Anthropocène sauce islandaise

J’ai découvert l’outil timelapse de google Earth. C’est impressionnant de voir l’impact que nous pouvons avoir sur la nature en tant qu’espèce. Nous sommes bien dans l’anthropocène. Je me suis souvenu de mon dernier voyage en Islande en 2009. Nous étions dans les fjords de l’est. Si l’Islande est pluvieuse, l’est est très pluvieux.

1280px-map_of_iceland-svgIl s’agit d’une partie peu peuplée de ce pays. Quand vous voyagez un peu ici, si la nourriture est assez chère, vous réalisez vite que l’énergie est très peu onéreuse, le moindre village a une piscine en plein air chauffée. La géothermie est une source importante d’énergie à coté de celle ci vous avez l’hydroélectrique.

Un jour en nous promenant dans le un fjord près de Reydarfjordur, nous avons découvert ça.

usine_1 usineUne magnifique usine au bord d’un joli fjord. Quand on regarde vers le large, on voit ça.

usine_fjordCette magnifique usine, propriété d’Alcoa, s’appelle Fjardaál. Il s’agit de la plus grosse fonderie d’aluminium du pays et le plus gros site de production du groupe. Le minerai ne vient pas d’Islande mais d’autres pays comme le Canada ou les USA. L’intérêt de transporter du minerai au milieu de l’atlantique nord est le faible cout de l’énergie. La production d’aluminium a un gros défaut sa gourmandise en électricité.

La construction de l’usine a un peu défiguré le site, mais il permet de faire travailler plus de 300 personnes. Je me suis alors demandé d’où venez l’électricité. J’ai appris qu’il avait fallu construire un barrage à 75 km de là, en fait une série de barrages pour pouvoir nourrir le monstre d’Alcoa. Ce lieu s’appelle KARAHNJUKAR. Une rivière a été sacrifiée et un réservoir de la taille de Manhattan est le fruit de cette gourmandise énergétique. Le point rouge marque le barrage et le blanc le site de l’usine.

carteVous remarquerez la taille du lac artificiel, voici un petit Gif pour illustrer l’apparition de cette création de l’homme.

centraleDe près ça donne ça. Vous arrivez au milieu de nulle part.

contexteVous tournez le dos aux moutons et vous découvrez.

lac lac_barrageCe joli lac paisible, vous trouvez que c’est pas mal ce scandale écologique. Vous avancez sur le barrage et là vous découvrez le résultat en aval.

videJe trouve ça moins mignon, cette gorge vide. L’électricité n’est pas produite ici, il a été creusé un tunnel de 40 km qui amène l’eau après une longue chute à une usine souterraine qui produit beaucoup, beaucoup de Kw. Pour transporter l’électricité, il faut des pylônes. Nous devons reconnaitre à l’ingénieur islandais un certain sens esthétique pour le pylône.

pylone_2 pylone_1 pyloneOn dira qu’on les voit à peine dans le paysage.

La rivière ainsi asséchée pour nourrir ces beaux poteaux s’appelle Jökulsá í Fljótsdal. Elle allait se jeter dans l’Atlantique, ici.

fjordLa rivière qui se jette dans l’océan est la Lagarfljót. Sur ce gif vous pouvez voir l’impact de l’asséchement de la rivière. On constate la disparition des eaux boueuses de la rivière de gauche et son remplacement par un cours beaucoup moins important.

fjordJe n’ai pas d’idées sur l’impact environnemental de ces constructions. J’ai du mal à imaginer que ce fut neutre pour la nature islandaise. J’aimerai bien savoir si des études ont été réalisées. J’avais été impressionné par les modifications de paysage induites par l’activité humaine, je le suis toujours. Nous sommes vraiment une drôle d’espèce capable de changer aussi vite notre environnement. Notre puissance devrait nous rendre plus responsable avec cette magnifique planète qui est notre maison commune.

Ce voyage fut le dernier en Islande, je ne sais pas si la découverte de cette histoire a eu un impact pour cette absence de retour dans ce magnifique pays. Ce ne fut probablement pas neutre.

