Un inconnu des archives, Charles Wolff

J’aime la radio publique et en particulier France Culture. J’ai vraiment commencé à l’écouter il y a près de 20 ans lors de mon post doc. Je pourrais passer ma vie à écouter ces gens intelligents qui parlent de choses qui bien souvent, sur le papier, ne m’intéresse pas plus que ça. Après l’émission, j’ai envie de lire ou voir tout ce qu’ils ont produits.

© Thomas Henry, Radio France

En ce début de semaine, j’ai écouté une émission qui trainait depuis plusieurs semaines dans mon lecteur de podcast. Je l’avais téléchargé car j’étais intrigué par le titre. Je n’avais pas trouvé la motivation d’aller plus loin. La voyant là qui prenait de la place, plutôt que de la virer sans ménagement, je me suis lancé dans l’écoute de « Sur les traces de Charles Wolff, l’homme-archive ». Je recommande à toutes et tous de donner 4 heures de votre précieux emploi du temps pour découvrir cet homme fascinant et remercier par l’écoute le magnifique travail de Thomas Henry et d’Yvon Croizier.

Ce documentaire est une ode à l’archive, à sa création, à sa conservation et surtout à son utilisation. Quand on réalise que ce fond incroyable d’un passionné de radio et de musique attendait d’être ressorti de l’oubli archivistique où il dormait gentiment depuis 1945, on se dit qu’il doit encore y avoir de sacrées pépites non exploitées dans les archives de Radio France. L’histoire commence dans le fond d’archive où se cachait cette collection de 78 tours, enregistrements de Radio Paris des années 30. On entend les voix de Jean Zay, de Léo Lagrange et la gouaille de Colette. Rien que cette découverte est incroyable. Il s’agit des rares archives de la radio de l’époque. Les historiens interrogés sont tous surpris de la richesse de ces documents. Charles Wolff enregistre, mais il est aussi un militant anarchiste, un passionné de musique et d’art, voulant transmettre et au cœur de la scène intellectuelle du Paris des années 30. Le documentaire rend très bien sa frénésie et sa boulimie d’entendre et de savoir. Ceci aurait pu être plaisant mais l’époque et terrible. Le moment d’émotion le plus important est d’entendre les paroles de cette réfugiée espagnole au Perthus qui chassée par le fascisme franquiste a tout perdu surtout sa famille, nous sommes en 1939. Bouleversant.

Quand j’entends parler de la guerre d’Espagne, je pense forcément à une autre série, cette fois du cours de l’histoire sur le franquisme. Je vous recommande là aussi de l’écouter, pour ceux qui oublient un peu vite que vivre sous un régime fasciste ce n’est pas heureux. Je ne peux m’empêcher de penser à l’Ukraine. Un peu, comme si en ce temps de montée des périls, l’Ukraine était notre guerre d’Espagne, nous prévenant que si nous faisons preuve de faiblesse comme les dirigeants des démocraties l’ont fait avec la république espagnole, les prochains sur la liste c’est nous. La leçon donnée par la guerre d’Espagne est qu’il faut être uni contre le fascisme sinon il vous écrase. Certains devraient bien écouter ce qui est expliqué de façon claire et sans ambiguïté, ici. J’ai aussi découvert cette pièce de Cervantès que je ne connaissais pas, « Numance ».

Nous apprenons aussi comment à l’époque les enregistrements se faisaient. Pour faire une émission de radio, les techniciens avaient un boulot de dingue. L’interview du responsable du Phono museum est très intéressante, quand on imagine qu’il fallait changer l’aiguille à chaque écoute du disque… On mesure notre chance d’avoir les outils actuels pour écouter de la musique.

Pour aller plus loin sur le héros du documentaire, il fallait contacter la famille. Elle dévoile des archives passionnantes avec un journal de guerre qui nous fait plonger dans qu’est ce qu’être résistant. Charles Wolff a été un résistant travaillant un long moment à Marseille au centre américain de secours. Comme le dit un historien, il fournit un contre point intéressant à l’ambiance dans ce lieu mythique la villa air bel. Ne la cherchez pas, elle a été détruite en 1982. Charles Wolff sera arrêté en mai 1944 par la milice et torturé à mort. Si vous aviez un doute sur le fait que l’extrême droite est brutale, violente et sans aucune pitié pour ses opposants, même ceux qui ne font que protéger leurs victimes ou écrire contre elle. N’oublions jamais que le totalitarisme n’est pas l’ami du peuple.

Le dernier épisode est une histoire de la récupération des biens spoliés. Encore une fois à travers un cas particulier, la grande histoire et la petitesse du gouvernement fédéral allemand sont bien illustrés.

Toutes les émissions sont passionnantes et balaient une vingtaine d’année, avec de l’art, de la politique, l’amour des archives, de l’intime, de l’histoire, de Paris à l’Espagne en passant par Marseille, Toulouse et Berlin. La forme du documentaire rend hommage à ce monsieur passionnant, Charles Wolff, éclectique et courageux. J’espère que ses archives seront exploitées au delà de cette bien belle série documentaire. J’attends avec impatience un livre ou de nouvelles émissions.

Écoutez pour défendre le service public radiophonique. C’est un bien commun indispensable en ces temps troublés de désinformation.

Un autre petit conseil d’écoute si il ne traine pas déjà dans sur votre phonographe, le dernier album de cet extra terrestre de la musique, Jon Batiste.

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