu autre chose pendant des ann\u00e9es, bien sur \u00e7a va mieux, mais lire, replonger me fait me rendre compte \u00e0 quel point j&rsquo;ai trahi la m\u00e9moire de ce fils. Mon absence de talent est la trahison. Incapable de raconter son histoire correctement pour en faire une petite \u0153uvre pour lui, pour qu&rsquo;il reste dans la m\u00e9moire des gens par de la la mienne, car un jour je vais mourir, sa m\u00e8re aussi et qui restera-t-il pour se souvenir de ses petits pieds, de ses yeux et de son corps, des espoirs, des attentes, personne. Je suis triste.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est un grand livre sur le deuil, sur sa m\u00e9canique. Je ne sais pas si le deuil est identique pour tout le monde, si la perception du temps et de l&rsquo;absence, de la mort et de la vie sont les m\u00eames pour tous, pour moi, son cheminement est exactement \u00e7a. Ce sentiment d&rsquo;effritement, cette envie de capturer les instants, ce besoin de raconter sans fin et des petites choses qui se fixent. J&rsquo;aurais bien du mal \u00e0 donner un morceau de musique tr\u00e8s embl\u00e9matique de cette p\u00e9riode. Par contre je peux dire dans quel livre j&rsquo;ai fui l&rsquo;arriv\u00e9e du croque mort, de la SF, honor Harrington. Il faudrait que je relise enti\u00e8rement la s\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est mon exp\u00e9rience de deuil. Je remercie son auteur d&rsquo;avoir pu mettre des mots si justes, si beaux sur cette exp\u00e9rience. Je ne peux que conseiller \u00e0 tout un chacun de le lire pour que Marina vive encore. Je ne peux que conseiller \u00e0 des m\u00e9decins, des \u00e9tudiants en m\u00e9decine, \u00e0 des personnes qui devront un jour affronter l&rsquo;autre avec un deuil, pour celui qui un jour devra affronter l&rsquo;exp\u00e9rience du deuil de l&rsquo;aim\u00e9, de lire ce livre. Se pr\u00e9parer ne sert \u00e0 rien, mais comprendre ce que certains peuvent ressentir et vivre dans ce traumatisme, ce bouleversement, ce tsunami \u00e9motionnel qu&rsquo;est la perte. Ceci peut \u00eatre utile pour mieux accompagner, pour \u00eatre patient, pour comprendre juste l&rsquo;autre qui souffre de fa\u00e7on incompr\u00e9hensible.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour d\u00e9crire la semaine suivant la mort d&rsquo;Oscar je lui avais pr\u00eat\u00e9 mon clavier. Il a encore envie de tapoter.<\/p>\n\n\n\n<p>Dis Jean-Michel, tu as fait pleurer mon p\u00e8re. Je croyais qu&rsquo;il allait mieux manifestement ton histoire l&rsquo;a \u00e9mu. Il faudrait peut \u00eatre que je lise ton bouquin pour comprendre ses premi\u00e8res ann\u00e9es apr\u00e8s ma mort. En tout cas je te remercie. \u00c7a faisait longtemps qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas autant pens\u00e9 \u00e0 moins. \u00c7a fait du bien de r\u00e9chauffer les morts de temps en temps. J&rsquo;aime bien qu&rsquo;on me remue, qu&rsquo;on vienne me titiller, avant c&rsquo;\u00e9tait plusieurs fois par heures, apr\u00e8s \u00e7a s&rsquo;est espac\u00e9 mais c&rsquo;\u00e9tait quotidien et puis depuis quelques ann\u00e9es c&rsquo;est moins r\u00e9gulier, comme si je n&rsquo;avais pas besoin qu&rsquo;on pense \u00e0 moi. Ne me demande pas si j&rsquo;ai vu Marina, tu connais la r\u00e9ponse. Dans cet ailleurs de la mort personne ne se rencontre, en fait maintenant je la connais. Mon daron forc\u00e9ment m&rsquo;a nourri de son \u00e9l\u00e9gance, de son charme, de son odeur, les musiques aussi, tout ce que tu as mis dans ton bouquin. Mon p\u00e8re est un peu pr\u00e9tentieux, il est m\u00e9decin tu vois comme ils sont. Alors ses compliments, tu peux vraiment les prendre pour des compliments car il est un peu avare de ce cot\u00e9 l\u00e0. Il n&rsquo;ose pas le dire mais il y a un truc que tu lui as appris. C&rsquo;est le son de la mort. Il est un peu sourd, ou as tr\u00e8s fut\u00e9, voir les deux, mais c&rsquo;\u00e9tait \u00e9vident ton son de la mort et bien \u00e7a l&rsquo;a scotch\u00e9. Il n&rsquo;en revient pas de ne pas avoir trouv\u00e9 \u00e7a tout seul. Il faudrait vraiment que je le lise ton bouquin.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 c&rsquo;est fini.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce livre est indispensable. Les mots sont beaux mais aussi l&rsquo;objet en lui m\u00eame. Il a \u00e9t\u00e9 fait un tr\u00e8s beau travail sur la taille du texte, sur son d\u00e9coupage, sur ses couleurs, sur les typographies. Ce bel ouvrage rajoute \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience litt\u00e9raire. Il ne manque que la bande-son.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai mis aucune citation, ce texte doit \u00eatre lu dans son int\u00e9gralit\u00e9. Je vous dois la possibilit\u00e9 de la d\u00e9couverte. Chacun ressentira l&rsquo;effet de la po\u00e9sie au gr\u00e9 de son humeur, de sa sensibilit\u00e9. Je meurs d&rsquo;envie de ce petit jeu de la citation, tant certaines phrases sont des fulgurances, mais non. Lisez, lisez, plongez dans ce merveilleux et terrible r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>Je profite de cette note pour partager mon album du moment. Night Walker de Vincent Peirani. Rien \u00e0 dire, juste \u00e9coutez, ce morceau est une belle conclusion car elle n&rsquo;est pas de moi.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/04-What-Power-Art-Thou.mp3\"><\/audio><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n&rsquo;aurais jamais du lire ce livre. 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