Retour à Lemberg de Philip Sands et Astrid Von Busekist (Traduction)

J’ai découvert ce livre en écoutant la fabrique de l’histoire. L’interview de Philip Sands est formidable, emmanuel Laurentin est vraiment un excellent intervieweur. Cet ouvrage est d’utilité publique. Il illustre l’utilité du droit et en particulier du droit international. Le droit est fait de la chair des hommes, leurs sensibilités intellectuelles, leur histoire personnelle, leur honnêteté forgent le droit, objet mouvant, dynamique, évolutif. J’ai été fasciné par cette fabrique du droit. C’est passionnant. Je n’avait pas mesuré à quel point une fois entré dans l’arène du tribunal le droit devient contraignant si nous avons la possibilité de l’appliquer, c’est à dire la force.

Le droit est là pour le meilleur et pour le pire. Le pire ici est vraiment le pire du pire, les lois nazis qui justifient l’extermination et l’élimination de groupes par la loi. Il est troublant de voir comment le régime nazi s’est entouré de juristes pour produire du droit sur l’ensemble de son territoire avec des lois plus folles les unes que les autres allant à l’encontre des droits élémentaires de l’être humain. Le meilleur, c’est l’émergence d’un droit international avec le procès de Nuremberg et dans les années qui suivront la mise en place d’un véritable droit international. Comprendre son intérêt et les risque à vouloir le détricoter pour faire plaisir à son électorat est un apport majeur de ce livre. Un état n’est pas propriétaire de ses citoyens et ne peut pas faire faire ce qu’il veut des hommes, femmes et enfants qui sont sur son territoire. Il doit respecter des règles et des droits qui dépassent le pouvoir de l’état. Ce livre nous rappelle que les droits de l’homme sont essentiels pour éviter les débordements de pouvoir devenu fou. Le droit est un belle chose, faut il encore avoir la capacité de l’appliquer, la force séculière et le courage politique. Ce texte est une source importante de réflexions sur ce problème.

L’autre aspect passionnant du document est la dichotomie, droit d’un groupe et droit de l’individu. Il est mis en scène par le couple antagoniste que représente Lauterpacht qui a « inventé » la notion de crimes contre l’humanité et grand défenseur d’une protection de l’individu qui prime sur tout et Lemkin, inventeur du génocide pour qui la protection des groupes dépassent celle de l’individu. Sands raconte leur vie, leur formation, leur parcours professionnel et leur caractère. Le plus troublant est de découvrir que ces deux hommes sont originaires de Galicie et ont suivi une grande partie de leur formation dans une même ville, la Lviv actuelle. L’auteur décrit cette ville, une des héroïnes de l’ouvrage, qui fut autrichienne, polonaise, allemande, soviétique et ukrainienne. Elle est le cœur du livre. Les rues, les bâtiments, les lieux emblématiques qui ont vu passer et vivre ces deux inventeurs de concepts capitaux pour la vision actuel que nous avons du droit international. C’est troublant. Pourquoi ce lieu, pourquoi avoir développer des pensées si différentes? Il n’y a aucun hasard.

Lvov et sa région est le lieu d’origine de la famille maternelle de Philip Sands. Le livre est avant tout une quête des origines et une tentative de compréhension des événements qui conduisent des hommes et des femmes à changer de monde et de vie. Ce livre est bouleversant, témoignage sur le grand brassage culturelle et intellectuelle que fut la période 10-40 pour l’Europe. Nous suivons l’enquête policière qui conduira l’auteur à mieux comprendre ses origines, à rencontrer les fils de deux des bourreaux de cette ville durant l’occupation nazi. C’est mieux qu’un roman, car le hasard, la ténacité, les rencontres construisent l’avancée de l’histoire et nous avons la chance de la suivre au dessus de l’épaule de l’auteur. Les destins s’enchevêtrent, la vie ne tient qu’à un fil, à la volonté d’un homme, d’une femme, de quelques justes entre les hommes et les femmes. Cet ouvrage est émouvant. Comment ne pas être frappé par le fait que les familles des deux hommes qui définissent pour l’un les crimes contre l’humanité, pour l’autre la notion de génocide, furent exterminées sans qu’ils ne le sachent par les hommes qui seront juger à Nuremberg, premiers bénéficiaires de ces nouveaux concepts. C’est touchant, Sands déambulent dans Lvov, dans l’histoire de la mittle europa et de sa famille. Je ne veux pas trop vous en dire pour vous laisser le plaisir de découvrir ce grand document.

Quand j’ai commencé à lire, je me suis dit je connais cette ville. Je n’y suis jamais allé, par contre je venais de lire quelques semaines avant un roman de Kourkov (Le concert posthume de Jimi Hendrix) qui se déroulent entièrement à Lviv. Ce roman a aussi pour héroïne cette ville si mystérieuse. Vous suivrez les déambulations un peu dingue, souvent alcoolisées des héros. Il y a surtout un personnage très attachant qui à une méthode bien à lui de soigner les lithiases urinaires grâce aux rues de Lviv. Troublant de lire deux textes qui se déroulent dans la même ville que je ne connaissais pas. J’ai reconnu des rues, vraiment troublant. Cette région de l’Europe m’attire de plus en plus, j’aimerai bien aller visiter l’Ukraine et en particulier l’ancienne Galicie.

Si vous manquez d’idée pour vos cadeaux, n’hésitez pas le Livre de Philippe Sands est un petit bijou. Si vous préférez du plus médical, vous trouverez plein d’idées chez doc du 16 et son calendrier de l’avent.

Je voulais finir cette note pour le 9 décembre, malheureusement je n’y suis pas arrivé. Nous fêtions les 70 ans de la création de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.


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2 réponses à Retour à Lemberg de Philip Sands et Astrid Von Busekist (Traduction)

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  2. Dr MG dit :

    « Un état n’est pas propriétaire de ses citoyens et ne peut pas faire faire ce qu’il veut des hommes, femmes et enfants qui sont sur son territoire. »
    Phrase a mettre en lien avec l’obligation vaccinale pou 11 vaccins entrée en vigueur au premier janvier 2018!

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