Dans mon lecteur de podcast trainaient des podcasts que je n’avais écoutés. J’ai pris du temps pour les écouter et je ne le regrette pas. La grande traversée sur Victor Hugo est formidable. Je connais mal Hugo. J’ai lu les misérables, quelques poèmes et les pamphlets sur Napoléon le petit. Ma culture hugolienne s’arrêtait là. En cinq heures, j’ai beaucoup appris sur l’homme, le père, l’amant et surtout l’écrivain. Entendre des passionnés parler de leur auteur fétiche donne envie de tout lire. Je vais prendre du temps pour lire les travailleurs de la mer. Hugo avait une vision politique d’avant garde, abolition de la peine de mort, vote des femmes, destruction de la misère. Son combat contre la dictature napoléonienne est d’actualité. Quand j’ai écouté comment le prince président est devenu dictateur largement soutenu par les forces de l’argent de l’époque après avoir fait rêvé la France à une grandeur retrouvée et fantasmée. Ceci ne vous fait pas penser à quelque chose? Oui Hugo est toujours d’actualité car ses grands combats n’ont pas tous abouti.
J’ai écouté une autre grande traversée sur Marcel Proust intitulé marcel Proust cousu main. Je connais un peu mieux proust que Hugo. Cette série de 5 émissions est remarquable par son contenu mais surtout par sa forme car il y a quelque chose de proustien dans la manière de coudre les interventions. Comme pour rentrer dans la recherche, il vous faudra un peu de temps pour saisir le rythme et l’apprécié mais une fois passé les 20 premières minutes vous aurez envie d’écouter encore ses proustiens vous parler de ce texte incroyable. J’ai compris pourquoi je me suis arrêter à la prisonnière en écoutant l’émission. Là aussi j’ai très envie de reprendre la lecture. J’ai retrouvé l’humour de proust car on oubli souvent de le dire c’est un texte terriblement drole. Il faut à mon avis le voir comme ça pour rentrer dedans et retrouver les sentiments éternels qu’il a su mettre en mots. C’est franchement passionnant. Durant toute l’émission j’ai pensé à Perec et arrivé à la fin je me suis dit que je n’avais pas fait fausse route.
J’ai écouté une autre grande traversée de l’été 2024, Kafka, métamorphosé. Je connais un peu mieux que les deux précédents. Les cinq heures d’émission vous donneront encore une fois envie d’explorer ce monde d’encre et de papier. La construction est remarquable et s’interroge sur les différents points de la vie, la relation à la famille, à l’écriture, comment le travail a nourri l’œuvre, le rapport aux femmes et donc à la sexualité et l’incroyable anticipation du totalitarisme et de son coté délirant. Le procès reste à mon avis le texte long le plus incroyable et une lecture indispensable pour les médecins, pour toute personne voulant toucher du doigt la complexité du monde et le fonctionnement totalitaire. Il y a bien évidement ses nouvelles mais aussi ses aphorismes et son journal qui restent un sommet de la littérature mondial. On ne remerciera jamais son ami, Max Brod, de ne pas avoir écouté ses dernières volontés de tout détruire. Je vous conseille aussi en passant l’écoute de « J’irai chercher Kafka » de Léa Venstein sur les aventures rocambolesques des originaux de Kafka.
Le point commun entre ces grandes traversées en dehors de porter sur des monstres de la littérature est d’avoir étaient faites par Christine Lecerf. Je la remercie de tout mon coeur de la qualité de ses émissions et de la transmission de son amour de la littérature et des hommes et femmes qui la font. Je ne peux que vous conseille d’écouter ses autres productions pour France Culture.
Un court ouvrage fait de vignettes et d’un long témoignage. Il s’agit d’un hommage poétique à l’archive des petites gens comme vous et moi. Une lecture très émouvante, on ferme le livre et on se souvient de cette femme qui doit abandonner son enfant, de ce linceul écrit au fil des ans, de la bibliothèque abandonnée sur l’autel de l’efficacité et de ces femmes courageuses se levant contre la barbarie nazie. Ce petit témoignage sur un reçu de blanchisserie au retour d’un camp vous tire une larme. L’humanité si belle quand elle est empathique. Je ne peux que recommander la lecture de ce texte pour illustrer plus avant les paroles fortes d’Annick Kayitesi-Jozan sur ce que ne dit pas le mot génocide à la 55é minute de cette passionnante émission de @xaviermauduit.bsky.social https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/genocide-une-notion-juridique-a-l-epreuve-de-l-histoire-8168663 Alors oui précipitez vous dans votre librairie de préférence indépendante pour vous offrir ce livre important. Il m’a fait penser à Muriel Pic et ses documentaires poétiques. Karelle Ménine est une autrice inspirée avec un amour de toutes les archives jusque dans le titre: « La vie en zigzag: histoire de nos histoires ».
