Pour quelques papiers de plus, c’est important l’impact factor.

En ce beau mois de Juin 2021, nous allons avoir la sortie des impact factors des revues pour 2020. Cette cuvée est particulièrement attendue. Nous allons connaître les gagnants de la COVID-19, avec plus de 91 000 articles dans pubmed pour 2020, un niveau de citations hallucinants pour certains papiers, aucun doute qu’il va y avoir des variations dans le facteur d’impact des revues.

Je ne reviendrais pas sur l’infodémie qui a touché la littérature scientifique, tout a été dit et par plus compétents que moi. Ce jour, nous sommes à plus de 143 000 articles indexés sur le sujet. Avec une qualité très variable, allant du très bon au dramatiquement mauvais. J’ai cru bêtement que nous apprendrions de l’année 2020 et que la communauté se calmerait en prenant plus de temps pour publier. Manifestement c’est mal engagé. Je reconnais que ceci m’a déprimé, je lis très peu sur le sujet depuis plusieurs mois. Je m’y suis remis pour répondre à une promesse et je n’ai pas été déçu…

Pour illustrer le fait que nous ne sommes pas raisonnables quand il s’agit de voir notre liste de publications augmentée et notre nom dans un journal, je vais illustrer ça par une vieille légende néphrologique qui est revivifier avec la COVID-19. Il existe une vieille angoisse de néphrologue clinicien qui est le risque de rechute de glomérulopathies avec la vaccination, en particulier pour les syndromes néphrotiques à lésions glomérulaires minimes. Ceci traîne dans la mémoire de nombreuses personnes, on l’a dit a des patients, et encore certains nous ressortent cette vieille histoire. Le niveau de preuve est nul.

La vaccination pour la COVID-19 est un sujet sans fin de délires complotistes et de peurs irrationnelles. Ces vaccins sont particulièrement scrutés en terme d’effets secondaires, ainsi le risque de thromboses atypiques avec l’AZ a été très rapidement sorti et l’explication qui va avec. Pour confirmer ce risque, il a fallu analyser le risque de ces thromboses dans la population générale pour voir le petit surrisque et faire de la biologie pour identifier une relation de causalité. Sure le risque de thrombose et thrombopénie et comment analyser une cohorte, je vous conseille ce papier récent. Dans cette ambiance, chaque événement post vaccination a été/est scruté, par exemple la paralysie faciale, des messages un peu anxiogènes commençaient à apparaître, quand une équipe française a montrer qu’il n’y avait pas de surrisque de paralysie faciale après la vaccination contre le SARS-COV2. En pratique, chaque effet secondaire inattendu potentiellement en rapport avec la vaccination devrait être analysé en comparant le risque attendu dans la population non vaccinée et le risque observé dans l’ensemble de la population vaccinée. Si nous ne nous reposons que sur des reports de cas, nous risquons d’être exposé à un des biais les plus fréquents, le biais de confirmation, surtout quand on veut une explication facile à une question à laquelle nous n’avons pas de réponse. Si vous voulez un très bon exemple de ce biais, je vous conseille cette chronique sur le trèfle à 4 feuilles.

Quand envie du scoop, angoisse ancienne et biais de confirmation se combinent vous avez la petite avalanche attendue, mais à laquelle j’espérais que les éditeurs des revues néphrologiques résisteraient, sur les cas de poussées de glomérulopathies ou vascularites post vaccinations. J’ai retrouvé 8 cas de LGM, 9 cas de d’hématurie sur néphropathie à dépôt d’IgA, une glomérulopathie extra-membraneuse, deux cas de vascularité à ANCA et un cas de syndrome hyperIgG4 dans la littérature à la date du 9 juin 2022. Je ne doute pas que d’autres vont sortir. Pour ceux qui veulent j’ai les références dans un coin de mon zotero. Ce qui est intéressant c’est que les 13 articles (souvent des lettres à l’éditeur) ont été publiés uniquement dans deux revues (Kidney international et AJKD). Je ne connais pas les raisons du cluster. Je vous rappelle qu’à la date d’aujourd’hui 2 milliards 200 milions de doses de vaccins ont été injectés. Je ne sais pas à combien de patients avec un antécédents des néphropathies sus cités, le vaccin a été injecté mais certainement beaucoup car la maladie rénale chronique est clairement un facteur de risque de forme grave de la COVID-19 et nous poussons nos patients à se faire vacciner. Je suis convaincu que nous avons raison. Je trouve vraiment dommage de mettre en avant ces histoires qui ne sont que des histoires de chasse sans valeur scientifique. Dieu sait que j’aime les cas cliniques.

Je reconnais que, peut être, la jalousie de ne pas pouvoir rapporter une telle histoire nourrit mon amertume de voir ces cas publiés. Il n’empêche que je trouve bizarre d’accepter ces lettres qui n’apportent strictement rien en terme de causalité. Il y a juste une association temporelle sans aucune démonstration d’un lien de causalité, ceci ne pourra être apporté que par des analyses de pharmacovigilances du type de ce qui a été décrit pour la paralysie faciale. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de causalité, je dis juste que le niveau de preuve n’est pas là pour le suggérer et encore moins l’affirmer. C’est comme si, après avoir été vacciné dans les 15 jours, je tombais de vélo, me cassais un bras et disais, c’est la faute du vaccin. Il y a un lien temporel mais aucun lien mécanistique, en fait je pourrais en trouver un. Je gardais une petite douleur résiduelle dans l’épaule qui m’a perturbé et je suis tombé à cause de ça. Je peux donc affirmer que si je n’avais pas été vacciné, je ne me serais pas cassé le bras. En fait je suis distrait et je suis déjà tombé de vélo, donc je suis plus à risque de retomber, c’est juste ça. La vaccination est une bonne excuse pour me dédouaner de ma distraction qui devrait m’interdire la conduite vélocipédique.

Il est dommage de se précipiter sur ces cas qui vont nourrir la suspicion de ceux qui cherchent de bonnes raisons de ne pas vacciner. Le sujet est trop sérieux pour que nous gardions nos petits réflexes de publications faciles. Déclarons à la pharmacovigilance, tenons des registres de glomérulopathies avec la fréquence des récidives, produisons de la donnée solide. C’est important pour les patients. Je relaie l’initiative du CMR SNI qui souhaite répondre à cette question (bravo à eux).

J’ai vraiment cru (je suis un grand naïf) que l’infodémie covidienne, certains délires autour d’approches thérapeutiques mises en avant sans aucune preuve, allaient nous soigner un peu de l’obsession du scoop des revues. Ce serait probablement après la prochaine pandémie ou à la saint-glinglin.

En attendant, petit conseil musical: l’album Echos de Dahveed Behroozi, Thomas Morgan et Billy Mintz. Écoutez le premier morceau, c’est beau, petit frisson garanti.

Maj du 10/06/2021: Deux nouveaux cas hier et aujourd’hui de LGM dans KI et une MBG

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1 réponse à Pour quelques papiers de plus, c’est important l’impact factor.

  1. Lydia Benhocine dit :

    Tellement vrai tout ça!
    Merci de dire tout haut ce que nous pensons tout bas!

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