Association polykystose rénale autosomique dominante de type 2 et anomalies de latéralité droite gauche, une histoire franco-belge.

Le contrôle de la latéralité droite-gauche est un processus complexe. Je vous avais présenté un thorax piège à externe, ici et un peu expliqué les différents types de défaut de la mise en place la LDG au niveau cardiaque, là.

Une structure essentielle pour sa mise en place est le nœud embryonnaire. Il s’agit d’une petite dépression à la surface de l’embryon constitué de cellules ciliées. Les cellules du centre ont un cil mobile et en périphérie un cil primaire. Le flux généré par les cils mobiles (ils tournent vers la gauche) ploie les cils  primaires (du coté gauche) qui vont répondre à cette stimulation par la génération d’un flux calcique qui sera le point de départ d’une cascade (expression de nodal et lefty-2) qui conduira au fait que vous ayez un coté droit et un coté gauche.

Les maladies kystiques génétiques rénales ont fait redécouvrir un organelle qui est devenu en dix ans un star, le cil primaire. Toutes les maladies rénales kystiques génétiques sont des ciliopathies. Il y a un dysfonction du cil primaire. La plus fréquente de ces maladies est la polykystose rénale autosomique dominante. Deux gènes peuvent être muté PKD1 (85% des cas) ou PKD2 (15% des cas).

Pour mieux comprendre une maladie, les chercheurs aiment bien créer des modèles animaux. Pour la PKD, le phénotype des animaux invalidés pour Pkd1 ou Pkd2 est très proche, mort in utéro, des kystes rénaux, des kystes pancréatiques et des anomalies cardiaques. Une seule différence évidente existe. Les souris invalidées pour Pkd2 présentent des anomalies de la latéralité. Dans un tiers des cas, il y a un situs solitus, dans un autre tiers un situs inversus et dans le dernier tiers une hétérotaxie. Chez ces animaux, la mise en place de l’axe droite gauche est devenu aléatoire. Les animaux invalidés pour Pkd1 ne présentent pas ce phénotype. PKD2 est exprimé dans le noeud embryonnaire pas PKD1. La polycystine 2 est un canal TRP qui participe à la génése du flux calcique, ce qui tombe bien car le début de la signalisation dans le nœud embryonnaire est calcique. Ce phénomène est aussi observé chez les poissons présentant une mutation dans Pkd2 (curly up).

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Un équipe franco-belge vient pour la première fois, chez l’homme, de mettre en évidence des anomalies de la latéralité droite-gauche associée à une PKD secondaire à une mutation de PKD2.

  1. Stanislas Bataille et al., « Association of PKD2 (Polycystin 2) Mutations With Left-Right Laterality Defects », American journal of kidney diseases : the official journal of the National Kidney Foundation (juin 30, 2011).

Deux patients présentent un situs inversus totalis, le dernier une dextrocardie isolée. Ils ont tous une polykystose rénale dominante autosomique dominante typique avec une histoire familiale typique. Les auteurs ont recherché des mutations dans les gènes PKD1 et PKD2. Dans un cas, il existe une mutation ponctuelle probablement pathogène. Il n’existe pas de mutation de PKD1. Les deux autres patients ne présentent pas de mutation ponctuelle. Les auteurs ont recherché une grande délétion ou une duplication. Dans une famille la PKD est associée à une grande délétion de PKD2 et d’ABCG2 (le gène contigu), dans la dernière famille, il existe une duplication de l’exon 3 de PKD2. Toutes ces anomalies génomiques sont responsable d’un défaut d’expression de PKD2 expliquant la présence des kystes rénaux.

Dans les trois familles, qui ne sont pas apparentées, seules ces trois patients présentent une anomalie de la latéralité droite gauche. L’hypothèse la plus plausible pour expliquer cette faible pénétrance est un modèle en deux coup au niveau du noeud embryonnaire avec la nécessité de perdre complétement l’expression de la polycystine-2 pour une expression du phénotype. Une autre hypothèse est la présence d’une autre anomalie moléculaire responsable de l’anomalie de la latéralité. Ceci est peu probable car les patients n’ont aucune manifestation en faveur d’un syndrome de Kartagener associé.

Une analyse phénotypique attentive et une certaine ténacité pour rechercher l’anomalie moléculaire confirme que l’homme est un vertébré comme un autre. Une perte de l’expression de la polycystine-2 chez lui peut aussi être associée à des anomalies de la latéralité droite-gauche.

Il serait intéressant de systématiquement rechercher dans les familles porteuses d’une mutation dans PKD2 des anomalies de la latéralité droite-gauche.

Devant toute anomalie de la latéralité, une échographie rénale à la recherche de kystes doit être faite et il faut rechercher la notion de maladie kystique rénale dans la famille.

Cet article est important dans le champ de la polykysose rénale autosomique dominante. Ce n’est pas tous les jours qu’on décrit une nouvelle manifestation phénotypique d’une maladie relativement fréquente.

La connaissance de la littérature et une certaine curiosité sont importantes pour améliorer la prise en charge des patients.

 

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5 réponses à Association polykystose rénale autosomique dominante de type 2 et anomalies de latéralité droite gauche, une histoire franco-belge.

  1. K dit :

    Un article qui va faire parler de lui… Je suis d’accord sur ce point « ce n’est pas tous les jours qu’on décrit une nouvelle manifestation phénotypique d’une maladie relativement fréquente »
    Bravo

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