La femme est l’avenir de la médecine

Il suffit de regarder le sexe ratio dans les amphithéâtres pour vérifier la véracité de ce titre. 60 à 70% de femmes sont sur les bancs des facultés de médecine. Certains voient dans la féminisation une déchéance de la profession. Les femmes travaillent moins, sont moins disponibles, sont trop émotives, sont fragiles, j’en passe et des meilleurs. J’ai eu le bonheur de connaitre quelques chefs de service d’une misogynie assez rare. Je ne raconterai pas la fois où un de ces séniles démaquilla une pauvre externe devant tout le service. La situation si elle n’est pas encore parfaite loin de là , s’est franchement améliorée. Il reste un point critique qui est la féminisation du corps des professeurs d’université. J’espère que dans 4 ans nous aurons une parité dans le service.

Je défends la place des femmes dans l’institution, il est très important qu’elles puissent exprimer leurs talents jusqu’au bout sans entrave liée au genre. J’aurai du mal à défendre une autre position vu ma structure familiale. Un article récent justifie pour une structure hospitalière de recruter en priorité des femmes. Les auteurs ont analysé l’impact du genre du médecin responsable des soins du patients sur la mortalité et la réadmission à 30 jours. Plus d’un million et demi de séjours hospitaliers ont été analysés. Les ajustements statistiques ont été fait sur tout ce qui étaient possibles, de l’age des praticiens, aux comorbidités des patients en passant par la taille de l’hôpital. Les médecins étudiés sont des internistes. 58344 médecins sont étudiés, 32% sont des femmes qui sont plus jeunes, travaillent plutôt dans des grosses structures à but non lucratif avec une composante de formation. Elles traitent moins de patients par an que les hommes (132 vs 182 hospitalisations).

Les résultats montrent avec tous les ajustements possibles que les patients soignés (age moyen 80 ans) par des femmes meurent moins que ceux soignés par des hommes.

La différence absolue comme vous le voyez n’est pas importante mais significative. On passe d’une mortalité à 30 jours de 11,49% à 10,82% soit un nombre de patients à traiter par une femme de 149 pour prévenir un décès (NNT). Une femme soignant 131 un patient, en gros on pourrait dire que remplacer un médecin homme par une femme prévient un décès par an par praticien. C’est un peu tiré par les cheveux mais on peut l’interpréter comme ça. Quand on ajuste sur des paramètres comme la taille de l’hôpital, le NNT augmente un peu à 189. Pour la réadmission à 30 jours l’amplitude de l’effet est le même. Les auteurs ont multiplié les analyses qui montrent toujours les mêmes résultats, les femmes font mieux que les hommes.

Ce travail conforte des données observées en soins primaires qui montrent que les femmes sont de meilleurs médecins que les hommes. La discussion fait remarquablement bien le point sur le sujet.

J’ai beaucoup aimé ce travail qui devrait enfin faire taire les grincheux machos qui hantent nos structures. Pour l’avenir des patients, au vu de la démographie médicale, ce travail est très rassurant. Les femmes représenteront à terme 60-70% des soignants. Les auteurs ont calculés que si les hommes faisaient aussi bien que les femmes, 32000 décès par an seraient évités aux USA.

L’article pose pas mal de questions et surtout une que manque-t-il aux hommes? Où qu’ont ils en trop?

Il s’agit d’un enjeu majeur pour la médecine d’identifier ce qui fait des femmes de meilleures soignantes que les hommes. L’idée serait de pouvoir faire profiter les mâles de ces qualités, si il est possible de les enseigner. Je crois que ce travail est aussi une belle réponse à ceux qui pensent que le travail sur le genre est inutile. Malheureusement, il semblerait qu’en France pouvoir étudier ces problématiques va devenir compliqué. Je trouve dommage pour des questions idéologiques de se priver d’un levier pour améliorer le soin et aussi protéger les hommes. S’il s’agit bien d’un problème lié à la construction sociale de la féminité et de la masculinité et pas uniquement à XX vs XY, les hommes seraient sauvables, sinon il faudra peut être se résoudre à leur interdire l’inscription dans les facultés de médecine.

