La santé n’est pas qu’une histoire médicale, exemple de la mortalité néonatale

La santé contrairement à ce qui est souvent dit n’est pas qu’une question individuelle ou qu’une question médicale. Les médecins détestent entendre ça. Un bon exemple est la réaction quand un ministre de la santé n’est pas médecin. L’impression que le monde va s’effondrer. Je persiste à penser que ceux qui ont fait le plus pour la santé en France à ce poste n’étaient pas des médecins. Les plus nuls étaient sans aucun doute des médecins.

La santé est un problème multidimensionnel qui part de l’individu malade, jusqu’à la société avec différentes strates. Je vais essayé de vous illustrer ça avec un sujet auquel je suis sensible, la mortalité infantile. Il y a quelques mois j’avais posté ça sur BS.

Le taux de mortalité infantile en France est bien le marqueur du je m'en foutisme en termes de santé publique de ce pays. Comme nous devrions avoir honte de l'écart de mortalité entre ouvrier et cadre, ne pas protéger les plus faibles devrait nous alarmer. www.lemonde.fr/idees/articl…

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— Stéphane Burtey (@sburtey.bsky.social) 13 avril 2025 à 08:47

Il s’en était suivi une discussion, où on m’expliquait que la principale raison du décrochage était le fait qu’on réanimait plus en France qu’ailleurs de grands prématurés et que c’était donc uniquement un problème médical. Il ne m’a pas été fourni de données sur le sujet. Je défendais plutôt, après avoir regardé les données de l’INSEE, qui confirmaient l’augmentation de la mortalité et notre place peu glorieuse (22é place sur 33) par rapport aux autres pays européens. Un enfant sur 250 meurt avant l’age de un an en France. Je défendais plutôt une vision sociale, avec ces chiffres terribles, chez les cadres de 2004 à 2022, la mortalité infantile est de 2,2 pour 1000, chez les ouvriers, 3,5 pour 1000. Il m’avait été riposté en gros que je ne comprenais rien et que la médecine allait tout régler.

Un article récent analyse les données française de mortalité néonatale (0-27 jours de vie). Il tend à conforter mon sentiment que le niveau socioéconomique joue un rôle majeur. Il ont créé un score qui intègre différentes caractéristiques socioéconomiques connus pour avoir un impact sur la mortalité néonatale (taux de chômage, proportion d’immigrants, proportion de personnes ne possédant pas leur logement, proportion de familles monoparentales et revenu médian par ménage). Ils appellent ça le perinatal French deprivation index (P-FDep), il est segmenté en 5 ou 10 catégories (de 1 la plus favorisée à 5 ou 10 la plus défavorisée). Ils analysent ensuite la mortalité entre deux périodes 2001-08 et 2015-20. La figure n’a pas besoin d’explications.

Le niveau socio-économique a un impact important sur la mortalité néonatale, le risque entre les groupes 1 et 10 augmente de 88%. Le plus inquiétant est qu’il ne semble pas y avoir d’amélioration avec le temps voir que la situation s’aggrave pour les groupes les plus défavorisés. Si on avait le même taux de mortalité pour l’ensemble de la population que celle du groupe 1 on éviterait 2500 décès par période de 6 ans, soit 25% des décès néonataux. En un moment, où on parle d’un risque de dépeuplement de la France car on meurt plus qu’on ne nait, c’est un chiffre à ne pas négliger.

Ce travail confirme que la santé n’est pas qu’une problématique médicale mais aussi socio-économique. Il manque ici les dimensions culturelles et éducatives qui doivent aussi jouer un rôle majeur, voir le rôle des catégories socio-professionnelles en partie capturée par le revenu.

Le constat est là, maintenant on fait quoi? Il y a beaucoup d’agitation politique, nombreux sont ceux qui se rêvent premier ministre, président. Nombreux sont ceux qui veulent rétablir la grandeur de la France. J’entends peu d’hommes ou de femmes politiques s’emparer de cette question de la mortalité périnatale et infantile, alors que nos résultats sont mauvais. Nous avons des explications, qu’en sera t il fait? Ceux qui s’inquiètent de l’avenir de la France devraient saisir ce problème à bras le corps. Un beau projet politique, non? Plus d’enfants en réduisant la mortalité néonatale et en évitant ce drame absolu qui est la mort de l’enfant. Réduire la pauvreté et les inégalités sociales, c’est participer à repeupler la France, plus de travailleurs et plus de consommateurs à venir. Ce problème devrait dépasser les clivages partisans. Je n’ai pas l’impression que nos politiques s’en soucient beaucoup.

