Néandertal, une victime de la pollution?

Nous sommes des survivants, les seuls représentants d’une sous-tribu des homininés, les hominines. Nos frères homos, Néandertal, florensis, denisovien, ont disparu entre 12000 et 30000 avant notre ère. Nous avons gardé un peu de leur génome. Nous avons non seulement cohabité mais nous avons aussi pu nous reproduire avec eux. Pourquoi avons nous survécu? Cette question est vertigineuse. Que serions nous si nous devions partager le terme d’humanité avec d’autres groupes génétiquement distincts? Qu’en serait il de la question du racisme? Aurions nous une autre vision du monde? Aurait il eu des rapports de domination raciaux ? La question la plus dérangeante reste, pourquoi ces parents si proches ont disparu ? Les aurions nous trucidés, exterminés, génocidés?

La paléontologie a fait des progrès immenses ces dernières années grâce à la génomique. Le séquençage de Neandertal puis d’un dénisovien ont éclairé sous un jour nouveau notre histoire. J’ai découvert récemment l’importance de ces travaux grâce aux formidables leçons de Jean-Jacques Hublin au collège de France sur France Culture. Écoutez la leçon inaugurale, vous apprendrez plein de choses et vous aurez très envie d’aller plus loin. Nous sommes une espèce avec un gros cerveau, pour le nourrir nous devons avoir des apports caloriques conséquents. La cuisson des aliments a permis, en diminuant le temps de machage, en améliorant l’assimilation des nutriments, à notre sous tribu d’exploser littéralement en terme cognitif. La cuisson est la première étape de la digestion. Nous avons comme souvent réussi à externaliser et donc à techniciser un comportement critique. Cet ajout technique, ce prothétisme brillant est notre pharmakon, aussi bien solution que source de problème.

La cuisson des aliments nécessite de produire de la chaleur. Le mode le plus classique est de bruler du bois. La combustion incomplète des matières organiques produit des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Le composé le plus connu est le benzo(a)pyrène (BaP). Le BaP est un cancerigène. Pour être éliminé, il doit être transformé par des enzymes, les CYP1, en époxyde. Cette forme époxyde est toxique pour l’ADN. Il est étonnant de constater que pour éliminer il faut passer par l’intermédiaire d’un produit cancérigène. Le BaP active l’expression de ses enzymes en se liant à un facteur de transcription, Aryl Hydrocarbon Receptor (AhR).

La capacité d’AHR de lier ou de s’activer après la liaison des HAP va déterminer le risque de biotransformation en produits toxiques comme les epoxydes. L’activation d’AHR a un impact sur le système immunitaire, le développement, la toxicologie, l’oncologie, la réponse anti-infectieuse. Une activation excessive peut entrainer des modifications physiologiques importantes. L’équipe de recherche, que j’ai la chance de diriger, a montré que des solutés s’accumulant au cours la progression de l’insuffisance rénale chronique, les toxines urémiques de la famille des indoles activent AHR au niveau de la cellule endothéliale. Cet excès d’activation entraine un état procoagulant et proinflamatoire au niveau de la paroi vasculaire, pouvant ainsi participer à l’augmentation du risque cardiovasculaire observé chez les patients avec une maladie rénale chronique. Vous comprendrez mieux pourquoi un néphrologue vous parle d’AHR et de paléontologie.

Une équipe nord-américaine, s’est intéressé aux différences dans l’exome (la phase codante de notre capital génétique) entre des hominines disparus (Neandertal/desinovien) et nous. Ils ont découvert que pour des paires de bases non polymorphes de notre exome, il y avait seulement 90 positions différentes entre nous et nos cousins. Si on se restreint au changement entrainant une modification d’amino-acide, on passe à 27 différences, sur quelques centaines de millions de paires de bases invariantes, c’est très peu. Parmi ces 27 amino-acides changeant, un est dans AHR. Il s’agit de la valine en position 381. Cette position est très intéressante. Elle est situé dans la zone de fixation des ligands d’AHR, chez la souris la même position n’est pas une valine mais une alanine. AHR humain répond moins bien à la stimulation par le BaP que AHR murin, il a été montré que cette modification d’acide aminé joue un rôle dans cette différence de réponse. Les hominines ancestraux portent en position 381, une alanine, comme la souris. Les auteurs ont aussi observés que tous les primates sauf l’homme (homo sapiens) porte une alanine en position 381.