 

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12 réponses à La femme est l’avenir de la médecine

  1. TAPAS92 dit :

    Le problème n’est pas la compétence intrinsèque des femmes, qui ne fait aucun doute, et qui est même probablement meilleure que celle des hommes. Mais c’est bien leur disponibilité au travail qui « pose problème ». Par exemple, pour reprendre un cabinet médical en ville, les femmes se mettent souvent à 2 pour reprendre un cabinet d’un seul médecin-homme. Parce qu’en France, en 2016, malgré le niveau d’études, malgré l’égalitarisme politique affiché, la femme a plusieurs autres vies à coté de sa vie professionnelle en commençant par sa vie familiale. Et c’est une des causes de la carence de médecins en ville aujourd’hui. Et c’est une raison qui n’est pas du tout pris en compte par nos politiques, pour des raisons idéologiques (je vous rejoins sur ce point).
    Pour polémiquer (et rigoler un peu), 182 malades suivis par les hommes vs 132 suivis par les femmes : est ce que dans l’étude, on a pris en compte les 50 malades sans suivi et qui sont peut être morts ?
    Bonnes fêtes et merci pour votre blog

  2. Ping : La femme est l’avenir de la médeci...

  3. snjmg dit :

    Un petite remarque en passant : le Bureau National du SNJMG compte quatre femmes et un homme (http://www.snjmg.org/blog/post/syndicat-des-jeunes-mg-une-equipe-pour-les-grands-rendez-vous-de-2017/1331)…
    Bonne année 2017 à tou(te)s et longue vie à ce blog !

  4. K dit :

    Est-ce que les femmes font des meilleurs médecins que les hommes? cette question est d’une débilité profonde, tout simplement parce qu’elle n’est pas pertinente. On s’en fout! A quoi bon poser ce genre de question? Juste pour faire des études biaisées à la con (comme 90% des études que l’on voit passer dans les revues) pour bien chauffer le débat. Les types veulent faire des « carrières hospitalo-universitaires » et publier à mort, quitte à publier n’importe quoi. Tu veux publier dans une revue avec un impact factor important? fais du sensationnel, est-ce que les femmes font des meilleurs médecins que les hommes? allez on y va!

    • PUautomne dit :

      Je ne suis pas d’accord. L’observation d’une différence suggère des comportements différents qui méritent de s’y intéresser. Les différences ne sont pas énormes mais elles sont systématiquement observés dans toutes les études faites sur le genre en médecine. On ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. Ce n’est pas qu’une question de course à la publication à mon sens. Les femmes ont été très dénigrées en médecine. On les accuse de tous les maux et ça depuis très longtemps. Ce genre de travaux permet au moins de dire que ce n’est pas absurde d’ouvrir largement les portes de la faculté de médecine à la moitié de l’humanité.
      Je pense personnellement qu’une équipe a besoin d’avoir un équilibre en terme de genre, comme en terme de sensibilité. Je ne crois pas aux équipes uniquement féminines ou masculines. Je suis pour la mixité.

      • K dit :

        Une réponse un peu tardive, désolé.
        Je ne suis pas contre la mixité, bien au contraire.
        C’est étrange (et inquiétant) de dire qu’il existe, en général, un comportement professionnel différent entre hommes et femmes, et pourtant la formation est identique… Ce n’est pas mon expérience en tout cas.

  5. Amouroux dit :

     » Quand il plut à Dieu de donner à l’homme la force, il créa pour la femme l’obstination ! »
    C’est une des impressions qui me restent de 10 ans de collaboration avec un de mes Maîtres….qui était une femme !

  6. Romain dit :

    Visiblement, l’auteur de ce billet a un point de vue pour le moins partial, et donc partiel, sur la question.

    Comme toutes les études sur le genre, de surcroît menées la plupart du temps par des idéologues, celle qui nous est présentée ici ne vaut pas grand chose si on considère l’immense quantité de biais potentiels.

    Les 2 qui me paraissent les plus évidents (n’ayant pas accès à l’étude complète) :
    – comme le souligne TAPAS92, il serait intéressant de regarder si les femmes admettent autant de patients que les hommes. Car il est plus facile de faire de la bonne médecine quand on a plus de temps à consacrer à chaque patient, néanmoins cela sous-entend que ceux que l’on n’admet pas dans son service seront admis ailleurs, peut-être plus facilement par un homme justement !
    – pourquoi avoir limité l’étude à la médecine interne qui est une spécialité peut-être plus « scolaire » et protocolaire que d’autres ? Peut-être qu’effectivement les femmes ont de meilleures propensions pour ce type de travail. Quid des urgences, de la réanimation, de la chirurgie, de la gastro-entérologie, de la cardiologie ? Et quid des carrières de recherche ?

  7. Romain dit :

    Laissez tomber.

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