{"id":6614,"date":"2023-09-15T20:40:05","date_gmt":"2023-09-15T19:40:05","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=6614"},"modified":"2023-09-15T20:40:05","modified_gmt":"2023-09-15T19:40:05","slug":"reves-de-goya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2023\/09\/15\/reves-de-goya\/","title":{"rendered":"R\u00eaves de Goya"},"content":{"rendered":"\n<p>Je suis \u00e9tonn\u00e9 quand deux livres, lus successivement et qui n&rsquo;auraient pas du l&rsquo;\u00eatre, ont un sujet commun, ici Goya. Je ne devais lire \u00e0 la fil ces deux ouvrages, en d\u00e9placement, je n&rsquo;en avais pas choisi un. L&rsquo;intrus se trouvait depuis un bon mois au fond de mon sac o\u00f9 je l&rsquo;avais oubli\u00e9. En le vidant, je l&rsquo;ai retrouv\u00e9 et plut\u00f4t que d&rsquo;attaquer le deuxi\u00e8me ouvrage que je comptais lire, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 attir\u00e9 par la jolie couverture unie de l&rsquo;inattendu. On insistera jamais assez sur l&rsquo;impact des couvertures dans nos choix de lecture mais c&rsquo;est une autre histoire. <\/p>\n\n\n\n<p>Le premier livre est un recueil de nouvelles de Ivo Andric, \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00e9l\u00e9phant du vizir\u00a0\u00bb. Il s&rsquo;agit du deuxi\u00e8me recueil de nouvelles que je lis de cet auteur nob\u00e9lis\u00e9. J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 emball\u00e9 par \u00ab\u00a0Les contes de la solitude\u00a0\u00bb, depuis quand je rentre dans une librairie je cherche un recueil d&rsquo;Andric. Celui ci est encore tr\u00e8s, tr\u00e8s bien et me conforte dans l&rsquo;id\u00e9e que le yougoslave est un tr\u00e8s grand auteur. La sixi\u00e8me nouvelle s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0Entretien avec Goya\u00a0\u00bb, le narrateur en voyage dans la bonne ville de Bordeaux, \u00e0 la fin d&rsquo;une journ\u00e9e de 1928, dans un caf\u00e9, d\u00e9couvre Goya assis \u00e0 sa table. Il va faire un long monologue sur la cr\u00e9ation et sur l&rsquo;importance de la simplicit\u00e9. Le discours de Goya est fascinant fait de th\u00e9ories et d&rsquo;anecdotes. Son id\u00e9e du portrait est bouleversante. L&rsquo;importance de serrer toujours plus l&rsquo;ouvrage explique sa peinture et l&rsquo;\u00e9criture d&rsquo;Andric. Arrive la fin du monologue, \u00ab\u00a0Oui, toute pens\u00e9e grande et noble est un \u00e9tranger qui souffre. Oui, l&rsquo;art est n\u00e9cessairement triste, la science n\u00e9cessairement pessimiste.\u00a0\u00bb Goya se l\u00e8ve, s&rsquo;en va. Le narrateur le poursuivra, reviendra sur le lieu le lendemain pour le questionner mais trop tard. Le moment est achev\u00e9. Dans ce texte, il y a un cirque comme dans la nouvelle qui m&rsquo;avait le plus \u00e9mu des contes de la solitude. J&rsquo;aime bien le cirque.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me livre est d&rsquo;une brillante autrice fran\u00e7aise Muriel Pic. Je ne peux que vous conseiller ses \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9gies documentaires\u00a0\u00bb un formidable recueil de po\u00e9sie commen\u00e7ant par un lieu hallucinant, qui annonce les futurs camps de vacances de la seconde moiti\u00e9 du XX\u00e9 si\u00e8cle, un lieu de vill\u00e9giature pour nazis m\u00e9ritant sur l&rsquo;ile de R\u00fcgen. Le livre que je viens de finir est publi\u00e9 chez un excellent \u00e9diteur H\u00e9ros-Limite. Il s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0Dialogues des morts sur l&rsquo;amour et la jouissance\u00a0\u00bb. Enthousiasmant, c&rsquo;est intelligent, dr\u00f4le, profond et forc\u00e9ment triste. Apr\u00e8s les neufs dialogues, il y a une s\u00e9rie de courts textes qui racontent des r\u00eaves, la maison de poussi\u00e8re. Le huiti\u00e8me est \u00ab\u00a0R\u00eave du chien de Goya\u00a0\u00bb. Un r\u00eave d&rsquo;enlisement, elle d\u00e9crit remarquablement ce qu&rsquo;on peut ressentir en regardant cette \u0153uvre. L&rsquo;impression de se noyer dans l&rsquo;ocre et le marron comme le corps de l&rsquo;animal dont il ne reste que la petite t\u00eate noire. Le tableau a \u00e9t\u00e9 peint sur le mur d&rsquo;une maison, je me demande si c&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 vivait la Rosarita d&rsquo;Andric. Goya a quitt\u00e9 le chien peint en 1823 pour aller finir ses jours \u00e0 Bordeaux. Le narrateur dans son d\u00e9sir de retrouver Goya finit par s&rsquo;enliser dans la foule devant le cirque. Il est troublant de voir comment le r\u00eave de Muriel Pic dialogue avec le narrateur d&rsquo;Andric. <\/p>\n\n\n\n<p>Le plus \u00e9tonnant ou pas est que Goya chez Andric raconte une histoire de r\u00eave. Comment un mot vu dans un r\u00eave \u00ab\u00a0Mors\u00a0\u00bb sera l&rsquo;amulette qu&rsquo;il peindra sur un tout petit espace \u00e9pargn\u00e9 par ses peintures murales d&rsquo;une p\u00e9riode hautement anxieuse, huit ans plus tard. Je ne sais pas si l&rsquo;anecdote est vraie ou si Andric invente, encore une histoire d&rsquo;enlisement et de r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p>La question qui vient forc\u00e9ment est de savoir si Muriel Pic a d\u00e9j\u00e0 lu ce texte d&rsquo;Andric ou si c&rsquo;est seulement la sensibilit\u00e9 des artistes qui \u00e9prouvent la m\u00eame chose devant un autre tr\u00e8s grand artiste. Je suis \u00e9mu par ces rencontres litt\u00e9raires hasardeuses. Il y a quelque chose du r\u00e9alisme magique dans cette histoire.<\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je suis \u00e9tonn\u00e9 quand deux livres, lus successivement et qui n&rsquo;auraient pas du l&rsquo;\u00eatre, ont un sujet commun, ici Goya. Je ne devais lire \u00e0 la fil ces deux ouvrages, en d\u00e9placement, je n&rsquo;en avais pas choisi un. 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