Les scientifiques ont expérimentalement comparé l’activité de l’AHR néandertalien à l’AHR humain. Ils ont montré par différentes approches complémentaires que l’AHR ancestral en réponse aux HAP (BaP) active entre 150 et 1000 fois plus l’expression des CYP1 que l’AHR humain actuel. Par contre en réponse à des ligands endogènes comme l’indoxyl sulfate (une toxine urémique), il n’y a pas de différence majeur de potentiels d’activation des CYP1 par les différents AHR.

Cet article est passionnant à plus d’un titre.

Pour ma thématique de recherche, il veut dire que nous pouvons espérer identifier des inhibiteurs d’AHR spécifique du ligand « toxine urémique » ne modifiant pas le potentiel de détoxification contre des toxiques exogènes.

L’hypothèse que fait émerger ce travail est que nous avons été sélectionné en temps que seul survivant des homos par ce qui a fait la force de la sous tribu hominines, la maitrise du feu. Bruler du bois dans grottes devaient entrainer une accumulation importante d’hydrocarbures aromatiques dans l’environnement. Le fait que parmi les animaux maitrisant le feu, il a été retenu à la loterie de l’évolution la seule (homo sapiens) qui possède un AHR mutant (valine 381) s’activant moins après une exposition à des HAP est une coïncidence plus que troublante. Aucun autre animal n’a vu émerger une lignée avec cette mutation de façon spontanée dans la nature. Aucun autre animal que les homos ne sont exposés à la fumée de bois. Il est très tentant d’imaginer que l’activation d’AHR permanente à haut niveau par des HAP issus de la combustion du bois a été responsable chez les hominines ancestraux de complications en particulier immunologique ou développementale expliquant soit une plus grande fragilité aux infections ou l’apparition de malformations foetales. Homo Sapiens avec son AHR mutant pourrait alors avoir eu un avantage sélectif décisif. Il le protégeait des complications de l’exposition aux hydrocarbures aromatiques et lui permettait de bénéficier avec moins de risque de l’avantage décisif en terme nutritionnel de manger du cuit.

Néandertal serait le premier hominine victime de la pollution. Il aurait du aérer plus souvent sa grotte. Nous devrions peut être écouter la leçon et ne pas nous croire plus malin que nos cousins disparus.

Avec cette note, je célèbre les six ans d’une Perruche en Automne. Il s’agit d’un age respectable pour ce volatile qui a failli plusieurs fois arrêter son vol. Je ne sais pas combien de temps elle battra encore des ailes en jabotant. Je remercie tous les lecteurs et les commentateurs qui sont importants pour la vie d’un blog. Je vais garder, au désespoir de certains, mon éclectisme. Mes capacités évolutives ont des limites que je ne saurai franchir.

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Merry Christmas Mr. Lawrence

Avant Noël, j’ai découvert le nouveau disque de Francesco Tristano, pour les amoureux de l’électro, c’est un must dansant, pour les autres une introduction remarquable à ce genre par un musicien qui a un talent incroyable. Le premier morceau est une reprise d’un classique de Ryuchi Sakamoto. Cette version est vraiment très intéressante.

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Comme de nombreuses personnes, je suis tombé amoureux de ce morceau et du film dont il est la BO, Furyo pour les français. J’ai beaucoup aimé ce film avec un Bowie au sommet de sa beauté qui trouble l’ordonnancement de ce camp de prisonniers et pas que (« forbidden kiss« ). Dès les premières notes, les premières images vous étiez transportés dans un autre monde. Ce fut une révélation pour beaucoup de jeunes gens de ma génération.

Le film s’achève avec la version chantée du thème qui sortira sous le nom de « forbidden colors » avec la voix incroyable de David Sylvian.

Ryuchi Sakamoto a joué de nombreuses fois ce magnifique thème en piano solo.

Cette musique me donne toujours des frissons. J’aime bien la douce mélancolie de mes 15 ans.