Nous vivons dans une société qui pense que plus, c’est toujours mieux, plus vite, plus haut, plus fort, plus de croissance, plus d’argent, plus d' »IA », plus, plus, plus.
Ceci a un retentissement en santé, c’est l’angoisse de manquer de quelques choses. Je ne reviendrai pas sur le drame du toujours plus d’eau, qui en dehors de conduire à plus d’hyponatrémie, n’a jamais soigné grand chose en dehors des infections urinaires et de la lithiase avec un niveau de preuve qui n’est pas délirant. Je ne discuterai pas à nouveau d’hydratis. Comme j’habite dans une grande ville, je passe devant des pharmacies et parfois j’y rentre et je suis toujours époustouflé par la quantité de compléments alimentaires et autres poudres de perlinpinpin en vente libre. Je suis encore plus fasciné quand un pharmacien conseille une de ces boites magiques à un patients qui est fatigué avec un DFG à 10 ml/mn et pas très loin de la dialyse. La fatigue est le symptôme le plus fréquent dans la maladie rénale chronique et malheureusement nous sommes très mauvais pour répondre à cette plainte, en dehors de dire faites de l’exercice physique et tenter d’optimiser l’acidose et l’anémie sans un niveau de preuve très probant. Si j’avais des moyens, je partirai bien sur le sujet de l’asthénie au cours de la maladie rénale chronique.
Parmi les compléments qui s’affichent, celui qui occupe une place importante, car le plus méconnu des cations, c’est sa seigneurie le magnésium.
Si vous entrez dans une pharmacie et que vous dites « Je suis fatigué. », il y a une probabilité non nulle qu’on vous propose du magnésium. La carence en magnésium est loin d’être rare dans la population générale, mais il est toujours nécessaire de la documenter par un dosage de magnésémie totale dans le sang (pas d’intra érythrocytaire ni de libre). On parle d’hypomagnésémie quand elle est inférieure à 0,75 mmol/L et elle est responsable de symptomes quand elle passe sous les 0,5 mmol/L. Si vous cherchez une bonne revue en français sur l’hypomagnésémie je vous conseille celle-ci. Vous me direz que c’est probablement pas bien grave de prendre du magnésium en pilule, même si on en manque pas. C’est un argument classique des vendeurs de médecines complémentaires si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal. Les choses sont un peu plus compliquées que ce raccourci. Deux articles récents de l’European Heart Journal illustrent les choses assez bien et l’éditorial d’accompagnement est remarquable.
Le premier article a repris un essai randomisé dans l’insuffisance cardiaque, GALACTIC HF. Les auteurs ont regardé l’association entre leur critère principal de jugement (composite première épisode d’insuffisance cardiaque et mortalité cardiovasculaire) et la magnésémie mesurée à l’inclusion et à un an. Ils ont étudié uniquement les patients inclus en ambulatoire soit 6147 personnes, a un an il reste 4947 patients. La magnésémie est mesurée en centralisé. La normale pour leur laboratoire est de 0,75 à 0,95 mmol/L. L’hypomagnésémie est définie par une valeur <0,75 mmol/L et les auteurs parlent d’hypermagnésémie quand elle est supérieure à 0,95 mmol/L. Il y a trois groupes, HypoMg (n= 1082) (inclusion: 0,68+/-0,06 mmol/L, à un an: 0,74+/-0,11), NormoMg (n= 4410) (inclusion: 0,85+/-0,05 mmol/L, à un an: 0,85+/-0,09), HyperMg (n = 655) (inclusion: 1,02+/-0,06 mmol/L, à un an: 0,95+/-0,10).
Les caractéristiques cliniques et biologiques des trois groupes sont très différentes. Celle qui explique probablement la magnésémie plus haute est le débit de filtration glomérulaire dans le groupe HyperMg est à 44 ml/mn/1,73m2 (médiane) vs 60 et 62 pour les normo et les hypo. Je ne suis pas un grand spécialiste de l’insuffisance cardiaque mais mon sentiment est que le groupe hyperMg est un peu plus grave que les autres. Je laisse les cardiologues passant par là le confirmer.
Les résultats sont plus de survenue d’événements dans le groupe hyperMg comme vous pouvez le voir que ce soit en composite ou en événement individuel. L’hypomagnésémie ne semble avoir aucun effet sur les critères d’évaluation.