 

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Madeleine musicale

Un soir de tarot, j’ai mis un disque, « Breakfast in America » par Supertramp. Je me suis alors souvenu du premier disque que j’ai acheté, je devais avoir 12 ans. En fait, un double album en cassette, il s’agissait du live in Paris de ce même Supertramp. Cette cassette m’a accompagné jusqu’à ce que j’abandonne le walkman de Sony pour passez au lecteur de CD.

Je n’avais plus écouté ce disque depuis une éternité. Je l’ai acheté pour alimenté ma mélancolie. Je n’ai pas été déçu.

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J’aime toujours autant cette musique si année 70. J’avais le souvenir de l’intro de Breakfast in America.

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Les producteurs du double CD ont eu le bon gout de la conserver. J’avais à nouveau 12 ans. Je me souviens de cette période début des années 80 avec la peur de l’arrivée des chars russes après la victoire de la gauche, le drame de l’entrée des communistes, mes parents n’étaient pas des francs sympathisants du PS. Je ne savais plus quand cet album avait été enregistré. Il l’a été le 29 novembre 1979. Ça m’a fait drôle de voir la date. J’ai du mal à réaliser que j’ai acheté mon premier disque à cette période. Depuis j’ai accumulé quelques disques, j’ai fait l’erreur de bazarder tous mes vinyles. Je regrette surtout ma collection complète de Cure.  J’avais aussi plein de K7. Il y avait aussi les débuts du clips avec la formidable émission des « enfants du Rock ».

Il eu aussi du Cure dans le générique dans la deuxième période, formidable morceau, plus tardif.

Je n’ai plus que des CDs, certains commencent à être des pièces de collections. J’aime toujours ce support. Écouter de la musique nous ramène immédiatement à l’époque de la première audition, j’apprécie énormément cette forme de souvenirs, chacun à la bande son de sa vie. Supertramp est la musique de mes années collèges.

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En achetant ce disque et pour continuer dans le coté souvenir, j’en ai profité pour acquérir le premier disque de classique que j’avais acheté, j’étais plus vieux, fin du lycée je pense. Il s’agit des variations Goldberg de Bach par Glenn Gould. Là aussi je n’ai pas été déçu par l’interprétation gouldienne, les deux versions à 26 ans d’intervalle, l’évolution est troublante. J’avais la version 81.
Fin de la session nostalgie, putain je suis vieux.

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Des limites et de l’effort, conseils d’écoutes

Les limites du corps et de la performance dans le sport sont des questions qui reviennent régulièrement. Étienne Klein a réuni dans sa conversation scientifique quelques personnes sur le sujet. L’émission était très intéressante. Il est dommage qu’elle ne fut pas plus longue car il y avait une vraie tension entre JF Toussaint expliquant que nous avons touché les limites de nos capacités humaines sur les épreuves classiques en athlétisme par exemple et les deux autres intervenants qui défendaient une position du « no limit ». Avec un traditionnel si on veut on peut. Il y avait du grain à moudre pour une bonne heure d’émission en plus, mais la limite était touchée.

Si vous ne croyez pas que nous atteignons un pic dans la performance, je vous conseille cette lecture. Ce qui est très fort, c’est de voir que la stagnation touche les hommes mais aussi les animaux avec sur la figure suivante l’exemple du saut de grenouille. Nous avons des limites physiologiques indépassables, la biomécanique comme toutes sciences n’a qu’un but briser nos rêves.

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Les tenants, aboutissants et « solutions » sont abordés dans l’article. Pour améliorer les records, il faudra améliorer les hommes que ce soit par des approches technologiques (admirez le décrochage dans les épreuves de natation avec l’apparition des combinaisons) ou génétiques. On peut se poser la question de l’intérêt de la poursuite de cette course aux records qui ne peut conduire qu’à la tentation du  dopage.