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Facteurs d’impact des principaux journaux de néphrologie

J’ai un peu de retard dans cette saine activité qui est de suivre l’impact factor des revues de néphrologie. L’enjeu est important pour les revues et les chercheurs. Nous ne sommes pas évalués sur l’intérêt de notre activité scientifique directement mais uniquement à travers des indicateurs bibliométriques. Pour l’évaluation, la seule chose qui compte est le nombre de publications dans des bons journaux de préférence d’impact facteur supérieur à 9 ou 10, l’argent que vous avez pu arracher pour financer vos travaux et votre petite renommée. Nous sommes actuellement dans une période un peu schizophrénique pour les hospitalo-universitaires et ceux qui désirent le devenir. D’un coté vous avez une tutelle qui souhaite que vous fassiez surtout des gros impact facteurs quitte à moins publier, de l’autre une autre tutelle qui veut du point SIGAPS, une bonne technique est de faire pleins de petits papiers plutôt que quelques très gros. Pour pouvoir répondre à ces injonctions paradoxales mieux vaut avoir une grosse équipe qui ne voit pas trop de patients.

Cette année, il y a eu du changement, les deux poids lourds de la spécialité ont perdu du terrain, avec une perte de presque un point de leur IF entre 2014 et 2015, JASN passe sous les 9 (8,49) et Kidney international sous les 8 (7,68). Les deux gagnants de l’année sont AJKD qui passe au dessus des 6 (6,26) et NDT qui passe au dessus de 4 (4,08). Les autres revues restent stables. Je vous propose une petite figure résumant l’évolution sur 6 ans de ce juge de paix indépassable. C’était un exercice pour me remettre en train avec R. Ma seule bonne résolution pour 2017. Je devais le faire depuis 4 mois, le jour de l’an m’aura servi à ça. J’ai volontairement ignoré le journal de la spécialité qui à maintenant le plus fort IF (9,43) Nature reviews nephrology, car comme son nom l’indique il ne publie pas d’articles originaux. J’ai ajouté une ligne rouge qui correspond à l’IF=3 pour les apprentis HU, la vraie red-line.

En terme de visualisation, je peux faire plus joli en travaillant un peu mon code.

 

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Bonne Année

Des vœux inspirés par une citation de Montaigne:

« Tous les jours vont à la mort : le dernier y arrive. »

 
Idée venue en écoutant ça

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La femme est l’avenir de la médecine

Il suffit de regarder le sexe ratio dans les amphithéâtres pour vérifier la véracité de ce titre. 60 à 70% de femmes sont sur les bancs des facultés de médecine. Certains voient dans la féminisation une déchéance de la profession. Les femmes travaillent moins, sont moins disponibles, sont trop émotives, sont fragiles, j’en passe et des meilleurs. J’ai eu le bonheur de connaitre quelques chefs de service d’une misogynie assez rare. Je ne raconterai pas la fois où un de ces séniles démaquilla une pauvre externe devant tout le service. La situation si elle n’est pas encore parfaite loin de là , s’est franchement améliorée. Il reste un point critique qui est la féminisation du corps des professeurs d’université. J’espère que dans 4 ans nous aurons une parité dans le service.

Je défends la place des femmes dans l’institution, il est très important qu’elles puissent exprimer leurs talents jusqu’au bout sans entrave liée au genre. J’aurai du mal à défendre une autre position vu ma structure familiale. Un article récent justifie pour une structure hospitalière de recruter en priorité des femmes. Les auteurs ont analysé l’impact du genre du médecin responsable des soins du patients sur la mortalité et la réadmission à 30 jours. Plus d’un million et demi de séjours hospitaliers ont été analysés. Les ajustements statistiques ont été fait sur tout ce qui étaient possibles, de l’age des praticiens, aux comorbidités des patients en passant par la taille de l’hôpital. Les médecins étudiés sont des internistes. 58344 médecins sont étudiés, 32% sont des femmes qui sont plus jeunes, travaillent plutôt dans des grosses structures à but non lucratif avec une composante de formation. Elles traitent moins de patients par an que les hommes (132 vs 182 hospitalisations).

Les résultats montrent avec tous les ajustements possibles que les patients soignés (age moyen 80 ans) par des femmes meurent moins que ceux soignés par des hommes.