Après ajustement pour le DFG (modèle a), l’effet persiste et reste significatif pour l’hyperMg par contre après un ajustement plus large (modèle b) si la tendance persiste ce n’est plus significatif.
L’absence d’effets délétères associés à l’hypoMg ne donne pas envie de la corriger en apportant des médicaments. Concernant l’hyperMg, je ne me précipiterai pas pour la faire baisser avec du patiromer, chez les insuffisants cardiaques.
Le deuxième article est une étude observationnelle de la cohorte des vétérans US. Il y aura quasi exclusivement des hommes. Les auteurs ont essayé de répondre à la question, est ce que l’apport en magnésium est bénéfiques chez les patients avec une insuffisance cardiaque? Le design est robuste avec une sélection de patients hypomagnésémiques (<0,7 mmol/L) puis ceux avec une insuffisance cardiaque prenant ou ne prenant pas de magnésium et ensuite un choix des patients insuffisants cardiaques en fonction des périodes de temps en équilibrant les groupes pour avoir une bonne représentation des différentes périodes de traitement de l’IC de 2001 à 2023. Il est enfin appliqué un score de propension qui prend en compte 71 variables pour avoir deux groupes équilibrés de 10 549 patients insuffisants cardiaques hypomagnsémiques l’un prenant du magnésium, l’autre non. Le critère principal est un composite: hospitalisation pour une poussée d’insuffisance cardiaque ou décès toute cause à un an. Bien évidement, on utilise les codes hospitaliers sauf pour les valeurs biologiques.
Les patients ont en moyenne 70 ans, une magnésémie à 0,57 mmol/L et un DFG à 67 ml/mn/1,73m2 (+/-23). 26% des patients ont une FE<40%. 3 % sont des femmes et 17% des afro américains. La dose médiane de magnésium est de 420 mg pour une durée médiane de 247 jours (90-660).
Donnez du magnésium à des patients insuffisants cardiaques hypomagnésémiques (<0,7 mmol/L) est associé à une réduction de mourir et d’être hospitalisé. Plus l’hypoMg est profonde mieux ça marche (c’est dans les supplementary data).
Dans le travail précédent, l’hypomagnésémie n’avait pas d’effet délétère. On ne savait pas si il y avait une supplémentation ou pas. Ici on observe même si on ajuste. Le fait d’avoir du magnésium pourrait juste révéler que les médecins de ces patients sont plus attentifs et soignent mieux les patients. On voit pas un effet du magnesium mais un effet de la qualité du soin à travers un proxy qui est l’apport en Mg quand les patients en manque. Ceci peut aussi être du à un effet bénéfique du magnésium. Il est impossible de conclure. C’est une limite d’une étude observationnelle même avec de beaux raffinements statistiques.
Les auteurs ont ensuite fait le même travail dans une cohorte non hypomagnésémique de (0,7 à 0,95 mmol/L). L’apport en magnésium s’associe à un effet délétère, augmentation du risque d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque mais pas de la mortalité toute cause (petite tendance). Vous noterez que la taille du groupe est deux fois plus petite que la précédente responsable d’une perte de puissance.
Les auteurs nous donnent ensuite une jolie figure. Elle illustre que sous 0,61 mmol/L de magnésémie, il y a un bénéfice sur la survie de la supplémentation, alors qu’au dessus de 0,86 mmol/L la mortalité pourrait augmenter. Entre ces deux valeurs, l’effet de l’apport en magnésium est neutre. Pour le risque d’hospitalisations pour insuffisance cardiaque, le bénéfice apparait pour la supplémentation quand la magnésémie passe sous les 0.53 mmol/l alors que le risque d’hospitalisation augmente quand on substitue au dessus de 0,7 mmol/l entre les deux le risque est neutre.
La conclusion des auteurs est qu’un apport en magnésium devrait être proposé aux insuffisants cardiaques quand la concentration plasmatique est inférieure à 0,66 mmol/L, ce qui est supporté par l’étude précédente où il n’y a pas de risque, et évité quand elle est supérieure à 0,75 mmol/L, ce qui est soutenu par les données de GALACTIC-HF.