Pour aller plus loin et poursuivre sur la problématique du pourquoi faire des efforts ? Je vous recommande l’excellente émission des nouveaux chemins de la connaissance, sur la philosophie de l’effort. La philosophe, Isabelle Queval, explique très bien l’idéologie de l’effort qui s’est développé dans le monde avec en fer de lance le sport. C’est passionnant. Je vous conseille de l’écouter en faisant une activité physique un peu intense. La mise en abyme est troublante. Je retiens de l’approche philosophique, que ce n’est pas les limites de l’espèce que nous devons rechercher mais nos propres limites dans un effort qui doit être harmonieux, comme la voie du Tao. Notre expérience individuelle de l’effort nous laisse face à nous même avec nos limites mais aussi notre désir, tension entre ubris et réalité. L’effort bien compris ne doit pas viser à sélectionner l’individu mais permettre à la personne de s’accomplir. L’effort physique nous apprend à porter attention au détail. Cette attention exacerbée appliquée à la vie doit nous permettre de profiter réellement de celle ci. Maintenant que nous avons atteints les limites de nos performances en temps qu’espèce le but du sport ne doit plus tendre vers le record mais vers un accomplissement de l’individu dans la quête du geste parfait sans que le résultat importe. Le voyage est plus important que la destination.

L’exemple du boucher du prince Wen-houei est une belle illustration de ces objectifs de perfection où l’effort disparait, mis pour y arriver que d’efforts et de répétitions.

Ces deux émissions sont très stimulantes pour la réflexion sur le sens de l’effort  et au delà de nos vies à travers la quête d’un absolu que nous avons déjà atteints comme mammifère bipède. Nous devrions concentrer nos efforts vers plus de collaboration entre nous que vers un individualisme forcené.

 

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« Je te donne son numéro d’hospit »

« Allo, c’est bien ici les avis néphro? »

« Oui, que puis je pour vous? »

« J’ai un patient qui à la créat qui monte, je peux t’en parler? »

« Oui bien sur, je… »

« Je te file son numéro d’hospit comme ça tu peux regarder les bilans. »

« Je préfère son nom et son prénom. »

Tout patient entrant en hospitalisation a un numéro. C’est le premier pas dans la structure, aller au bureau des entrées pour avoir le numéro et les étiquettes, surtout les étiquettes qui sont le sésame sans lequel rien n’est possible.

Depuis que je fais ce métier, je déteste utiliser le numéro d’hospitalisation comme je déteste qu’on me dise le monsieur de la chambre X. J’ai toujours appelé les patients par leurs noms, même si pour moi c’est difficile. J’ai une très mauvaise mémoire des noms, encore plus des chiffres. C’est devenu une habitude de demander le nom et jamais le numéro, même si je reconnais le coté pratique de la série de chiffres surtout pour les fortes homonymies. J’avais un peu oublié l’origine de cette obsession du nom.

En ce moment, je lis un formidable livre d’histoire, « l’Europe en Enfer » de Ian Kershaw.

Résultat de recherche d'images pour "l'europe en enfer"Hier soir, j’ai lu ces phrases de Primo Levi.

20161126_211435Je me suis alors souvenu d’où me venez cette angoisse devant l’anonymisation dans une structure. Que les choses soient bien claires, je n’ai jamais associé, un hôpital à un camp de concentration, les soignants à des nazis et les patients aux juifs ou aux autres victimes du système concentrationnaire. Nous utilisons les chiffres car c’est plus rapide, plus efficace pas dans le but de détruire l’individu en niant son identité. Mais cette expérience essentielle du XXé siècle nous rappelle les risques de transformer une personne avec son histoire, ses convictions, préférences, en objet. La première étape est l’anonymisation, du moins dans la culture occidentale. Il est important d’appeler les patients par leurs noms et prénoms, toujours.

Je n’ai jamais lu Primo Levi, par contre j’ai été totalement bouleversé par la lecture de « La Destruction des Juifs d’Europe » de Raul Hilberg. Je l’ai lu lors de sa parution en France, j’étais en deuxième année de médecine. L’expérience concentrationnaire y est décrite avec une précision incroyable, des racines du mal jusqu’à son acmé. La déshumanisation joue un rôle majeur pour autoriser le génocidaire. Transformer l’être humain en numéro anonyme permet d’en faire une chose, ceci rend plus facile la mise en place du processus d’industrialisation de la mort. Après cette lecture, que je ne peux que conseiller, je n’ai plus jamais pu remplacer un nom par un numéro. J’ai peut être tort d’avoir été si sensible. C’est si ancré en moi que je suis incurable. Une lecture même très aride peut changer profondément certains de nos comportements. Les nazis l’avaient bien compris eux qui ont brulé tant de livres.