La différence absolue comme vous le voyez n’est pas importante mais significative. On passe d’une mortalité à 30 jours de 11,49% à 10,82% soit un nombre de patients à traiter par une femme de 149 pour prévenir un décès (NNT). Une femme soignant 131 un patient, en gros on pourrait dire que remplacer un médecin homme par une femme prévient un décès par an par praticien. C’est un peu tiré par les cheveux mais on peut l’interpréter comme ça. Quand on ajuste sur des paramètres comme la taille de l’hôpital, le NNT augmente un peu à 189. Pour la réadmission à 30 jours l’amplitude de l’effet est le même. Les auteurs ont multiplié les analyses qui montrent toujours les mêmes résultats, les femmes font mieux que les hommes.

Ce travail conforte des données observées en soins primaires qui montrent que les femmes sont de meilleurs médecins que les hommes. La discussion fait remarquablement bien le point sur le sujet.

J’ai beaucoup aimé ce travail qui devrait enfin faire taire les grincheux machos qui hantent nos structures. Pour l’avenir des patients, au vu de la démographie médicale, ce travail est très rassurant. Les femmes représenteront à terme 60-70% des soignants. Les auteurs ont calculés que si les hommes faisaient aussi bien que les femmes, 32000 décès par an seraient évités aux USA.

L’article pose pas mal de questions et surtout une que manque-t-il aux hommes? Où qu’ont ils en trop?

Il s’agit d’un enjeu majeur pour la médecine d’identifier ce qui fait des femmes de meilleures soignantes que les hommes. L’idée serait de pouvoir faire profiter les mâles de ces qualités, si il est possible de les enseigner. Je crois que ce travail est aussi une belle réponse à ceux qui pensent que le travail sur le genre est inutile. Malheureusement, il semblerait qu’en France pouvoir étudier ces problématiques va devenir compliqué. Je trouve dommage pour des questions idéologiques de se priver d’un levier pour améliorer le soin et aussi protéger les hommes. S’il s’agit bien d’un problème lié à la construction sociale de la féminité et de la masculinité et pas uniquement à XX vs XY, les hommes seraient sauvables, sinon il faudra peut être se résoudre à leur interdire l’inscription dans les facultés de médecine.

 

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L’odorant ou l’odorat? Telle est l’asperge

Une sagace lectrice de ce blog a remarqué que j’aimais bien les plantes et leurs relations avec le pipi. Elle a eu la gentillesse de m’envoyer un article du BMJ de noël sur un sujet important pour l’espèce humaine.

La question de mon titre s’applique à 40 à 50% de la population quand elle mange des asperges. Marcel Proust était un amoureux des asperges. Il avait remarqué l’odeur que donne aux urines cette tige exquise, elle lui plaisait. Toutes les personnes mangeant des asperges ne sentent pas l’odeur typique dans leurs urines. Une grave et grande question est de savoir si il s’agit d’un problème d’odorat ou de production de la substance odorante par le métabolisme humain. Un article suggère qu’il y a un peu des deux. Certaines personnes ne sont pas capables de produire de grandes quantités du parfum et d’autres sont incapables de le sentir. Les analyses génétiques conduites montraient un résultat plutôt en faveur d’une anosmie car il y avait un lien entre l’incapacité à sentir et un polymorphisme dans le gène d’un récepteur olfactif OR2M7. Il n’y avait pas de lien entre la capacité de produire la substance odorante et celle de la sentir.

L’hypothèse anosmie après cet article de 2011 reste la numéro 1. Une équipe américaine a voulu confirmer cette hypothèse anosmie en réalisant une étude de liaison génétique entre le trait phénotypique « je sens pas » et des marqueurs polymorphes du génome humain. Ils ont étudiés plus de 6909 personnes. 39,8% sentent cette puissante odeur soufré après avoir mangé des asperges et 60,3% sont anosmiques pour cette délicate odeur. Vous remarquerez ce total de 100,1%. 871 SNP (polymorphismes) sont associés à l’anosmie. Ils sont tous localisés dans une région du chromosome 1 qui porte des gènes codant pour des récepteurs olfactifs (OR2).

3 SNPs résistent à des analyses complémentaires, un est en déséquilibre de liaisons avec des mutations inactivant probablement un récepteur olfactif, OR2M7.