Je ne sais pas ce que feront les cardiologues de ces articles, probablement pas grand chose. Pour moi, ils illustrent bien qu’apporter des supplémentations sans raison ne parait pas une bonne idée du moins pour le magnésium et j’ai tendance à le penser pour tous les ions, vitamines ou oligoéléments et plus largement la perfusion pour attendre à l’hopital. Il faut garder en tête qu’aucun apport sous forme de comprimés, gélules, gouttes, sirops ou je ne sais quoi est anodin et dénué de tout risque. Il parait évident que ces produits n’ont rien à faire en vente libre surtout à des personnes avec des maladies chroniques qui sont plus fragiles. J’ai tendance à déconseiller ces compléments alimentaires ou cocktail de vitamines et minéraux. Parfois je suis faible et je dis oui. La lecture de ces articles me ramène dans le droit chemin.
Si vous êtes fatigué avant de prendre du magnésium, dosez le, surtout, si vous avez une maladie cardiaque ou rénale. Ne pensez pas que le magnésium est magique. Il peut être utile quand on en manque, comme associé à des risques quand on en a pas besoin.
Je me pose régulièrement la question. Je ne regarde que blue sky. Je me suis inscrit sur substack mais je n’y mets jamais les pieds. Je ne suis plus un très gros consommateur. J’ai décoché les notifications sur mon téléphone. Je me suis rendu compte à qu’elle point ceci était important, quand lors de mon inscription sur substack j’avais des notifications incessantes de choses qui auraient pu m’intéresser mais en fait étaient juste une perte de temps. Le titre reflétant rarement le contenu. Ce fut insupportable. Je conseille pour éviter le FOMO de virer les notifications. Sans ces nudges maléfiques d’applications, la vie numérique est bien plus agréable et reposante.
Je me dis régulièrement que je vais quitter blue sky quand il tourne toujours autour des mêmes trucs déprimants sur Donald Trump. En passant, il y a des journées mondiales sur tout et n’importe quoi, pourquoi pas une journée mondiale sans Trump. Je rêve d’une journée sans titres de journaux, sans émissions de radio, sans séquence télévisuelle et sans post où que ce soit avec le nom de Jésus Trump, juste une journée de calme informationnel sans attaque tout azimut et haine gratuite.
Et puis, je tombe sur un papier que je n’aurai pas vu ou comme ce matin sur une œuvre d’art. Je ne connaissais pas Peter Brook, un peintre du XXe siècle, jusqu’à ce que Des poste ce tableau.
Le titre est April shower. C’est beau, j’ai l’impression d’être dans un livre de Nina Allan et j’aime cette sensation. Il se trouve dans une série de tableaux peints entre 1976 et 1977, les douze mois de l’année. Ils sont visibles sur le site de la Tate. Quand je découvre un si bel artiste, je sais pourquoi je reste sur un de mes rares réseaux dit « sociaux ».
J’ai trouvé cette citation de Brook.
« I’ve always painted what I liked. I’m just lucky other people liked it too »
Elle est une définition possible de l’art qui s’oppose au réseaux sociaux et à la génération de contenu par IA . Faire ce qu’on aime et pas ce que les autres attendent. Et pour celui qui reçoit accepter d’être déranger, d’être mis dans une zone d’inconfort, devoir donner de son temps pour saisir la profondeur de l’œuvre, changer son point de vue, redécouvrir l’art de la conversation et refuser celui de l’invective.
Il manque dans l’enseignement de médecine, un module s’intitulant « Moins c’est plus » ou quand savoir ne pas ou arrêter de prescrire des médicaments, de faire des bilans, de se poser des questions sans intérêts. M’occuper des avis néphrologiques me convint de plus en plus de l’importance de savoir arrêter au bon moment. Une petite histoire pour illustrer mon propos.
Je vous soumets cette demande d’avis (C’est du copié collé).