Je vous conseille aussi la lecture du livre de Kershaw. Il me parait de salubrité publique en ces temps de doutes, de dérive toujours plus droitière, de plonger dans l’histoire récente de notre continent. Malheureusement, l’histoire ne nous apprend rien mais au moins nous pouvons comprendre un peu mieux ce qui s’est passé et ce qui nous arrive.

Je désamorce immédiatement les commentateurs bien intentionnés qui viendront me faire le coup du point Godwin. Je me l’accorde de très bonne grâce spontanément.

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De la courbe (de poids) en U et de son interprétation.

On me dit dans l’oreillette que mes lecteurs viennent surtout pour entendre causer de médecine, après un intermède musical, revenons à nos moutons. J’espère vous avoir convaincu que nos comportements peuvent avoir un impact sur notre vie. Dominique pense qu’être gros est une destinée. Je ne partage pas son opinion. Ce n’est pas très grave. De la diversité nait la connaissance. Tout le monde a une idée sur le poids idéal. Sur ce sujet, on ne parle, comme par hasard, jamais de conflit d’intérêt. Il faudrait que tout auteur écrivant sur le sujet donne son index de masse corporel (IMC ou BMI pour les anglophones). Une analyse des données de la littérature en fonction de cette donnée anthropomorphique de base serait très intéressante. Elle ne verra jamais le jour, mais bon je serai très curieux de voir les résultats.

La médecine, plus précisément l’épidémiologie médicale, adore les courbes en U. Juste une question de bon sens, trop ou pas assez ce n’est pas bon, tout est dans la modération. Des courbes en U partout, glycémie, pression artérielle, même le débit de filtration glomérulaire n’échappe pas à cette tendance. Une petite fille de la courbe en U est l’association inverse, le néphrologue est un grand spécialiste de ce truc. J’ai appris, il y a longtemps maintenant, à me méfier de ce dernier phénomène. Ce papier reste un modèle dans l’interprétation de ce phénomène, il cause de cholestérol et de maladie rénale chronique. Une des courbes en U les plus connues est celle du poids, bel exemple ici. Être trop maigre ou trop gros, ce n’est pas bon. Ceci est frappé par le sceau du bon sens. L’IMC normal est de 18,5 à 24,9. La majorité des études retrouvent un sur-risque de décès quand le BMI passe sous les 22. Ceci pourrait suggérer la nécessité de revoir la norme.

Des auteurs se sont intelligemment dits, cette courbe en U ne serait elle pas juste un artefact, lié à des comorbidités? Dans la méta-analyse du BMJ, il y avait un signal pour ça, car le BMI idéal pour la survie était entre 22 et 24 si vous aviez fumé et entre 20 et 22 si vous n’aviez jamais touché à la cigarette. Mais un IMC normal bas inférieur à 20 ou 22 jusqu’à 18,5 était associé à un sur-risque de décès. Sous les 18,5, il n’y a pas de discussion, la dénutrition tue et nous devons tout faire pour lutter contre. La première figure des supplementary data le montre clairement.

courbeu_grosL’hypothèse des auteurs repose sur le fait que les BMI normaux bas pourraient être le reflet de comorbidités entrainant une dénutrition. La caricature serait de mettre un patient avec un cancer métastatique dans une étude avec une analyse du BMI. Son BMI est normal bas du fait de sa pathologie, il va mourir, la dénutrition joue un rôle, mais ce qui cause la baisse de l’IMC et le décès, c’est le cancer. Il faut bien sur dans ces situations lutter contre la dénutrition. Pour explorer ce problème, ils ont décidé d’ajuster la survie en associée au BMI en découpant les groupes de BMI en fonction d’un score de vie saine.

Ils ont inclus 39 284  hommes de la HPFS et 74 582 femmes de la NHS suivi pendant 32 années. La méthodologie est de qualité, autant que je puisse en juger. Ce qui est très bien, c’est d’avoir utiliser le dernier BMI avant le décès pour l’analyse. Les déterminants d’un style de vie à faible risque sont 1) ne jamais avoir fumé, 2) Avoir une activité physique quotidienne d’intensité modérée à intense de plus de 30 mn/jour, 3) une consommation d’alcool modéré de 5 à 15 g/j d’alcool pour les femmes et de 5 à 30 pour les hommes, 4) un score AHEI (alimentation) dans les 2 quintiles les plus haut. Les comportements sont évalués tous les 2 ou 5 ans. Il sera fait des ajustements pour d’autres comorbidités.

