Le cardiologue rêve des femmes

Manifestement les cardiologues depuis quelques années envient les gynécologues. Ils en ont assez de voir des hommes entre deux ages bedonnants et clopants. Il veulent de la femme jeune, de la chair fraiche. J’avais déjà relevé une campagne de publicité assez mythique. La précédente campagne qui date de 2013 n’ayant pas porté ses fruits, ils repartent dans cette quête féministe avec un clip encore plus racoleur.

Il s’accompagne d‘une jolie page web qui suggère, sans le dire, que les femmes serait devenues les premières victimes d’infarctus du myocarde.

SFCfemme _hommeConcernant cette assertion sur la progression des IDM entre 2002 et 2008, je suis allé regarder. Je reproduis une figure de l’article de l’INVS.

risque IDMEffectivement, le risque d’infarctus pour les femmes entre 45 et 54 ans augmente pour les femmes alors qu’il diminue chez les hommes. Regarder les chiffres bruts permet de recadrer le débat. En 2008, le taux d’IDM hospitalisé pour les hommes est de 162/100000 contre 29/100000 chez les femmes. Si les femmes font plus d’IDM qu’avant, elles sont encore loin d’atteindre les taux masculins. Ce serait bien de donner une information complète. C’est moins spectaculaire certes mais la confiance passe par la vérité.

Oui, l’infarctus du myocarde existe chez la femme de moins de 55 ans.

Oui, il faut y penser devant toute douleur thoracique chez une femme.

Oui, il faut lutter contre les facteurs de risque en particulier le tabagisme, mais il ne faut pas baisser la garde chez les hommes. Même si le risque à un peu diminué chez les hommes, il reste 5 fois plus important que chez les femmes. Ce genre de message pourrait faire croire que le combat est gagné chez les producteurs de testostérone, clairement non.

Je ne suis pas sur que cette vidéo totalement outrancière, on nous montre une jeune femme plutôt svelte, sans clope au bec, qui a moins de trente ans, serve le but attendu, surtout sans message expliquant que le tabac est le principal facteur de risque dans ce cas. Elle fait du sensationnalisme. Cibler les vraies femmes à risque en prenant un peu plus de temps pour expliquer m’aurait paru plus judicieux.

Au moins cette fois ci on évite de dire aux femmes de 40 ans d’aller toutes voir un cardiologue. Par contre les gynécologues et les médecins généralistes sont activement incités à sensibiliser les femmes à ce problème. Je trouve très bien que soit mis en avant les règles hygiéno-diététiques, sans parler de médicaments.

« Une bonne hygiène de vie est la solution la plus efficace contre la maladie cardio-vasculaire.
Elle passe par une alimentation saine, variée et équilibrée, zéro cigarette, une activité physique régulière, une gestion adaptée du stress. J’incite activement tous les médecins généralistes et tous les gynécologues à sensibiliser et accompagner leurs patientes dans ce sens… »
Pr Claire Mounier-Vehier, Présidente de la Fédération Française de Cardiologie.

Sinon est ce que vous saviez que l’incidence du cancer du sein chez les hommes avaient explosé de 25% entre 1973 et 1998? Ça fait peur hein.

hommekseinD’un coup vous êtes plus détendu. Ce graphe est digne de Fox news, j’ai honte, mais il est comme ça dans l’article.

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PS: si on peux m’expliquer ce qu’est une incitation passive, je suis preneur.

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9 réponses à Le cardiologue rêve des femmes

  1. drjbblanc dit :

    Dès qu’un risque ou un bénéfice est exprimé en valeur relative c’est pour manipuler. Un exemple de plus

  2. Yann dit :

    Merci pour cet excellent billet. Effectivement, les cardiologues ratent une occasion de parler du tabac, c’est dommage…
    Pour l’article sur le cancer du sein chez l’homme, le papier en lui-même est prudent « Although it remains a rare disease, the incidence of male breast carcinoma is increasing », et pas dans la même démarche un peu racoleuse de la FFC. Pour attirer des financeurs?