J4 de syndrome occlusif sur fécalome évacué aux urgences avec reprise de transit. suspicion de choc septique sur inhalation. Hypotension à 70/40 mmhg le 07/12 ne répondant pas au remplissage par 1L de ringer, pression arétrielle à 80/50 le 08/12 et 75/50 le 09/12. créatinine à 138 le 07/12 puis ascension à 264 le 09/12. syndromme inflamatoire bioloique avec CRP à 97 et GB à 13.82 Ionogramme urinaire en cours
La question posée est « pourquoi il y a une insuffisance rénale et que faire? »
Le traitement en cours est le suivant: insuline rapide 10 UI, tazocilline 4g/12h polyonique G5% 1L/24h Ringer 1L/24h insuline asparate kardegic 75 apixaban atorvastatine candesartan 8mg 2/j furosemide 125 mg/j paracetamol spasfon januvia
Je le reconnais, je fus désespéré. L’hypotension est l’ennemie de la filtration glomérulaire. Quand on dépasse les capacités d’autorégulation du rein (vous savez le cours de physiologie en 2e ou 3e année qui vous soulez, en fait il est hyper utile), parallèlement à la baisse de la pression artérielle vous avez une baisse du débit de filtration glomérulaire donc une augmentation de la créatininémie. C’est ce qui se passe ici. La PAM ((PAS+2PAD)/3) est au mieux à 60 mm Hg pour ce patient, bien en dessous du 80 mm d’Hg qui est la limite inférieure de la zone d’autorégulation. L’urgence n’est pas à la créatinine qui monte mais à la tension artérielle qui baisse. Quand la tension remontera la créatininémie baissera…
On sent dans la prise en charge une compréhension partielle du problème. Le ringer lactate, mais probablement pas assez et pas assez vite. Pourquoi le sale bionolyte, on se demande… Il fallait bien sur remplir de façon bien plus importante le patient pour tenter de restituer une hémodynamique correcte, surtout quand on écrit le mot choc septique dans sa demande d’avis.
Passons aux médicaments, je découvre avec horreur, chez un patient occlus, forcément déshydraté, hypotendu, qu’on essaye vaguement de remplir, que l’inhibiteur du SRA (ici un sartan) n’est pas arrêté (c’est franchement grave de laisser un hypotenseur dans ce contexte), mais probablement le plus dramatique c’est les 125 mg de furosémide.
Comme je dis toujours quand vous essayez de remplir une baignoire ou un évier, comment vous faites? Vous n’ouvrez pas la bonde alors que vous ouvrez à fond les robinets? Est ce que vous avez déjà vu un évier se remplir comme ça? J’ai essayé, je n’y ai jamais réussi. J’ai l’esprit expérimentateur. Dans la vie, il faut choisir, soit on remplit la baignoire car on veux prendre un bain, soit on vide la baignoire car l’eau sale qui stagne c’est dégueu. Avec les patients c’est pareil, soit il est vide et on le remplit en arrêtant les diurétiques, soit il est plein, on arrête le remplissage et on met des diurétiques. Faire les deux en même temps est une très mauvaise idée et surtout le meilleur moyen de ne pas savoir ce que l’on fait.
Le mantra est « Remplir ou vider, il faut choisir ». Je choisis ma stratégie, je m’y tiens en surveillant mon patient, en me donnant suffisamment de temps pour savoir si j’ai raison et en ne changeant pas de stratégie au milieu de la bataille en fonction de l’humeur du moment. Ici il n’y avait aucun doute à avoir, il fallait remplir, remplir, remplir, bébé (je suis fan des maximes trumpiennes) et arrêter le putain de diurétique (en plus vasodilatateur ce qui n’améliore pas la TA) et le sartan.
J’en arrive à l’importance de ne pas avoir peur d’arrêter les médicaments qui interagissent avec l’hémodynamique intrarénale quand votre patient à une maladie intercurrente qui l’expose à la déshydratation extracellulaire (Occlusion, fièvre, diarrhée, diminution de l’alimentation, etc). C’est la règle des jours malades. Tout est écrit dans le cartoon suivant.
Cette attitude de bon sens est maintenant supporté par un essai clinique émulé avec tout les limites que ceci a mais qui conforte le fait qu’on peut arrêter sur une courte période critique les médicaments qui ont montré une amélioration de la survie comme les bloqueurs du SRA. Je pense qu’on peut l’étendre sans inquiétude aux iSGLT2 sans aucun risque voir même avec un bénéfice. En passant, la metformine et les AINS n’ont jamais montré leur bénéfice en prise chronique sur la survie. Pour les diurétiques, c’est plus compliqué mais ce n’est pas le sujet.
Arrêter les bloqueurs du SRAA dans les 48h suivant l’apparition d’une insuffisance rénale aigüe en hospitalisation réduit la mortalité à J30 et J180.
Il s’agit de la seule référence à montrer ça. 50% des patients reprennent le bloqueur du SRA après l’arrêt, comme ceci est recommandé. Ceci ne modifie pas le résultat montrant que c’est l’arrêt à la phase aiguë qui est important.
Bien évidement une fois l’épisode aigüe passé, il faut reprendre les molécules avec un bénéfice clinique démontré, iSGLT2 et bloqueurs du SRA, pour la métformine, je vous laisse lire ça. Pour les diurétiques, ça dépend de leur usage. Pour les AINS, vous pouvez les arrêter définitivement, c’est mieux chez un insuffisant rénal, hypertendu et insuffisant cardiaque.