La figure importante est celle ci.

gros_2016Le groupe de référence est BMI entre 22,5 et 24,9 sans facteur de vie saine. Dans le groupe sans comportement protecteur, vous voyez la courbe en U classique, notez que le surpoids (IMC 25-29,9) n’a pas d’impact sauf sur le risque cardiovasculaire. Dès que vous accumulez des facteurs de vie saine, vous perdez l’aspect de courbe en U, il n’y a plus de surmortalité si votre BMI est entre 18,5 et 22,4. L’essentiel de l’effet du surpoids se fait sur la mortalité cardiovasculaire. Vous voyez que pour cette dernière, si vous avez un BMI supérieur à 30 malgré 3 ou plus facteurs de vie saine, vous perdez le bénéfice de ces derniers. La même analyse faite uniquement sur les patients n’ayant jamais fumé, fait complétement disparaitre la courbe en U à tout les niveaux. L’IMC > 30 est toujours associé à une moins bonne survie.

gros_santabacSi vous avez un IMC entre 18,5 et 22,4 et que vous avez 3 ou plus facteurs de vie saine, votre risque de mourir diminue de 61% par rapport au groupe de référence IMC entre 22,5 et 24,9 sans facteur de vie saine. Perdre du poids, faire de l’exercice, manger sainement, boire un peu d’alcool et surtout ne pas fumer sont des comportements intéressants si vous voulez gagner quelques années de vie probablement en meilleure santé.

Cet article est important. Il montre bien qu’avoir une bonne hygiène de vie est toujours bénéfique. C’est un bel exemple de prise en compte des facteurs confondants. Ce serait un très beau sujet de lecture critique d’articles. Pour les étudiants qui préparent l’ECN, je rappelle qu’à partir de cette année l’article sera en anglais. Je ne peux que vous conseiller de lire des articles dans la langue de Carver.

La surcharge pondérale a un impact négatif et viser un IMC entre 18,5 et 22,4 semble un objectif intéressant en particulier pour le risque cardiovasculaire. Le début de la courbe en U du poids est morte. Bien évidement, les IMC inférieurs à 18,5 ne sont pas souhaitables et nous devons lutter avec la même énergie contre la dénutrition et l’excès de poids. Comme toujours en physiologie, tout est une question de mesure et d’équilibre.

Je ne résiste pas à vous proposer un extrait d’un album que j’ai redécouvert récemment. Le diable est dans les détails.

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« Fly me to the moon » de Bart Howard

J’aime beaucoup cette chanson. Pour tout savoir sur cette très belle composition écrite en 1954, je vous conseille la notice wikipedia en anglais.

La version la plus célèbre est celle d’un certain Frank Sinatra avec l’orchestre de Count Basie et un petit jeune comme arrangeur Quincy Jones. Je vous propose la version concert ici au Sand de Las Vegas.

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Cet album est excellent avec un Frank au sommet de son art vocal, une section rythmique  au top et Monsieur Jones proposa des arrangements redoutables. Le flutiste est pas mal. Vous avez droit en prime à un long intermède de Frankie digne du rat pack.
En 2016, voici une nouvelle version de ce monument de la musique populaire américaine. Ici, c’est Ben l’oncle soul qui s’y colle et c’est très bien.

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L’ensemble de l’album hommage à l’immense crooner américain est de très bon niveau. Le travail sur la rythmique est très chouette et revisite certains standards brillamment. Sur quelques morceaux ont retrouve une ambiance plus caraïbes que soul, sympathique clin d’œil au kid du New Jersey qui aima tant Cuba.
A propos de Cuba, ce mois de Novembre est musicalement sympathique avec le nouvel album de Roberto Fonseca. Il poursuit l’exploration de l’histoire musicale de son ile natale. J’avais déjà écrit qu’il était le digne successeur de Anga Diaz. Cet ABUC le confirme brillamment. Musique savante par certains aspects mais souvent dansante, il est un leader impressionnant de maitrise. J’aime sa manière percussive de jouer du piano. Il a une section rythmique hallucinante. L’album est très bien construit, il nous prend la main pour explorer la musique cubaine. C’est passionnant.
Pour vous mettre en appétit, une de ses compositions.