Cet article supporte fortement l’hypothèse anosmie comme la bonne. Elle n’invalide pas complétement l’hypothèse incapacité de produire la substance chimique. Pour y répondre de façon formelle il faudrait identifier la substance responsable de l’odeur, tester la population et refaire le GWAS. Je ne crois pas que quiconque se lancera là dedans.

L’absence de liaison avec un gène codant pour une enzyme hépatique par exemple impliquée dans le métabolisme n’élimine pas la possibilité du défaut de production. Une hypothèse à tester est la substance odorante est produite non pas par un métabolisme humain mais pas un métabolisme microbien. Un composant de l’asperge pourrait être métabolisé par un type bactérien particulier responsable de la production d’un composé porteur de l’odeur. On ne comprendrait pas pourquoi il y aurait un lien entre microbiote et des polymorphismes de récepteurs olfactifs mais comprenons nous tous les liens entre notre génome et notre microbiome.

Une expérience assez simple serait de prendre quelques volontaires sains capables de sentir l’odeur de l’asperge dans leurs urines, de faire une décontamination digestive et de voir si ceci modifie la production de l’odeur des urines. Cette approche est assez facile.

Il ne reste plus qu’à écrire le protocole, obtenir les autorisations et trouver les volontaires.

L’édition 2016 du BMJ de noël promet d’être excellente. Elle contente déjà mes perversions intellectuelles.

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Très bonne initiative d’Aix-Marseille Université pour lutter contre le harcèlement sexuel.

Source : Aix-Marseille Université lance sa campagne de sensibilisation contre le harcèlement sexuel | Direction de la Communication

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Santé mentale et études de médecine, les 11% ne sont pas une fatalité

« La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants » Karl Marx

Lu dans un tweet d’alain Mabanckou. Je ne sais pas si c’est une bonne idée de commencer une note de blog par une citation du barbu incarnant le mal pour pas mal de gens. Elle me parait adaptée au sujet.

Le JAMA de cette semaine a, comme il en a l’habitude, fait un numéro spécial « éducation médicale ». Trois articles sur la santé mentale et le bien-être des étudiants en médecine ont retenu mon attention 00005407-201612060-00007 00005407-201612060-00012 00005407-201612060-00011. Le sujet m’intéresse pour des raisons personnelles. Il est important et il mérite de sortir des caricatures et du prêt à penser.

Le premier est une méta-analyse sur la fréquence de la dépression et des idées suicidaires chez les étudiants en médecine. Les résultats de ce travail, qui a dépouillé 195 articles incluant 129 123 étudiants dans 47 pays, montrent que 27.2% (9.3%-55.9%) des étudiants dépistés présentent des critères de dépression. Les idées suicidaires (24 études, 21 000 étudiants et 15 pays) sont présentes chez 11.1% (range, 7.4%-24.2%) des sujets étudiés.

Parmi les résultats importants, cette prévalence élevée de dépression n’a pas bougé avec le temps, de 1982 à 2015. Une donnée importante est l’évolution de la fréquence de la dépression au cours des études de médecine. Neuf études longitudinales (2432 sujets) suggèrent que cette fréquence augmente de 13,5% au cours des études avec de grandes disparités entre les études. Le fait de faire des études de médecine est  associé à  une augmentation du risque de dépression.

Enfin le résultat le plus effrayant peut être est que parmi les étudiants avec une dépression seulement 15,7% bénéficient d’un soin psychique. L’effectif est de seulement 954 personnes, mais c’est terrible de se dire qu’encore un fois les cordonniers sont les plus mal chaussés. Pour ceux qui vont me dire, mais dans cette tranche d’age est ce que ce n’est pas fréquent d’avoir des symptômes de dépression? La réponse est, le risque chez les étudiants en médecine est multiplié par 2 à 5 par rapport à une population du même age.

Après ce constat accablant, comment améliorer le bien être de l’étudiant en médecine? Une nouvelle méta-analyse essaye de répondre à cette question, seulement 28 études sont retrouvées, utilisant 7 approches différentes. Globalement, mettre en place un programme pour améliorer le bien être des étudiants semble utile à ces derniers. La qualité méthodologique n’est pas au rendez vous malheureusement, rendant les conclusions difficiles. Le gros intérêt de cet article est de montrer pour le béotien que je suis, les différentes approches possibles pour améliorer le bien être des étudiants en médecine. Un résultat, très intéressant, qui remet en cause pas mal de préjugés, est que les étudiants en médecine rapportent moins de stress ou de burn out plus ils passent de temps en clinique. A bon entendeur, salut.