  3. marnie dit :

    Je suis d’accord avec vous sur la qualité du clip, il est nul à tout point de vue.
    Cependant, je ne pense pas qu’informer sur ce sujet soit inutile.
    Je suis une femme jeune, mince, non fumeuse, avec une bonne hygiène de vie mais une mauvaise hérédité. J’ai donc fait un infarctus à 40 ans.
    Je peux vous assurer que quand vous êtes une jeune femme, personne ne prend votre douleur thoracique au sérieux. J’en a parlé à 3 médecins. Le premier n’en a pas tenu compte, le deuxième m’a dit que c’était le stress et le troisième m’a prescrit des somnifères (que je n’ai pas pris) en me disant que je n’avais qu’à dormir 2 jours et que ça irait mieux…
    C’est finalement mon insuffisance rénale (modérée) qui a joué en ma faveur pour une prise en charge aux urgences cardiologiques. Quelques heures plus tard, j’étais admise en soins intensifs.

    D’après les cardiologues qui m’ont suivi en réadapatation, l’infarctus est trop souvent mal diagnostiqué chez les jeunes femmes et elles sont trop nombreuses à mourir alors qu’elles auraient pu être sauvée avec une prise en charge rapide. Elles sont certes moins nombreuses que les hommes mais ce n’est pas un sujet de campagne totalement anodin même si le traitement qui en est fait dans ce clip est nullisime. En réadaptation, nous étions peu nombreuses, il est évident que les hommes sont bien plus touchés mais ils sont également mieux diagnostiqués et donc mieux soignés.
    Si ça peut au moins sensibiliser les médecins, ce sera toujours ça de gagné !

    J’en profite pour vous remercier pour ce blog très intéressant !

    • PUautomne dit :

      Merci pour votre témoignage, loin de moi l’idée de nier l’existence des infarctus chez les femmes. Je pense par contre que ne pas raconter n’importe quoi est important pour la crédibilité du message. J’essaye d’éviter les approximations quand je parle de médecine, aucune bonne cause ne doit justifier la manipulation des données au risque de perdre en crédit et de ne plus être entendu.

    • Bonjour Marnie,
      Ce qui est rarissime est difficile à diagnostiquer, toujours.

      Un infarctus sans facteur de risque majeur ou hérédité lourde chez une femme de 40 ans, c’est tout simplement exceptionnel, de l’ordre d’une demi-douzaine par an.

      • marnie dit :

        Bonjour,

        je suis bien consciente de ne pas être un cas typique.
        C’est pourquoi quand la douleur thoracique a commencé à irradier dans le bras gauche, je n’ai pas appelé le 15 alors que je savais très bien de quoi il s’agissait. J’avais déjà vu 3 médecins, je savais qu’on allait encore tenter de me persuader que je n’avais rien et j’en avais ras le bol… Du coup, je me suis dit que si le cœur lâchait avant les reins, ce n’était finalement pas plus mal, ça allait m’éviter des décennies de dialyse et la fréquentation régulière d’un néphrologue qui m’était de plus en plus insupportable. Je suis allée me coucher en sachant parfaitement que je risquais de ne pas me réveiller. Voilà où ça mène de ne pas rentrer dans les bonnes cases.
        j’ai changé d’avis le lendemain ne constatant que j’étais toujours en vie.

        Il est vrai que ce clip est nul et excessif mais en conclure que les cardiologues sont des amateurs de chair fraîche qui veulent refourguer des statines aux jeunes femme crédules est sans doute excessif également. Ils ne sont pas responsables de la com’ débile de leur fédération.
        En consultation, ils ont été les premiers à évoquer les effets secondaires des statines et à souhaiter réduire la dose au maximum. J’ai été la première surprise par la facilité qu’il y avait de discuter avec eux. Je n’avais jamais pu avoir ce type de discussion avec les néphrologues et c’est l’attitude positive des cardiologues qui m’a décidée à chercher un néphrologue qui me prendrait mieux en charge alors que j’avais fini par me résigner à être mal soignée.
        C’est sans doute pour cela que je suis plutôt encline à les défendre malgré cette campagne nulle. Je ne pense pas qu’elle soit le reflet de ce pensent et font les cardiologues au quotidien.
        La première fois que j’ai vu un cardiologue j’avais 15 ans, donc niveau prévention j’avais de l’avance sur les recommandations de leur campagne de 2013 qui était tout aussi idiote et inutile.
        C’est plus un problème de diagnostic que de dépistage !

  4. Cette histoire d’épidémie d’infarctus féminins est une obsession de la FFC et de sa présidente. La chute des statines ne doit pas être étrangère à cette désinformation organisée, les femmes étant plus réceptives à la prévention. Tous les médias sont inondés de dossiers de presse à ce sujet.

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