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Un autre exemple de son incroyable talent dans un style totalement différent, cette très émouvante contredanse.

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Cet album n’a pas fini de tourner. Il passe bientôt près de chez moi, j’espère pouvoir trouver des places.

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Acte manqué de la Conférence des directeurs généraux de CHU

Ce nouveau logo des DG des CHU est sublime. Nous avons la confirmation que les CHU sont un sac de nœuds. La personne qui a fait ce logo est un pur génie qui a du beaucoup trainer dans les structures hospitalières françaises.

Source : Réseau CHU: Rayonnement, interrelation, territoire – un nouveau logo pour la Conférence des directeurs généraux de CHU

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Tout n’est pas écrit dans nos gènes

Cet article est, à mon sens, le plus important de l’année.

Khera AV, Emdin CA, Drake I, et al. Genetic Risk, Adherence to a Healthy Lifestyle, and Coronary Disease. New England Journal of Medicine. 2016. doi:10.1056/NEJMoa1605086.

Nous allons être submergés par les données de génomique. Le nombre de variants dans notre capital génétique est incroyable. La question est qu’en faire? Les vendeurs du rêve génétique voudraient que notre génome soit notre nouveau destin. En fonction de l’agencement de nos variants rares ou fréquents nous serions engagés sur une route dont nous ne pourrions influer le parcours. Cette vision plait pour deux raisons. La première est culturelle, nous avons été nourris au biberon du destin inéluctable, aussi bien chez les grecs que dans la tradition chrétienne, s’aggravant avec l’avènement du protestantisme. L’opéra s’est nourri de ces histoires où tout est écrit dans les astres. La deuxième est notre fainéantise. L’idée que tout est déjà prédestiné par ce que nous a donné comme ADN la rencontre de deux gamètes permet de se dire que de toute façon le moindre effort est inutile, juste une contrainte imposée sans impact.

Les auteurs de cet article ont analysé trois grandes cohortes suivies pendant quelques décennies, ARIC, WGHS (uniquement des femmes) et la MDCS. Ces cohortes avaient l’intérêt d’avoir des données de génomique accessibles et des données sur le mode de vie approximativement identiques. Le but des auteurs étaient d’évaluer l’impact du style de vie et d’un score génétique sur le risque de faire un événement coronarien.

Les auteurs ont construit un score avec 50 polymorphismes dans 48 gènes associés à un risque de maladie coronarienne (la liste est dans les supplementary data) permettant de classer les individus (51 425) en risque coronarien faible, intermédiaire et élevé. Les quatre facteurs de mode de vie sain sont:

  1. Ne pas fumer,
  2. Ne pas être obèse,
  3. Avoir une activité physique régulière et
  4. Avoir une alimentation saine.

Je mets les définitions utilisées pour chaque étude.

healthy-styleLes patients sont classés comme ayant un mode de vie favorable si ils ont 3 ou 4 critères remplis, intermédiaire si ils ont 2 critères et défavorable si aucun ou un seul critère d’un mode de vie sain.

A l’inclusion, les patients ont la cinquantaine, un peu plus âgé pour les suédois (58 ans), il y a seulement 12000 hommes (effet de la WGHS). Si seulement 25% des personnes sont hypertendus dans les deux études américaines, on monte à 68% pour la suède, le diabète est peu prévalent à l’inclusion de 2 à 8%. Par contre il y a un gros déséquilibre pour les antécédents familiaux de maladie coronarienne car 32% des patients suédois ont un tel antécédent contre seulement 10% pour les deux autres. Ils sont en surpoids modéré avec un BMI autour de 26. Peu prennent des hypocholestérolémiants (2 à 3%). Une large majorité de 75 à 90 % ne fume, ni n’est obèse, moins de la moitié ont une activité physique et moins de 20% mangent correctement sauf dans la WGHS (34%). Le risque génétique suis une distribution normale. Le suivi médian est de 18,8 ans dans ARIC, 20,5 ans dans WGHS et de 19,4 ans dans MDCS.

