{"id":7037,"date":"2026-08-25T16:38:41","date_gmt":"2026-08-25T15:38:41","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=7037"},"modified":"2026-08-25T16:38:41","modified_gmt":"2026-08-25T15:38:41","slug":"detachement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2026\/08\/25\/detachement\/","title":{"rendered":"D\u00e9tachement"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mardi 28 juillet 2026, je sors des soins intensifs cardiologiques. Je trimballe  mon sac plastique \u00ab\u00a0vestiaire\u00a0\u00bb qui contient les souvenirs de ce moment, trois affaires personnelles, une brosse \u00e0 dents et un peigne offert par le service, deux livres plus l&rsquo;enveloppe de malade, compte rendu, ECG, disque de la coronarographie, ordonnance et arr\u00eat de travail pour un mois. Je suis d\u00e9tach\u00e9 de la perfusion, du scope, du tensiom\u00e8tre. Je suis verticalement dans des couloirs que je ne connais qu&rsquo;horizontalement, c&rsquo;est bizarre. Je suis passivement le chauffeur du VSL, ascenseur,  hall de l\u2019h\u00f4pital, et sortie dans la jolie lumi\u00e8re du pays basque. On discute de tout et de rien. J&rsquo;arrive devant l&rsquo;appartement de location, \u00e9trange de me retrouver l\u00e0. Elle m&rsquo;attend en bas, je suis surpris et joyeux de la voir l\u00e0. Je monte plus vaillamment les trois \u00e9tages que j&rsquo;avais si p\u00e9niblement descendu trois jours avant. Je pose mes affaires. Une de mes filles m&rsquo;attend, je suis content. J&rsquo;ai envie de sortir, acheter les m\u00e9dicaments et voir ma derni\u00e8re fille. Nous ressortons, pharmacie du coin, j&rsquo;ai mon tas de m\u00e9doc. Je croyais \u00eatre d\u00e9tach\u00e9. Nous marchons. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est un peu inqui\u00e9tant de d\u00e9ambuler dans les rues au milieu des touristes. Il y a moins d&rsquo;une heure, j&rsquo;\u00e9tais attach\u00e9 \u00e0 mes meilleurs amis, surveill\u00e9 comme du lait sur le feu et l\u00e0 plus rien, d\u00e9tach\u00e9. Petit moment d&rsquo;angoisse de la libert\u00e9 retrouv\u00e9e, et si il m&rsquo;arrive quelque chose. Stop, tu as vu les images, plus de st\u00e9nose, juste ton sac de m\u00e9dicaments \u00e0 prendre r\u00e9guli\u00e8rement. La mer, je suis content de la voir, envie de me baigner. D&rsquo;abord revoir notre fille. Je reprends le cours de ma vie. Revoir les gens, la joie de la petite fille de me voir vivant, j&rsquo;ai les larmes au yeux, apr\u00e8s un c\u00e2lin, v\u00e9rifi\u00e9e que j&rsquo;\u00e9tais bien l\u00e0 en chair et en os, elle repart jouer avec ses cousins, plus l\u00e9g\u00e8re. Il y aura un avant et apr\u00e8s aussi pour elle. La maladie engage tout le monde, on l&rsquo;oublie facilement, centr\u00e9 sur soi, sur sa survie. Pensez \u00e0 demander comment vont ceux qui entourent le malade. Ce n&rsquo;est pas facile pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je parle de mon exp\u00e9rience. On repart manger, on se retrouvera \u00e0 la plage. Premier repas de d\u00e9tach\u00e9, fatigue qui me tombe dessus. Et puis l&rsquo;oc\u00e9an, je veux retrouver la sensation d&rsquo;apesanteur de l&rsquo;eau. J&rsquo;ai peur des vagues, des gens dans les vagues, \u00eatre cogn\u00e9, saigner avec la biantiagr\u00e9gation. Je vais \u00e0 l&rsquo;eau en passant bien vite la zone peupl\u00e9e pour aller plus loin. Je nage mollement, on m&rsquo;a dit de pas forcer, alors je fais un crawl tranquille, je ne tire pas sur les bras, je v\u00e9rifie mon pouls. Je flotte agr\u00e9ablement en regardant la grande plage, les rochers, le phare, paysage bien connu qui prend une saveur particuli\u00e8re. Je repars tranquille avec mon crawl de petit vieux. Je sors de l&rsquo;eau, je suis fatigu\u00e9. Je reprends les cours des vacances, entre baignades, petites marches, fatigue et bouff\u00e9es d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Pr\u00e9venir mon entourage personnel et professionnel. Plein de messages gentils, je suis touch\u00e9, \u00e9mu. La semaine biarrotte passe vite.