Ces deux méta-analyses sont des mines sur le sujet. Je vous en conseille cette lecture. Elles sont accompagnées par un éditorial très intéressant, même si à mon avis, il ne touche qu’un aspect du problème. Il pointe les différents éléments structurels liés aux études médicales qui explique cette forte prévalence de souffrance psychique. Avant de les citer, nous, professionnels du soin allant de l’aide soignante au chef de service, devons répéter encore et encore que nous faisons un métier difficile et dur psychiquement. Nous sommes exposés à la souffrance, à la mort, au deuil, à la douleur, à la misère, au désespoir, à la violence d’une société qui ne veut pas faire de place aux plus fragiles. Nous sommes exposés en permanence à cette pression, à ce stress, qu’est de soigner le mieux possible avec le moins de temps possible, et en plus maintenant avec l’angoisse d’être pris pour des brutes. J’ai déjà écrit pourquoi je pensais que ce métier était un job un peu différent des autres. Pourquoi se coltiner avec la mort comme compagne n’est pas tous les jours faciles. Nous devons absolument et collectivement trouver des solutions pour améliorer la santé psychique des soignants, commencer au cours des études est une bonne stratégie. Ceci ne passera pas par la stigmatisation d’un lieu ou d’une catégorie. Il faut une prise de conscience du problème dans toutes ses dimensions qui vont du très individuels au très collectif qui est la structuration des études médicales. Ne s’attaquer qu’au versant individuel ou qu’au versant collectif ne résoudra rien. Nous devons envisager des mesures s’attaquant à tous les fronts. Nous devons absolument destigmatiser la souffrance psychique.

Pour revenir à l’éditorial, comme je suis universitaire et qu’il est toujours bon de balayer devant sa porte. Voici les éléments de culture des facultés de médecine qui ne font probablement pas du bien aux étudiants.

  1. La médecine est exigeante, donc pour préparer au mieux les futurs professionnels, les écoles de médecine doivent être exigeantes et rigoureuses. C’est le modèle on est des Marines ou une forme de darwinisme appliquée à l’éducation. Nous sommes probablement capable de former sans tuer psychiquement 30% des étudiants.
  2. La santé psychique est méprisée. Les facultés de médecine ont rarement un psychiatre comme doyen. Le somaticien méprise toujours  le psychiatre, même si il s’en défend. Avoir une maladie somatique fait toujours plus sérieux que la maladie mentale. La première est rarement stigmatisante, la deuxième toujours. De plus, la prévention en terme de santé mentale est rarement abordée.
  3. La structure hiérarchique des facultés avec des départements différents s’occupant de la pédagogie et des étudiants, parfois avec de la compétition pour les budgets. En France comme il n’y a de l’argent ni pour l’un ni pour l’autre, ça simplifie.
  4. L’administration des facultés de médecine ne s’intéresse pas vraiment à la santé psychique des étudiants, sauf quand c’est trop tard.
  5. Une des limites actuelles est de toujours se focaliser sur l’individu plus que sur l’aspect structurel. La prévention passe par des approches individus centrés plus que sur des modifications de la forme et du contenu de  l’enseignement. Il est nécessaire de travailler sur les deux. Ceci sous entends de penser que dans la santé mentale, l’individu est aussi important que son environnement et inversement. Vouloir trouver une solution sans prendre en compte les deux est voué à l’échec.