L’absence de reprise des bloqueurs du SRA, c’est pas bon, ceci a été montré à moult reprise. un exemple ici ou là. Après avoir arrêté ces molécules bénéfiques sur le long terme, mais qui vous pose des problèmes en aigu, il faut les reprendre en se disant qu’on va améliorer le pronostic de son patient.
J’espère vous avoir convaincu de l’importance de ne pas avoir peur d’arrêter les médicaments dans des situations bien précises. Apprendre à arrêter, à ne pas rajouter, voir à ne pas prescrire est très important pour un médecin.
J’aime la radio publique et en particulier France Culture. J’ai vraiment commencé à l’écouter il y a près de 20 ans lors de mon post doc. Je pourrais passer ma vie à écouter ces gens intelligents qui parlent de choses qui bien souvent, sur le papier, ne m’intéresse pas plus que ça. Après l’émission, j’ai envie de lire ou voir tout ce qu’ils ont produits.
En ce début de semaine, j’ai écouté une émission qui trainait depuis plusieurs semaines dans mon lecteur de podcast. Je l’avais téléchargé car j’étais intrigué par le titre. Je n’avais pas trouvé la motivation d’aller plus loin. La voyant là qui prenait de la place, plutôt que de la virer sans ménagement, je me suis lancé dans l’écoute de « Sur les traces de Charles Wolff, l’homme-archive ». Je recommande à toutes et tous de donner 4 heures de votre précieux emploi du temps pour découvrir cet homme fascinant et remercier par l’écoute le magnifique travail de Thomas Henry et d’Yvon Croizier.
Ce documentaire est une ode à l’archive, à sa création, à sa conservation et surtout à son utilisation. Quand on réalise que ce fond incroyable d’un passionné de radio et de musique attendait d’être ressorti de l’oubli archivistique où il dormait gentiment depuis 1945, on se dit qu’il doit encore y avoir de sacrées pépites non exploitées dans les archives de Radio France. L’histoire commence dans le fond d’archive où se cachait cette collection de 78 tours, enregistrements de Radio Paris des années 30. On entend les voix de Jean Zay, de Léo Lagrange et la gouaille de Colette. Rien que cette découverte est incroyable. Il s’agit des rares archives de la radio de l’époque. Les historiens interrogés sont tous surpris de la richesse de ces documents. Charles Wolff enregistre, mais il est aussi un militant anarchiste, un passionné de musique et d’art, voulant transmettre et au cœur de la scène intellectuelle du Paris des années 30. Le documentaire rend très bien sa frénésie et sa boulimie d’entendre et de savoir. Ceci aurait pu être plaisant mais l’époque et terrible. Le moment d’émotion le plus important est d’entendre les paroles de cette réfugiée espagnole au Perthus qui chassée par le fascisme franquiste a tout perdu surtout sa famille, nous sommes en 1939. Bouleversant.
Quand j’entends parler de la guerre d’Espagne, je pense forcément à une autre série, cette fois du cours de l’histoire sur le franquisme. Je vous recommande là aussi de l’écouter, pour ceux qui oublient un peu vite que vivre sous un régime fasciste ce n’est pas heureux. Je ne peux m’empêcher de penser à l’Ukraine. Un peu, comme si en ce temps de montée des périls, l’Ukraine était notre guerre d’Espagne, nous prévenant que si nous faisons preuve de faiblesse comme les dirigeants des démocraties l’ont fait avec la république espagnole, les prochains sur la liste c’est nous. La leçon donnée par la guerre d’Espagne est qu’il faut être uni contre le fascisme sinon il vous écrase. Certains devraient bien écouter ce qui est expliqué de façon claire et sans ambiguïté, ici. J’ai aussi découvert cette pièce de Cervantès que je ne connaissais pas, « Numance ».
Nous apprenons aussi comment à l’époque les enregistrements se faisaient. Pour faire une émission de radio, les techniciens avaient un boulot de dingue. L’interview du responsable du Phono museum est très intéressante, quand on imagine qu’il fallait changer l’aiguille à chaque écoute du disque… On mesure notre chance d’avoir les outils actuels pour écouter de la musique.
