{"id":6862,"date":"2025-02-03T17:09:18","date_gmt":"2025-02-03T16:09:18","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=6862"},"modified":"2025-02-03T17:09:18","modified_gmt":"2025-02-03T16:09:18","slug":"vingt-deux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2025\/02\/03\/vingt-deux\/","title":{"rendered":"Vingt-deux"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a 22 ans, mon fils est n\u00e9 et il est mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques heures de vie entour\u00e9es de technique m\u00e9dicale et sans amour parental. \u00c9chec de la m\u00e9decine \u00e0 sauver une vie, ceci bouleversera ma vie. Cette absence, ce vide vertigineux m&rsquo;a happ\u00e9 et je ne serai plus jamais tout \u00e0 fait le m\u00eame. Je n&rsquo;aimerai plus la m\u00e9decine, encore moins les m\u00e9decins et leurs peurs. J&rsquo;ai perdu mon insouciance. Je vis dans la peur quasi permanente qu&rsquo;il arrive quelque chose \u00e0 mes filles. <\/p>\n\n\n\n<p>Perdre son enfant si t\u00f4t, sans histoire, juste nourri des projections et des r\u00eaves dons nous remplissons ce petit \u00eatre fragile, a \u00e9t\u00e9 terrible. L&rsquo;absence de m\u00e9moire rajoute un vide au vide. Je ne voulais pas \u00e9crire sur ce triste anniversaire. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un exercice nombriliste, on parle de soi, de sa douleur, de ce creux, toujours plus ou moins l\u00e0, surtout dans les moments de stress ou d&rsquo;angoisse. Ce terrible, tout est possible est le pire. Je n&rsquo;avais pas envie de m&rsquo;exposer encore sur le sujet. Quand on me demande si j&rsquo;ai des enfants, je parle de mes cinq filles et j&rsquo;occulte l&rsquo;existence d&rsquo;Oscar. J&rsquo;ai honte de faire \u00e7a. Honte de ne pas en parler, mais c&rsquo;est compliqu\u00e9. J&rsquo;ai cinq filles et un gar\u00e7on. Non, non, ce n&rsquo;est pas trop dur pour lui, il est mort. \u00c7a casse un peu l&rsquo;ambiance. \u00c7a met mal \u00e0 l&rsquo;aise. On vous regarde bizarrement. Pourquoi vous cassez les conventions sociales ? Pourquoi vous balancez votre douleur comme \u00e7a? Hein, pourquoi? Alors, bien sage, je dis, j&rsquo;ai cinq filles. Elles vont bien. Et je me sens coupable de trahir mon fils. <\/p>\n\n\n\n<p>Je ne voulais pas en parler, sauf que la lecture de \u00ab\u00a0Par instants, la vie n&rsquo;est pas sure\u00a0\u00bb de Robert Bober, est pass\u00e9 par l\u00e0. Je n&rsquo;ai achet\u00e9 ce livre. Je ne remercierai jamais assez la personne qui a eu la tr\u00e8s bonne id\u00e9e de me le faire d\u00e9couvrir. Il \u00e9tait dans un coin attendant avec son joli dessin si troublant de <a href=\"https:\/\/saulsteinbergfoundation.org\/artwork\/untitled-1948\/300-artist-24-small-ssf-65-48\/\">Saul Steinberg<\/a>. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 tourner les pages et je le lis lentement, lentement. Je goute chaque phrase, chaque anecdote, chaque citation. Page <strong>138<\/strong>, je d\u00e9couvre cette phrase de <strong>Jank\u00e9l\u00e9vitch<\/strong>: <em>\u00a0\u00bb Les morts d\u00e9pendent enti\u00e8rement de notre fid\u00e9lit\u00e9. Le pass\u00e9 comme les morts a besoin de nous. Nous parlerons donc de ces morts afin qu&rsquo;ils ne soient pas an\u00e9antis\u00a0\u00bb<\/em>. Alors, je parle de mon fils pour qu&rsquo;il ne soit pas an\u00e9anti. Il y a une autre phrase magnifique du m\u00eame auteur page <strong>140<\/strong>, \u00ab\u00a0<em>Les fusill\u00e9s, les massacr\u00e9s, n&rsquo;ont plus que nous pour penser \u00e0 eux. Si nous cessions d&rsquo;y penser, nous ach\u00e8verions de les exterminer.<\/em>\u00a0\u00bb Alors pour ne pas oublier, j&rsquo;\u00e9cris ton nom, Oscar Burtey.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/300.-ARTIST-24-small-SSF-65-48.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"801\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/300.-ARTIST-24-small-SSF-65-48-801x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6865\" srcset=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/300.