Il y a un énorme travail à faire sur ce sujet. Il est important pour plusieurs raisons, individuel, souffrir n’est pas une fatalité ou un rite initiatique. Tout ceux qui ont fait ou font du sport savent qu’à l’entrainement, il y a de la douleur mais elle doit être consentie et pas subie pour être constructive. Dans l’apprentissage de ce métier dur et difficile, une dose de douleur est inévitable, elle doit être anticipée, expliquée, analysée pour qu’elle ne détruise pas l’individu. Prévenir que c’est difficile, expliquer pourquoi et quand ça survient dire qu’il est important d’en parler rapidement sans tabou. Notre rôle en temps qu’éducateur est d’accompagner cette souffrance par de la générer volontairement ou involontairement. Il est aussi de notre devoir, d’aider certains à réaliser que leurs choix professionnels n’est peut être pas pertinent. A l’échelon collectif, former des professionnels qui vont bien dans leur tête ne peut qu’améliorer le soin. Le meilleur moyen de lutter contre les brutes, c’est l’éducation et la prévention de la souffrance psychique. La dépression ou les idées noires ne font pas des bons soignants. Nous devons avoir des moyens pour mieux comprendre la mécanique de l’apparition des troubles psychiques dans les facultés de médecine pour pouvoir réellement les prévenir. Le fait que depuis 40 ans la fréquence reste la même montre que probablement les mesures prises trop focalisées sur des choses qui paraissent évidentes ne sont pas les bons déterminants. Faisons de la vraie science pas du café du commerce sur un sujet grave.

Enfin pour motiver le libéral qui sommeille en vous tous, le coté financier, prévenir la dépression ou le suicide des médecins est économiquement une bonne idée. Former un médecin prend du temps et coute de l’argent. Prendre soin de lui est un bon investissement pour le système de santé dans son ensemble. Cette réflexion vaut bien évidement pour tous les autres soignants.

J’aurai encore plein de choses à écrire sur le sujet. Cette note est déjà trop longue. Je vais m’arrêter ici. J’insiste n’ayez pas honte de la douleur face à la mort d’un patient. Si vous souffrez, parlez en autour de vous, cherchez à comprendre pourquoi c’est douloureux. N’attendez pas que la souffrance vous submerge, vous engloutisse, sortir de ce trou est difficile, ne pas y tomber est mieux. A tous les gros futés qui trouvent la souffrance psychique un signe de faiblesse, laissez tomber vos attitude de machos d’un autre age, vous serez peut être un jour content d’avoir une oreille attentive quand ça vous tombera dessus. Personne n’est à l’abri.

Je finirai avec ma déclaration de conflits d’intérêts sur le sujet. J’ai fait partie des 11%.

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Anthropocène sauce islandaise

J’ai découvert l’outil timelapse de google Earth. C’est impressionnant de voir l’impact que nous pouvons avoir sur la nature en tant qu’espèce. Nous sommes bien dans l’anthropocène. Je me suis souvenu de mon dernier voyage en Islande en 2009. Nous étions dans les fjords de l’est. Si l’Islande est pluvieuse, l’est est très pluvieux.

1280px-map_of_iceland-svgIl s’agit d’une partie peu peuplée de ce pays. Quand vous voyagez un peu ici, si la nourriture est assez chère, vous réalisez vite que l’énergie est très peu onéreuse, le moindre village a une piscine en plein air chauffée. La géothermie est une source importante d’énergie à coté de celle ci vous avez l’hydroélectrique.

Un jour en nous promenant dans le un fjord près de Reydarfjordur, nous avons découvert ça.

usine_1 usineUne magnifique usine au bord d’un joli fjord. Quand on regarde vers le large, on voit ça.

usine_fjordCette magnifique usine, propriété d’Alcoa, s’appelle Fjardaál. Il s’agit de la plus grosse fonderie d’aluminium du pays et le plus gros site de production du groupe. Le minerai ne vient pas d’Islande mais d’autres pays comme le Canada ou les USA. L’intérêt de transporter du minerai au milieu de l’atlantique nord est le faible cout de l’énergie. La production d’aluminium a un gros défaut sa gourmandise en électricité.

La construction de l’usine a un peu défiguré le site, mais il permet de faire travailler plus de 300 personnes. Je me suis alors demandé d’où venez l’électricité. J’ai appris qu’il avait fallu construire un barrage à 75 km de là, en fait une série de barrages pour pouvoir nourrir le monstre d’Alcoa. Ce lieu s’appelle KARAHNJUKAR. Une rivière a été sacrifiée et un réservoir de la taille de Manhattan est le fruit de cette gourmandise énergétique. Le point rouge marque le barrage et le blanc le site de l’usine.

carteVous remarquerez la taille du lac artificiel, voici un petit Gif pour illustrer l’apparition de cette création de l’homme.

centraleDe près ça donne ça. Vous arrivez au milieu de nulle part.