Pour aller plus loin sur le héros du documentaire, il fallait contacter la famille. Elle dévoile des archives passionnantes avec un journal de guerre qui nous fait plonger dans qu’est ce qu’être résistant. Charles Wolff a été un résistant travaillant un long moment à Marseille au centre américain de secours. Comme le dit un historien, il fournit un contre point intéressant à l’ambiance dans ce lieu mythique la villa air bel. Ne la cherchez pas, elle a été détruite en 1982. Charles Wolff sera arrêté en mai 1944 par la milice et torturé à mort. Si vous aviez un doute sur le fait que l’extrême droite est brutale, violente et sans aucune pitié pour ses opposants, même ceux qui ne font que protéger leurs victimes ou écrire contre elle. N’oublions jamais que le totalitarisme n’est pas l’ami du peuple.
Le dernier épisode est une histoire de la récupération des biens spoliés. Encore une fois à travers un cas particulier, la grande histoire et la petitesse du gouvernement fédéral allemand sont bien illustrés.
Toutes les émissions sont passionnantes et balaient une vingtaine d’année, avec de l’art, de la politique, l’amour des archives, de l’intime, de l’histoire, de Paris à l’Espagne en passant par Marseille, Toulouse et Berlin. La forme du documentaire rend hommage à ce monsieur passionnant, Charles Wolff, éclectique et courageux. J’espère que ses archives seront exploitées au delà de cette bien belle série documentaire. J’attends avec impatience un livre ou de nouvelles émissions.
Écoutez pour défendre le service public radiophonique. C’est un bien commun indispensable en ces temps troublés de désinformation.
Un autre petit conseil d’écoute si il ne traine pas déjà dans sur votre phonographe, le dernier album de cet extra terrestre de la musique, Jon Batiste.
La thèse est toujours un moment d’inquiétude pour l’impétrant. Que ce soit en médecine, où souvent le temps brutalement s’accélère. On se demande comment récupérer toutes les données, faire les statistiques, écrire quelque chose de correct sans trop utiliser une IA générative et surtout quand est ce que ce putain de directeur de thèse va enfin répondre aux questions? En science, après une première année souvent heureuse dans la découverte du sujet, des collègues avec le sentiment d’appartenir à une communauté, arrive la deuxième année et ses angoisses, pas assez de résultats, les manips qui foirent et toujours un qui te dit « comment tu n’a pas encore publié un papier? » La troisième année qui ressemble à courir un 400 m avec des boulets au pied.
Ma chère cité phocéenne résume à sa façon comment elle voit la thèse.
Avec ce moment d’excitation sur le sujet et la joie de devenir docteur, vous arrivez sur le boulevard de la thèse.
Et rapidement vous êtes rattraper par la réalité et vous avez bien peur d’entrer là.
Et oui ces deux rues existent et sont côte à côte comme un avertissement, prenez le boulevard de la thèse dans le bon sens pour arriver au charmant jardin Levat.
Il faut toujours suivre les panneaux de signalisation contrairement aux bonnes habitudes marseillaises.
Bon courage à tous les thésards, ça reste un super moment malgré toute les peurs qu’on peut avoir. Profitez bien ça passe vite.
Mon activité clinique principale es󠄳󠅕󠄐󠅤󠅢󠅥󠅓󠄐󠅑󠄐󠆳󠆙󠅤󠆳󠆙󠄐󠆳󠆙󠅓󠅢󠅙󠅤󠄐󠅠󠅑󠅣󠄐󠅃󠅤󠆳󠆙󠅠󠅘󠅑󠅞󠅕󠄐󠄲󠅥󠅢󠅤󠅕󠅩t de donner des avis et de superviser la réponse aux avis des internes de l’hôpital de jour. Il n’y a peut-être que l’enseignement au bout d’un certain temps qui soit aussi déprimant que donner des avis. Ça rend peu agréable. Donner un avis le 2 novembre en sachant que le 30 avril la question posée sera la même par le même interne sans aucun des examens nécessaires, fatiguant. Mon mauvais caractère m’a valu d’être chanté à la revue, combo chanson et sketch (téléphone caché dans lequel je suis tombé les pieds joints).
Ce qui me désespère. Il y a 10 ans j’ai déjà fait une note sur le sujet, « le kit de survie pour un avis néphrologique optimal ». C’était pour prendre soins de mes coronaires et éviter de systématiquement passé pour un connard. Échec sur les deux points. Je me dis que j’avais probablement donner trop d’informations d’un coup. Sept points indispensables dans une même note était trop dense. Je les remets, enseigner c’est répéter.
Des créatininémies antérieures (vous pouvez envoyer le patient avec ses bilans sur 10 ans, je serai plus heureux d’avoir un tas de papiers à trier que rien).
La liste des traitements en cours et ceux arrêtés avec leur chronologie. L’éventuel exposition à un produit de contraste iodé.
