Des limites et de l’effort, conseils d’écoutes

Les limites du corps et de la performance dans le sport sont des questions qui reviennent régulièrement. Étienne Klein a réuni dans sa conversation scientifique quelques personnes sur le sujet. L’émission était très intéressante. Il est dommage qu’elle ne fut pas plus longue car il y avait une vraie tension entre JF Toussaint expliquant que nous avons touché les limites de nos capacités humaines sur les épreuves classiques en athlétisme par exemple et les deux autres intervenants qui défendaient une position du « no limit ». Avec un traditionnel si on veut on peut. Il y avait du grain à moudre pour une bonne heure d’émission en plus, mais la limite était touchée.

Si vous ne croyez pas que nous atteignons un pic dans la performance, je vous conseille cette lecture. Ce qui est très fort, c’est de voir que la stagnation touche les hommes mais aussi les animaux avec sur la figure suivante l’exemple du saut de grenouille. Nous avons des limites physiologiques indépassables, la biomécanique comme toutes sciences n’a qu’un but briser nos rêves.

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Les tenants, aboutissants et « solutions » sont abordés dans l’article. Pour améliorer les records, il faudra améliorer les hommes que ce soit par des approches technologiques (admirez le décrochage dans les épreuves de natation avec l’apparition des combinaisons) ou génétiques. On peut se poser la question de l’intérêt de la poursuite de cette course aux records qui ne peut conduire qu’à la tentation du  dopage.

Pour aller plus loin et poursuivre sur la problématique du pourquoi faire des efforts ? Je vous recommande l’excellente émission des nouveaux chemins de la connaissance, sur la philosophie de l’effort. La philosophe, Isabelle Queval, explique très bien l’idéologie de l’effort qui s’est développé dans le monde avec en fer de lance le sport. C’est passionnant. Je vous conseille de l’écouter en faisant une activité physique un peu intense. La mise en abyme est troublante. Je retiens de l’approche philosophique, que ce n’est pas les limites de l’espèce que nous devons rechercher mais nos propres limites dans un effort qui doit être harmonieux, comme la voie du Tao. Notre expérience individuelle de l’effort nous laisse face à nous même avec nos limites mais aussi notre désir, tension entre ubris et réalité. L’effort bien compris ne doit pas viser à sélectionner l’individu mais permettre à la personne de s’accomplir. L’effort physique nous apprend à porter attention au détail. Cette attention exacerbée appliquée à la vie doit nous permettre de profiter réellement de celle ci. Maintenant que nous avons atteints les limites de nos performances en temps qu’espèce le but du sport ne doit plus tendre vers le record mais vers un accomplissement de l’individu dans la quête du geste parfait sans que le résultat importe. Le voyage est plus important que la destination.

L’exemple du boucher du prince Wen-houei est une belle illustration de ces objectifs de perfection où l’effort disparait, mis pour y arriver que d’efforts et de répétitions.

Ces deux émissions sont très stimulantes pour la réflexion sur le sens de l’effort  et au delà de nos vies à travers la quête d’un absolu que nous avons déjà atteints comme mammifère bipède. Nous devrions concentrer nos efforts vers plus de collaboration entre nous que vers un individualisme forcené.

 

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4 réponses à Des limites et de l’effort, conseils d’écoutes

  1. nfkb (@nfkb) dit :

    Merci pour cette chouette note qui m’intéresse forcément !

    Je suis bien d’accord avec toi sur le fait que j’aurais aimé entendre plus JF Toussaint. J’ai lu aussi quelque part que les performances sportives moyennes à l’école sur des tests « standardisés » baissaient.

    Je ne peux que renchérir sur la beauté de la répétition quasi « zen » d’un geste (suivre la ligne noire à la piscine http://silberblog.graphz.fr/la-ligne-noire/ ou la ligne bleue sur le vélodrome http://www.nfkb0.com/2015/05/26/la-ligne-bleue/ ) pattern comes through repetition, c’est mon mantra actuel (notez en // tiré par les cheveux que la Science cherche aussi aussi des patterns en multipliant les observations)

    L’épanouissement individuel existe à travers le sentiment d’accomplissement d’un bel effort, de la course un peu intense, une belle sortie vélo avec les copains ou une traversée maritime, pas besoin d’un adversaire pour se complaire dans le sport.

    Mais, le sport est durablement lié à la compétition. Les gens se comparent plus que jamais sur Strava ou autre, à l’échelle internationale des nations mettent en place des plans de tricherie pour exister dans la compétition. Des millions de dollars sont en jeu.

    Et puis tu as bien raison de parler du dopage, comme nous ressentons un peu intuitivement aussi cette notion de stagnation des records tous les athlètes dominant leur sport deviennent suspects : que font ils de plus là où tout le monde cherchent à tout optimiser ? Pourquoi est-ce que sont les mêmes qui surgissent sur la ligne en tête ? (Brownlee en triathlon ITU ou Frodeno sur le format Ironman par exemple, Froome et la Sky en cyclisme). On susurre qu’il existe désormais du dopage génétique

    J’écouterai Isabelle Queval demain sur mon home-trainer 🙂

  2. oui, comme vous j’ai trouvé l’émission vraiment très intéressante.

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