-ARTIST-24-small-SSF-65-48-801x1024.jpg 801w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/300.-ARTIST-24-small-SSF-65-48-235x300.jpg 235w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/300.-ARTIST-24-small-SSF-65-48-768x982.jpg 768w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/300.-ARTIST-24-small-SSF-65-48-1201x1536.jpg 1201w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/300.-ARTIST-24-small-SSF-65-48.jpg 1564w\" sizes=\"auto, (max-width: 801px) 100vw, 801px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;est pas facile de remplir une vie si courte. Il n&rsquo;est peut \u00eatre pas n\u00e9cessaire de vouloir remplir ces quelques heures. Il \u00e9tait tentant de tomber dans une folie \u00e0 la \u00ab\u00a0Qui a peur de Virginia Wolff?\u00a0\u00bb et de faire vivre Oscar \u00e0 tous les moments de sa vie. De sa naissance \u00e0 ses 22 ans, racontant ce qu\u2019il aurai pu \u00eatre. La tentation est forte de remplir l&rsquo;absence par des mots qui remplissent le vide gr\u00e2ce \u00e0 un acte d&rsquo;imagination pure. Et p <strong>214<\/strong>, cette lettre de <strong>Flaubert<\/strong> \u00e0 Louise Collet \u00ab\u00a0<em>N&rsquo;importe, bien ou mal, c&rsquo;est une d\u00e9licieuse chose que d&rsquo;\u00e9crire! Que de ne plus \u00eatre soi, mais de circuler dans toute la cr\u00e9ation dont on parle. Aujourd&rsquo;hui par exemple, homme et femme tout ensemble, amant et maitresse \u00e0 la fois, je me suis promen\u00e9 \u00e0 cheval dans une for\u00eat, par une apr\u00e8s-midi d&rsquo;automne, sous des feuilles jaunes, et j&rsquo;\u00e9tais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu&rsquo;ils se disaient et le soleil rouge qui faisait s&rsquo;entrefermer leur paupi\u00e8res noy\u00e9es d&rsquo;amour<\/em>.\u00a0\u00bb Je ne veux pas \u00eatre toi mon fils, je ne veux pas \u00eatre un marionnettiste, je veux ta pr\u00e9sence \u00e0 mes cot\u00e9s. Ce qui ne sera jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>A la page <strong>190<\/strong>, il cite une phrase de <strong>Georges Perec<\/strong> extraite de \u00ab\u00a0W ou le souvenir d&rsquo;enfance\u00a0\u00bb. Elle r\u00e9sonne\/raisonne: \u00ab\u00a0<em>Moi, j&rsquo;aurais aim\u00e9 aider ma m\u00e8re \u00e0 d\u00e9barrasser la table de la cuisine apr\u00e8s le diner<\/em>\u00ab\u00a0. J&rsquo;aurais aim\u00e9 changer tes couches, te donner le biberon, te tenir par les mains pour voir ton premier pas, te soulever et entendre ton rire m\u00e9langer \u00e0 la peur du vol, dans ton regard, et entendre, un encore. J&rsquo;aurais aim\u00e9 t&rsquo;entendre r\u00e2ler, pleurer, t&rsquo;accompagner \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, jouer \u00e0 la balle, te voir nager. J&rsquo;aurais aim\u00e9 voir ta premi\u00e8re dent, tes courses, tes sauts. J&rsquo;aurais aim\u00e9 voir ton premier match de rugby, ta premi\u00e8re longueur de piscine, ta premi\u00e8re lecture. J&rsquo;aurais aim\u00e9 notre premi\u00e8re dispute, notre premi\u00e8re r\u00e9conciliation, te voir entourer de tes s\u0153urs, prendre soin d&rsquo;elles. J&rsquo;aurais aim\u00e9 que tu ne sois pas d&rsquo;accord avec moi, te voir amoureux, te voir triste, te voir joyeux. Nous n&rsquo;avons rien vu, rien partag\u00e9, rien, sauf l&rsquo;absence.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, j&rsquo;\u00e9cris aujourd&rsquo;hui car si personne ne le fait tu disparaitras. Je ne rajouterai pas le n\u00e9ant \u00e0 ton absence, mon fils, Oscar.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/06-I-Can-Never-Say-Goodbye.mp3\"><\/audio><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 22 ans, mon fils est n\u00e9 et il est mort. Quelques heures de vie entour\u00e9es de technique m\u00e9dicale et sans amour parental. \u00c9chec de la m\u00e9decine \u00e0 sauver une vie, ceci bouleversera ma vie. 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