{"id":85,"date":"2011-02-02T22:15:00","date_gmt":"2011-02-02T21:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/?p=85"},"modified":"2011-02-02T22:15:00","modified_gmt":"2011-02-02T21:15:00","slug":"un-roman-sans-titre-de-thu-huong-duong","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/perruchenautomne.eu\/wordpress\/2011\/02\/02\/un-roman-sans-titre-de-thu-huong-duong\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Un roman sans titre\u00a0\u00bb de Thu Huong Duong"},"content":{"rendered":"<p>Un tr\u00e8s grand livre, magnifiquement traduit en fran\u00e7ais, il parle de la folie des hommes et de la guerre. L&rsquo;\u0153uvre est marqu\u00e9e par trois activit\u00e9s essentielles de l&rsquo;homme: manger, r\u00eaver et mourir.<\/p>\n<p>La nourriture joue un r\u00f4le majeur, on meurt pour manger, on tue pour manger, on se socialise en mangeant. Le repas est une activit\u00e9 essentielle, de base pour survivre, mais aussi une source de plaisir, totalement superflu. Le texte pointe magnifiquement cette dualit\u00e9 de nos comportements alimentaires. Une des grandes r\u00e9ussites de l&rsquo;homme, transcender une obligation physiologique pour en faire un objet culturel. Un des rares plaisirs autoris\u00e9s pour ces combattants est celui de manger.<\/p>\n<p>La place de l&rsquo;alimentation traduit la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre, qui consiste pour le soldat de base \u00e0 simplement survivre. Manger par son rituel montre \u00e0 ces hommes qu&rsquo;ils sont encore des hommes, capables de donner du plaisir aux autres et pas uniquement la mort ou des ordres. C&rsquo;est passionnant de voir l&rsquo;utilisation du repas par l&rsquo;auteure, elle explore toutes les dimensions de la gastronomie. Au moment o\u00f9 nous nous gargarisons de notre gastronomie, ce livre montre \u00e0 quel point manger est essentiel et n&rsquo;est pas uniquement l&rsquo;outil d&rsquo;une identit\u00e9 culturelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;identit\u00e9 humaine se construit autour de, pr\u00e9parer le repas, nourrir l&rsquo;autre, le soigner.\u00a0 Nourrir un enfant n&rsquo;est il pas notre premier activit\u00e9 de soin. On nourrit l&rsquo;autre, par ce m\u00e9dia on fait du bien, on donne du plaisir. C&rsquo;est tr\u00e8s fort. La guerre ram\u00e8ne ces hommes \u00e0 une situation archa\u00efque, tuer pour ne pas \u00eatre tuer, et pourtant on pr\u00e9pare au milieu de la jungle des repas gastronomiques et raffin\u00e9s. Un magnifique hommage \u00e0 cette activit\u00e9 si humaine, la cuisine.<br \/>\nL&rsquo;autre grande activit\u00e9 du h\u00e9ros Qu\u00e2n est de r\u00eaver. L&rsquo;activit\u00e9 onirique est essentielle pour la trame narrative et pour la survie du h\u00e9ros. Les r\u00eaves sont tous passionnant. Il faudra que je les relise pour en saisir toute la port\u00e9e. Cette mani\u00e8re de m\u00ealer sans transition la r\u00e9alit\u00e9 et le r\u00eave dans une continuit\u00e9 narrative, comme si les r\u00eaves devaient \u00eatre la r\u00e9alit\u00e9 et la guerre, le cauchemar.<\/p>\n<p>Ce livre est d&rsquo;une richesse immense, lien avec la m\u00e8re (\u00ab\u00a0Nos m\u00e8res: nous les faisons souffrir dans cette vie pour ensuite consoler leurs fant\u00f4mes\u00a0\u00bb p68), le fr\u00e8re, relation au p\u00e8re, l&rsquo;amiti\u00e9, la camaraderie, qu&rsquo;est ce qu&rsquo;un bon soldat, un salopard (\u00ab\u00a0Pour la gloire nous avion tous reni\u00e9\u00a0\u00bb p39). Ceux qui cherche la soci\u00e9t\u00e9 du soin doivent le lire. Qu\u00e2n a un d\u00e9sir permanent de soigner, il n&rsquo;y r\u00e9ussi pas toujours, le soin est temporaire, mais il essaye toujours. Il soigne m\u00eame les morts. Nous soignons tant que nous pouvons mais \u00e0 la fin, la camarde est toujours la gagnante.<\/p>\n<p>Il y a des sc\u00e8nes hallucinantes, en particulier, les fabricants de cercueils qui mangent la for\u00eat pour la transformer en lit pour leurs camarades mourant au front. Les hommes qui dorment avant dans ces cercueils pour ne pas se faire d\u00e9vorer par les tigres, essayer la mort, pour survivre&#8230;<\/p>\n<p>Il y a des images magnifiques (\u00ab\u00a0Une fum\u00e9e trouble dans le d\u00e9sert infini de mon pass\u00e9\u00a0\u00bb p206), c&rsquo;est une miniature, un tableau, les teintes, les lieux sont magnifiquement dessin\u00e9s, c&rsquo;est tr\u00e8s beau.<\/p>\n<p>Il y a un contraste permanent entre la douceur des paysages et de la nature et la brutalit\u00e9 de la vie. C&rsquo;est le roman du tout est possible et surtout le pire (\u00ab\u00a0A quoi bon s&rsquo;enfuir. Ce sont les balles qui \u00e9vitent l&rsquo;homme. Personne ne peut \u00e9viter une balle\u00a0\u00bb p44). Il n&rsquo;y a jamais de transition entre les moments de joies et la bascule toujours brutale vers l&rsquo;horreur. Il n&rsquo;y a pas de faux semblants, de tours de passe passe, la vie dans toute sa crudit\u00e9, sa beaut\u00e9 et son horreur. Je suis vivant, tu es mort. Je ne sais pas pourquoi je suis vivant \u00e0 souffrir alors que toi l&rsquo;aim\u00e9 tu n&rsquo;es plus l\u00e0. Un immense livre sur la perte, sur le deuil, sur l&rsquo;humanit\u00e9 tout simplement.<\/p>\n<p>Un tr\u00e8s grand moment de lecture que je conseille \u00e0 tous, j&rsquo;ai pris beaucoup de plaisir. Profitez en c&rsquo;est tellement rare le bonheur comme le chantait le grand l\u00e9o.<br \/>\n[audio: https:\/\/perruchenautomne.eu\/musique\/05%20Piste%205.mp3]<\/p>\n<p>Une derni\u00e8re citation: \u00ab\u00a0Il r\u00e9gnait une odeur, une odeur qu&rsquo;aucune litt\u00e9rature ne saura jamais d\u00e9peindre\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un tr\u00e8s grand livre, magnifiquement traduit en fran\u00e7ais, il parle de la folie des hommes et de la guerre. L&rsquo;\u0153uvre est marqu\u00e9e par trois activit\u00e9s essentielles de l&rsquo;homme: manger, r\u00eaver et mourir. 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