Avoir un score génétique de risque coronarien élevé est associé à une augmentation de 91% du risque de présenter un événement coronarien par rapport au groupe faible. La génétique a un impact fort sur le risque coronarien.

Chaque élément du style de vie réduit de façon significative le risque coronarien, ne pas fumer de 44%, ne pas être obèse de 34%, avoir une activité physique de 12% et manger sain de 9%. Les courbes sont impressionnantes, avoir le mauvais billet à la loterie génétique ou faire n’importe quoi au niveau comportemental augmente de la même façon le risque coronarien.

fig1Les auteurs ont regardé les interactions entre la génétique et les habitudes de vie. Avoir une bonne hygiène de vie (favorable lifestyle) réduit de 45% le risque coronarien et ceci quelque soit votre risque génétique.

fig3Vous remarquerez la coquille dans les chiffres de la WGHS dans le low genetic risk. Ces barplots sont aussi impressionnants que les courbes précédentes. Vous observerez d’abord qu’être une femme est associée à un risque coronarien moindre que les cohortes avec des hommes en particulier l’ARIC, spéciale dédicace à qui vous savez. Ce que je trouve fascinant, c’est qu’avoir de mauvaises habitudes de vie même si vous avez les bons gènes ne vous protègent pas et vous avez le risque des malchanceux vertueux. On peut appeler ça du gâchis de son capital. Je trouve ça amusant dans notre société. Prendre soin de soi est une bonne chose quelques soient vos gènes.

Ce papier est important à plus d’un titre. Notre comportement a un impact sur le risque inscrit dans nos gènes. Nos gènes ne nous prédestinent pas, nous ne sommes pas les agneaux offerts au couteau du bourreau génomique. En ne fumant pas, en faisant attention à son poids, en ayant une activité physique régulière et en mangeant plus de fruit, de légumes, moins de protéines, nous pouvons influer sur notre devenir. A l’échelon individuel, nous avons une responsabilité.

En terme de santé publique, ce travail peut poser la question de l’intérêt de la médecine personnalisée. Si jouer sur les habitudes de vie a un impact quelque soit le niveau de risque génétique est il bien utile de vouloir stratifier le risque de façon plus fine si nous n’avons pas grand chose à proposer. J’attends la même étude avec l’utilisation de statines guidée sur le risque génétique. Plutôt que dépenser beaucoup d’argent à analyser des gènes, ne vaudrait il pas mieux le dépenser pour faire de l’éducation, pour lutter contre le tabagisme, l’obésité, la sédentarité, la malbouffe. Le bénéfice d’une telle politique serait pour tous indépendamment de notre individualité génomique. A l’échelon collectif, nous avons une responsabilité.

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Ce genre d’articles me motive pour passer du temps à expliquer aux personnes qui viennent me voir en consultation, l’importance de contrôler son poids, de faire de l’exercice, de mieux manger, d’arrêter de fumer. Récemment, j’ai été accusé de ne pas comprendre qu’il était mal de parler du surpoids aux patients qui viennent nous voir. Nous sommes stigmatisants, des brutes quoi. Effectivement, il est plus confortable de ne rien dire, comme de ne pas prendre la pression artérielle, parce que c’est connu, c’est surfait l’HTA. Il y a un milliard d’hypertendus dans le monde, le tensiomètre est un truc de « has been ». Tellement plus simple, de juste donner un comprimé plutôt que de parler des kilos en trop, de dire qu’il faut faire de l’exercice, d’essayer de trouver le sport, chercher les raisons de l’absence d’amaigrissement, identifier les erreurs diététiques. Tellement plus facile, de dire c’est dans les gènes, on peut rien y faire…

Cet article suggère qu’une attitude volontariste individuelle accompagnée d’une politique de santé publique avec de vrais moyens pour aider les individus ainsi qu’une régulation de la vente du tabac, de la composition des aliments peuvent changer le destin, du moins coronarien.

Je suis passionné par les résultats de la génomique contemporaine. Il est très important de poursuivre l’exploration des interactions entre nos gènes et l’environnement au sens large. Identifier les gènes actionnables est essentiel. Comprendre l’impact des SNP sur l’expression protéique est capital. Il faut juste garder en tête que ceci ne représente qu’une partie de la complexité du vivant. Surtout ne vendons pas des faux rêves qui paralysent l’action sur des choses simples comme le contrôle de la consommation du tabac, la lutte contre le surpoids qui passe par la promotion d’une activité physique régulière et d’une alimentation équilibrée de type méditerranéen.