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/PXL_20260728_192922889-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"771\" src=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/PXL_20260728_192922889-1024x771.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7040\" srcset=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/PXL_20260728_192922889-1024x771.jpg 1024w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/PXL_20260728_192922889-300x226.jpg 300w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/PXL_20260728_192922889-768x578.jpg 768w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/PXL_20260728_192922889-1536x1157.jpg 1536w, https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/PXL_20260728_192922889-2048x1542.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Retour \u00e0 Marseille, ma deuxi\u00e8me fille est l\u00e0. Je suis heureux de la voir. Elle v\u00e9rifie comme la derni\u00e8re que je suis bien vivant avant de repartir. Il faut faire de la r\u00e9\u00e9ducation cardiovasculaire, je d\u00e9cide de nager. Quand \u00e7a ne va pas trop, <a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2013\/12\/08\/nager-pour-oublier\/\" data-type=\"post\" data-id=\"1716\">me retrouver dans l&rsquo;eau<\/a> reste un bon moyen pour me d\u00e9stresser. Je vais nager tous les jours, je commence mou dans la continuit\u00e9. Je ressens \u00e0 un moment le besoin de voir ce qu&rsquo;il se passe si j&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re un peu. Ce n&rsquo;est pas facile. J&rsquo;ai des grands moments de fatigue encore. Je ne sais pas si c&rsquo;est normal. J&rsquo;appelle un pote cardiologue pour organiser la suite. Je lui parle de la fatigue, il me dit d&rsquo;arr\u00eater les IEC. Je voulais l&rsquo;entendre, je me doutais que l&rsquo;hypotension \u00e9tait responsable de ces grands moments de faiblesse. Je vais me sentir mieux. Cette semaine passe. J&rsquo;ai toujours mes bouff\u00e9es d&rsquo;angoisse. Je ressens ma mortalit\u00e9 comme jamais. J&rsquo;ai un peu peur de tout. Heureusement, le quotidien est l\u00e0 et me ram\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 simple de m&rsquo;occuper de l&rsquo;autre. Ma fille ain\u00e9e arrive. Je suis heureux de la voir. Je crois qu&rsquo;elle aussi. Parfois il faut voir pour \u00eatre sur que l&rsquo;autre est toujours lui et surtout bien l\u00e0, vivant. Je raconte ce moment de traumatisme, encore, je ne m&rsquo;en lasse pas. Parler pour mettre \u00e0 distance, pour faire r\u00e9cit et  \u00e9loigner la terreur de cette nuit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis malade, je n&rsquo;aime pas \u00e7a. Je n&rsquo;y peux pas grand chose et personne n&rsquo;y peux rien. Je d\u00e9couvre dans mes moments d&rsquo;attente et de d\u00e9ambulation marseillaise, deux grand p\u00f4les de la r\u00e9ponse \u00e0 la maladie. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier est ce que j&rsquo;appelle le syndrome de \u00ab\u00a0Qui a peur de Virginia Woolf\u00a0\u00bb, le d\u00e9ni, fantasme entretenu par la m\u00e9decine moderne que l&rsquo;on peut gu\u00e9rir. La tentation du : \u00ab\u00a0il ne s&rsquo;est rien pass\u00e9 et je refais tout comme avant\u00a0\u00bb sauf que le bleu \u00e0 mon poignet n&rsquo;a pas disparu et que je bouffe quatre pilules par jour. Elle est forte cette tentation d&rsquo;oublier la nuit de la douleur et de reprendre comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait. Je comprends mieux pourquoi certains arr\u00eatent leur traitement, si je suis gu\u00e9ri, je n&rsquo;ai pas besoin de m\u00e9dicaments. Logique implacable, limite majeure du discours triomphant d&rsquo;une m\u00e9decine technique, qui se r\u00eave en grande gu\u00e9risseuse aux vertus magiques, plus qu&rsquo;en soignante besogneuse. Cette voie est une erreur, elle est tr\u00e8s tentante, oublier pour que ce qui est ne soit plus. Nier le r\u00e9el ne soigne pas, nier la r\u00e9alit\u00e9 est un rideau de fum\u00e9e. Je le sais bien. La tentation est l\u00e0 puissante. J&rsquo;apprends. L&rsquo;autre tentation est de plonger dans la maladie et de ne vivre que par ce statut. Je suis malade et de ne vivre que dans l&rsquo;angoisse, vie rythm\u00e9e par la prise des m\u00e9dicaments, par la peur des effets secondaires, par la peur de la r\u00e9cidive. Avec la franche augmentation des statines j&rsquo;ai plus de douleurs musculaires. Difficile de les interpr\u00e9ter quand c&rsquo;est au niveau du thorax. Forc\u00e9ment, je nage donc \u00e7a tire, d&rsquo;autant plus que je commence \u00e0 forcer. Juste des douleurs musculaires et \u00e7a fait peur. Au d\u00e9but, je ralentissais pour savoir mais \u00e7a ne veux rien dire, alors j&rsquo;ai acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et comme \u00e7a passait, c&rsquo;\u00e9tait juste mes muscles de vieux. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le c\u0153ur. Je le savais mais c&rsquo;est inqui\u00e9tant. Il est facile du coup de tomber dans le je ne fais rien, je me laisse bichonner, de devenir le patient mod\u00e8le. Vivre obs\u00e9d\u00e9 par ses bobos et ses comprim\u00e9s. Je reconnais que si la tentation du d\u00e9ni est forte, celle ci m&rsquo;est moins naturelle, mais elle a ses charmes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;essaie d&rsquo;explorer une voie m\u00e9diane entre ces deux extr\u00eames. Tu es un autre. Il faut oublier cet \u00eatre plus insouciant qui se r\u00eavait en pleine sant\u00e9. Je ne veux pas l&rsquo;enterr\u00e9 compl\u00e9tement, je veux aussi lui laisser un peu de place. Recomposer son identit\u00e9 en int\u00e9grant cette nouvelle variable, la maladie, juste une variable de plus, importante mais qui n&rsquo;est pas ma vie. Elle te fait voir les choses diff\u00e9remment, elle te bouleverse, nier son existence serait aussi stupide qu&rsquo;en faire l&rsquo;alpha et l&rsquo;om\u00e9ga de ma vie. Ce n&rsquo;est pas facile. Ceci me semble une aventure int\u00e9ressante. Je ne suis qu&rsquo;au d\u00e9but du processus. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, ce qui est sur, je ne retournerai pas en arri\u00e8re? J&rsquo;ai chang\u00e9 et je vais encore \u00e9voluer mais je refuse de me faire \u00e9craser par la maladie. Je veux me d\u00e9tacher mais en gardant bien la m\u00e9moire de ce moment important de ma vie, cette <a href=\"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2026\/08\/13\/douleur\/\" data-type=\"post\" data-id=\"7016\">nuit de la douleur<\/a>. Je regarde r\u00e9guli\u00e8rement mon poignet symbole de mon attachement aux machines, la cicatrice du cath\u00e9t\u00e9risme disparait progressivement comme le bleu a disparu. Je le regrette un peu, il reste une boule probablement un h\u00e9matome. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il restera l\u00e0 pour que surtout je n&rsquo;oublie pas, souvenir palpable de ce qu&rsquo;il m&rsquo;est arriv\u00e9 et m&rsquo;a traumatis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mardi 28 juillet 2026, je sors des soins intensifs cardiologiques. 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