Parfois cette question m’est posée. Il y a plusieurs réponses, la rencontre avec mon mentor, la diversité de la spécialité, l’intérêt pour les troubles hydroélectrolytiques, l’immunologie, un mélange de technicité et de soins primaires, le coté intellectuel et du « j’ai pas peur du bilan qui fait peur à tout le monde ». Plusieurs raisons, mais la plus importante, je l’ai trouvé à la fin de mon internat. le temps m’a convaincu que c’est la plus importante avec la rencontre de mon maître.
J’ai fini mon internat par un stage en médecine interne. Je m’y suis terriblement ennuyé. La raison était simple, les patients étaient trop simples, une seule maladie, peu de traitements, vraiment pas assez complexe. Quand on a passé son internat à vivre avec des patients atteints de maladie rénale chronique, on a appris à vivre avec la complexité. C’est la raison principale de mon amour pour cette spécialité sous son apparente simplicité. Je rappelle que l’ensemble de la démarche diagnostique tient en un tableau. Les personnes dont nous nous occupons ont un niveau de complexité rarement retrouvé ailleurs.
Cette sensation d’avoir à faire à des patients compliqués n’a jamais été évalué, jusqu’à la magnifique présentation faite à l’ERA-EDTA par Marcello Tonelli. C’est un épidémiologiste d’immense talent, si vous avez l’occasion de l’écouter précipitez vous et lisez ses articles. Ils sont toujours lumineux.
The summary of this really great talk by #Tonelli #ERAEDTA18 pic.twitter.com/nPMixTaweo— Stéphane Burtey (@SBurtey) 27 mai 2018
Le papier vient d’être publié dans JAMA open. Les données de 2 millions et demi d’albertiens (canada) ont été analysées. 29 comorbidités retenues dans l’analyse, 9 marqueurs de complexité (le nombre de comorbidités, le nombre de médicaments, la présence d’un désordre psychologique (alcoolisme, dépression, ou schizophrenie), le nombre de spécialités suivant le patient, le nombre de médecins suivant le patient, le nombre de jours d’hospitalisation, le nombre de visites aux urgences, le risque de placement en long séjour et le risque de mortalité, 13 spécialités médicales étudiées. L’objectif de l’article, quelle spécialité voit les patients les plus complexes. Ce classement peut paraître futile mais il est très important en terme de formation et d’évaluation de la charge de travail du praticien. Est ce que les praticiens qui verront les patients les plus complexes ne devraient pas être ceux qui devraient avoir le temps de formation le plus long?
Qui voit les plus compliqués? Le palmarès est dans cette figure magnifique.

Sans surprise, c’est les néphrologues qui doivent s’occuper des patients les plus compliqués. Le ressenti clinique est confirmé par la science. Sur quatre traceurs de complexité nous sommes number 1, sur quatre autres deuxième et enfin sur le dernier nous restons sur le podium en 3é place.
J’aime cette complexité du patient néphrologique, même si parfois j’aimerai n’avoir à ne m’occuper que d’un problème. Ce qui est amusant, c’est que cette habitude de la complexité fait que nous adorons prendre en charge le patient dans sa globalité, d’une façon holistique. Je suis obligé de ralentir les ardeurs des internes d’avis qui souvent ont tendance à vouloir trop en faire. On te pose une question tu réponds à la la question et stop. C’est à leur honneur cette attitude et j’en suis fier. Je me dis que nous formons des médecins avant de former des spécialistes, voir des surspécialistes.
Cet article est pour moi le meilleur argument pour exiger que la durée de l’internat soit porté à cinq ans en néphrologie. Quand je vois le classement de la gastro, de la cardiologie et de la médecine interne qui ont obtenu 5 ans, je suis dépité. Nos tutelles ne connaissent pas notre métier et nous l’avons mal défendu. Ce papier devrait permettre de faire avancer la discussion. J’espère que les collègues en charge du sujet l’utiliseront jusqu’à plus soif.
Les patients les plus complexes doivent avoir les praticiens les mieux formés. Le temps de formation est un élément important de la qualité de formation. Nous devons aussi avoir un nombre suffisant de néphrologues formés pour nous occuper des patients atteints de cette maladie dont la charge en terme de santé publique ne fait que croire.
La néphrologie est une spécialité extraordinaire. J’ai de la chance d’exercer ce métier.





