 

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Sérendipité musicale

J’écoute un peu de musique, quand j’ai le temps. Parmi les émissions de jazz, je n’écoute qu’open jazz. J’ai découvert un morceau qui a retenu mon attention. Je voulais pouvoir en profiter pleinement.

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J’ai acheté l’album. L’extrait est un bon exemple du bonheur de ces musiciens du monde de jouer ensemble, j’insiste jouer. Il s’agit pour la majorité des morceaux de traditionnels méditerranéens adaptés. Ils sont magnifiques. Chacun vous emportera dans un monde. La musique peut être poésie. Elle est ici, aussi, partage. Je ne peux que vous conseiller l’écoute de ce très bel album « Orient Occident ». les six artistes ont du talent, beaucoup de talent. Je ne m’attendais pas à ressentir une telle émotion à l’écoute de ces musiques du pourtour de ma mer maternelle. Tout amoureux du pourtour de Mare Nostrum aura du plaisir en entendant ces musiques toutes différentes mais nées de la même matrice. La lecture faite est vraiment très chouette. Le bonheur peut être simple comme 45 minutes de musique.

Ce dialogue entre orient et occident m’a fait penser à un superbe album de Jordi Savall, Mare Nostrum justement. L’approche est identique, explorer le fabuleux patrimoine musical de la Méditerranée, faire se rencontrer des musiciens traditionnels de toutes les traditions et culture pour générer des rencontres d’une force émotionnelle unique. Si en plus vous aviez la chance d’avoir une compagne avec la voix de Monserrat Figueras, le résultat était sublime.

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Si vous aimez ces rencontres de culture, de temps, de rythme, de mélodie, de sons et tout simplement de talent. Je vous conseille un de mes oudistes préférés, le magique Dhafer Youssef. Son dernier album « Diwan of Beauty and odd » est très bien.

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C’est pas mal en ces moments de rigidité identitaire une peu de mélange, non?

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Une semaine de bonheur intellectuel

« -Pourquoi avez-vous pitié de lui? lui demandai-je. Il est heureux. Il vit un rêve, et de cette façon, sa richesse est plus assurée que n’importe quelle autre. Car ce que l’on possède en rêve, une armée entière d’ennemis ne saurait vous le prendre. Sauf le réveil… Mais qui serait assez cruel pour le réveiller? »
La Neige de Saint Pierre par Léo Perutz

J’ai fini ma semaine d’astreinte en lisant ce très beau roman, de Léo Perutz. L’intrigue est bien tournée. L’écriture est toujours aussi tenue et de qualité. Le sujet est très actuel. C’est une histoire de médecin. C’est peut être le meilleur que j’ai lu de lui.

J’ai passé ma semaine en écoutant les nouveaux chemins de la connaissance sur Glenn Gould. Ce fut passionnant, je connaissais le pianiste, j’ai découvert un penseur. Les trois émissions sont très bien. Elles donnent envie d’écouter ce grand monsieur de la musique et de lire ses écrits. Je pense avoir trouvé les livres qui accompagneront mes futures vacances.

Mon autre écoute matinale fut la compagnie des auteurs et 4 émissions consacrées au dandy déchu de la littérature européenne, Oscar Wilde. La qualité des intervenants est inégales mais les textes de Wilde sont là et ça n’a pas de prix. Ma préférée fut celle avec Charles Dantzig. J’aime cet auteur, son œuvre, sa vie, si le portrait de Dorian Gray est l’œuvre la plus connue, je persiste à penser que la ballade de la geôle de Readings est un poème d’une qualité rare, porteur d’une émotion toujours intacte après les relectures. La dernière émission donne très envie de lire le théâtre que je connais mal. C’est une très bonne introduction au monde de Wilde et en plus un MOOC vient de commencer sur cet auteur majeur.

J’ai passé une très bonne semaine en compagnie de ces artistes. L’art apaise bien des contrariétés de la vie, en particulier la littérature et la musique.

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