« Le Train » de Georges Simenon

Ce court roman est une démonstration de la puissance de la littérature. Cent cinquante pages ciselées, comme si chaque mot avait été pesé, réfléchi, murement choisi, chaque virgule, point ne peut être que là. La lumière, les odeurs, la sensualité, l’amour sont omniprésents pour cette traversée de la France de Fumay à La Rochelle allez retour.

Il n’y a aucune morale, aucun bon sentiment, juste la vie, ses aléas et du bonheur naissant du hasard de la rencontre. Vous serez dans le train, dans l’herbe, sur les places de cette France qui perd, vous serez sur le bord de mer, vous serez lâche, heureux, amoureux, vous serez cet homme, cette femme. Ce texte est un shoot d’humain. Si vous me demandez ce qu’est un homme ordinaire je vous répondrai Marcel Féron, si vous me demandez ce qu’est une femme extraordinaire Anna Kupfer. Ces héros sont d’une humanité touchante, profonde, cette quête de la sensualité au milieu de la mort du chaos est si vraie. J’aime ces situations qui font traverser des moments historiques sans les voir, sans qu’ils n’aient prise en fait car il se passe autre chose, ce mystère ultime de l’humanité, l’amour.

C’est un roman d’amour, c’est un roman d’initiation, c’est un roman d’homme et de femme à hauteur d’homme et de femmes. C’est un roman de la petitesse, de la médiocrité, de la mesquinerie. Le génie de Simenon est d’arriver à faire rentrer tous ces sentiments en un individu avec une cohérence impressionnante. Cette lecture est bouleversante, comme la petite robe d’Anna.

Les hommes sont des salauds, parfois lumineux, parfois noirs. Une lecture magistrale faite au soleil lumineux écho du soleil de la débâcle, une lecture à faire d’un tenant sans pause. Un roman d’été dont les trois dernières pages vous glaceront, comme peut le faire l’hiver ardennais.

 

Je vous recommande de lire ce très grand roman.

Vous pouvez aussi écouter les yeux fermés, la mise en son faites par France Culture cette année qui est remarquable. Guillaume Galienne fait une lecture impressionnante. La musique est parfaite. Très grand moment de radio au service d’une œuvre majeure sur l’homme. J’ai écouté cette émission en marchant dans le soleil viennois, il manquait la mer heureusement il y avait le Danube. La chaleur continentale rendait très bien l’atmosphère des Ardennes. Il faut vraiment profiter de cette œuvre dans la chaleur et au soleil. On néglige trop souvent les conditions de la lecture qui parfois la transforme profondément.

Vent printanier par Hubert HaddadCe train a fait écho à un autre train beaucoup moins gai dans le recueil « Vent printannier » d’hubert Haddad, un autre conseil de lecture courte.

 
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