contexteVous tournez le dos aux moutons et vous découvrez.

lac lac_barrageCe joli lac paisible, vous trouvez que c’est pas mal ce scandale écologique. Vous avancez sur le barrage et là vous découvrez le résultat en aval.

videJe trouve ça moins mignon, cette gorge vide. L’électricité n’est pas produite ici, il a été creusé un tunnel de 40 km qui amène l’eau après une longue chute à une usine souterraine qui produit beaucoup, beaucoup de Kw. Pour transporter l’électricité, il faut des pylônes. Nous devons reconnaitre à l’ingénieur islandais un certain sens esthétique pour le pylône.

pylone_2 pylone_1 pyloneOn dira qu’on les voit à peine dans le paysage.

La rivière ainsi asséchée pour nourrir ces beaux poteaux s’appelle Jökulsá í Fljótsdal. Elle allait se jeter dans l’Atlantique, ici.

fjordLa rivière qui se jette dans l’océan est la Lagarfljót. Sur ce gif vous pouvez voir l’impact de l’asséchement de la rivière. On constate la disparition des eaux boueuses de la rivière de gauche et son remplacement par un cours beaucoup moins important.

fjordJe n’ai pas d’idées sur l’impact environnemental de ces constructions. J’ai du mal à imaginer que ce fut neutre pour la nature islandaise. J’aimerai bien savoir si des études ont été réalisées. J’avais été impressionné par les modifications de paysage induites par l’activité humaine, je le suis toujours. Nous sommes vraiment une drôle d’espèce capable de changer aussi vite notre environnement. Notre puissance devrait nous rendre plus responsable avec cette magnifique planète qui est notre maison commune.

Ce voyage fut le dernier en Islande, je ne sais pas si la découverte de cette histoire a eu un impact pour cette absence de retour dans ce magnifique pays. Ce ne fut probablement pas neutre.

 

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Madeleine musicale

Un soir de tarot, j’ai mis un disque, « Breakfast in America » par Supertramp. Je me suis alors souvenu du premier disque que j’ai acheté, je devais avoir 12 ans. En fait, un double album en cassette, il s’agissait du live in Paris de ce même Supertramp. Cette cassette m’a accompagné jusqu’à ce que j’abandonne le walkman de Sony pour passez au lecteur de CD.

Je n’avais plus écouté ce disque depuis une éternité. Je l’ai acheté pour alimenté ma mélancolie. Je n’ai pas été déçu.

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J’aime toujours autant cette musique si année 70. J’avais le souvenir de l’intro de Breakfast in America.

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Les producteurs du double CD ont eu le bon gout de la conserver. J’avais à nouveau 12 ans. Je me souviens de cette période début des années 80 avec la peur de l’arrivée des chars russes après la victoire de la gauche, le drame de l’entrée des communistes, mes parents n’étaient pas des francs sympathisants du PS. Je ne savais plus quand cet album avait été enregistré. Il l’a été le 29 novembre 1979. Ça m’a fait drôle de voir la date. J’ai du mal à réaliser que j’ai acheté mon premier disque à cette période. Depuis j’ai accumulé quelques disques, j’ai fait l’erreur de bazarder tous mes vinyles. Je regrette surtout ma collection complète de Cure.  J’avais aussi plein de K7. Il y avait aussi les débuts du clips avec la formidable émission des « enfants du Rock ».

Il eu aussi du Cure dans le générique dans la deuxième période, formidable morceau, plus tardif.

Je n’ai plus que des CDs, certains commencent à être des pièces de collections. J’aime toujours ce support. Écouter de la musique nous ramène immédiatement à l’époque de la première audition, j’apprécie énormément cette forme de souvenirs, chacun à la bande son de sa vie. Supertramp est la musique de mes années collèges.

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En achetant ce disque et pour continuer dans le coté souvenir, j’en ai profité pour acquérir le premier disque de classique que j’avais acheté, j’étais plus vieux, fin du lycée je pense. Il s’agit des variations Goldberg de Bach par Glenn Gould. Là aussi je n’ai pas été déçu par l’interprétation gouldienne, les deux versions à 26 ans d’intervalle, l’évolution est troublante. J’avais la version 81.
Fin de la session nostalgie, putain je suis vieux.

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