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5 réponses à La santé n’est pas qu’une histoire médicale, exemple de la mortalité néonatale

  1. Dom dit :

    Le lien vers l’article du Monde ne fonctionne pas .

  2. docdu16 dit :

    Bonjour,
    Ce billet de blog est parfait à un détail près : on sait cela depuis longtemps.
    Dans tous les domaines analysés par l’épidémiologie. La médecine n’est pas suffisante mais elle est nécessaire. J’avais écrit cela en octobre 2019 :
    « Plus t’es pauvre, plus tu meurs jeune.
    Surtout si tu es un homme.
    Moins ton niveau d’études est élevé plus tu es victime d’accidents du travail et de maladies professionnelles.
    Plus t’es pauvre et moins éduqué et plus ton espérance de vie en bonne santé est courte.
    Plus tu fumes et plus tu bois et plus tu meurs jeune.
    Plus tu nais dans un quartier défavorisé et plus ton risque de mourir avant un an est important (mortalité infantile).
    Plus t’es pauvre plus ton alimentation est riche en sucre, graisses, aliments transformés. »
    Rapprochons cela de la Loi Inverse des Soins qui affirme que les soins sont alloués aux zones où les citoyens en ont le moins besoin (les zones riches).
    J’avais écrit cela sur Mantes-La-Jolie en 2018 où j’ai exercé 42 ans : https://docteurdu16.blogspot.com/2018/04/la-mortalite-infantile-mantes-la-jolie.html
    Merci encore de marteler cette évidence : la médecine n’est pas hors-sol.
    Docdu16

  3. DBarraud dit :

    Certes
    Il vaut mieux etre jeune riche sportif en bonne santé
    Ce n’est pas un scoop et tres bien documenté, en particulier aux US, avec des donnees ethniques en plus
    Mais y-a-t-8l un pays épargné par les inégalités sociales ? Non, je ne crois pas…
    Donc pour moi cela dit qd meme beaucoup de choses de notre système de santé dans un état catastrophique.
    Un système de santé sain devrait lisser les effets de ces inégalités. Ce n’est pas le cas.
    Et oui, de manière théorique, il faudrait mettre le paquet en terme de prévention et de filières de prise en charge optimisées sur ces populations. Cela me paraît un vœu pieu. Les docteurs s’en tapent. Les politiques locaux continueront a faire du clientèlisme pour que leur maternité mouroir reste ouverte. Et a l’échelon nationale, vu ce qui pointe a l’horizon, voyez vous le RN s’il accede au pouvoir se battre pour sauver ces populations ?

  4. Simonot dit :

    Bonjour et merci pour vos messages.

    je partage votre point de vue sur les différences entre les niveaux sociaux- économiques et l’état de santé; J’ai exercé et j’habite toujours dans une région encore très industrialisée mais qui a perdu et ses mines et sa sidérurgie (sauf à Dunkerque) et où les indicateurs de santé restent très mauvais.

    Je me permets de vous adresser deux liens
    l’un vers le Réseau Environnement Santé et cet article: https://www.reseau-environnement-sante.fr/mortalite-infantile-et-prematurite-des-chiffres-preoccupants-en-ile-de-france/
    l’autre vers l’AMLP : et cet article https://alerte-medecins-pesticides.fr/ressources/2390/

    merci de nous proposer vos articles et vos réflexions

    Respectueusement

    Michel Simonot

  5. Alexandre DIDELOT dit :

    Merci pour cet article, surtout venant d’un médecin hospitalier. Le problème vient de nos études de santé, on étudie la pathogenèse à la place de la salutogenèse.
    Peu d’étudiants et de médecins connaissent les déterminants de santé avec une part importante de la composante sociale mais également environnemental. Ainsi, le système de santé ou plutôt système de soins ne compte que pour 20-25 % dans la santé des individus.
    La systémique également est peu étudié.
    Je vous rejoins sur la mortalité infantile et l’hypocrisie politique d’avoir une politique nataliste.

    Alexandre Didelot

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