Des chiffres de tension artérielle, de diurèse, et l’état d’hydratation (idéalement la variation du poids, je rêve).
Rechercher systématiquement un globe vésical
Dans le sang, j’aurai besoin d’une réserve alcaline, d’une chlorémie en plus du ionogramme de base, d’une calcémie, d’une phosphorémie, d’une protidémie et d’une albuminémie au minimum et bien sur d’une NFS.
Une imagerie rénale et vésicale avec une mesure du résidu post mictionnel (obstacle, toujours traquer l’obstacle)
Un bilan urinaire sur échantillon, j’insiste sur échantillon. Après avoir fait une BU, il faudra demander un ionogramme, une urée, une créatinine, une protéinurie et un ECBU.
Je vais essayer de changer de stratégie, en illustrant un des 7 points par une petite vignette clinique.
-« Allo » -« Oui » -« C’est les avis néphro? » -« Oui, il faut faire la demande sur l’intranet » -« C’est urgent, la patiente est anurique et le débit de filtration glomérulaire baisse. » -« OK, il faut quand même faire l’avis et on répond vite. » -« Tu comprends pas que c’est urgent, elle est anurique, A.N.U.R.IQ.U.E. » -« Si pas d’hyperkaliémie, pas en OAP et pas en choc, pas d’urgence, en attendant faites une imagerie rénale et vésicale. » -« C’est toujours pareil avec toi, toujours une imagerie pour pas répondre. Elle est sondée et anurique. Ça sert à rien de faire l’imagerie. » -« Si vous ne faites pas ce que je vous dis, ça ne sert à rien de demander un avis. Je vous demande quand même de faire une imagerie. »
Ça raccroche sans merci ni merde.
La demande d’avis arrive avec pas plus d’informations qu’au téléphone et pas grand chose dans le dossier. Je dépose alors mes 7 questions dont bien sur le caractère indispensable de l’imagerie.
48 heures passent, pas de nouvelles. Comme je suis curieux, je vais regarder le dossier de la patiente pour le suivi de l’anurie. J’ai constaté avec joie qu’un scanner a été fait le lendemain de l’avis, je vous rassure pas pour les reins, mais ce fut bien sa seule utilité. Je remarque aussi qu’elle a repris une diurèse et que la fonction rénale comme bien souvent n’était pas le problème majeur.
Je vous partage une image.
Comme vous pouvez le constater la vessie est pleine, surprenant chez une patiente sondée. Mais la sonde ne se trouve pas dans la vessie. Et oui le sondage intravaginale ne ramène pas d’urine.
L’interne particulièrement énervé par notre réponse stéréotypée, fait une imagerie, on resonde la patiente, la diurèse reprend. Il ne nous a pas rappelé pour nous tenir au courant du diagnostic de l’anurie. Je ne suis pas surpris. Con mais systématique et trouvant la réponse.
La leçon, être systématique, la fois où tu oublies l’obstacle, tu es sur que c’est obstructif. Non, quand le néphrologue demande une imagerie, ce n’est pas juste pour temporiser mais aussi pour faire un diagnostic qui peut permettre de trouver une solution simple, rapide et efficace.
Nous avons vu aujourd’hui, les points les plus simples de ma liste, le 4 et le 6.
Si vous voulez allez plus loin sur le sujet, je vous conseille le merveilleux volume de Lisette Lombe, la magie du Burn-Out. Il est possible de faire un ouvrage poétique, drôle et plein d’empathie sur un sujet difficile. Comment transformer cette destruction de soi en une chance pour progresser sur la quête de celui ou celle que nous sommes à un moment donné. Pas de solutions miracles, mais du partage d’expériences et des pistes.
Warning: Attempt to read property "comment_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 72
Warning: Attempt to read property "comment_author_email" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 592
Warning: Attempt to read property "comment_post_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 593
Warning: Attempt to read property "comment_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 72
Warning: Attempt to read property "comment_author_email" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 592
Warning: Attempt to read property "comment_post_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 593
Warning: Attempt to read property "comment_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 72
Warning: Attempt to read property "comment_author_email" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 592
Warning: Attempt to read property "comment_post_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 593
Warning: Attempt to read property "comment_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 72
Warning: Attempt to read property "comment_author_email" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 592
Warning: Attempt to read property "comment_post_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 593
Warning: Attempt to read property "comment_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 72
Warning: Attempt to read property "comment_author_email" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 592
Warning: Attempt to read property "comment_post_ID" on null in /home/perruche/public_html/wordpress/wp-content/plugins/subscribe-to-comments/subscribe-to-comments.php on line 593