A l’heure où notre formidable gouvernement fait de la prévention son fer de lance pour réduire les dépenses de santé. Vous remarquerez que les forces vives pour un sujet aussi complexe que porter des messages de prévention seront des étudiants en médecine. Donc à cette heure de mobilisation franchouillarde, un article effrayant vient d’être publié dans annals of internal medicine AIME201804170-M170996. Les auteurs ont évalué l’évolution de 1988 à 2014 de la « santé cardiovasculaire » en fonction de l’origine ethnique (blanc (21003), afro-américain (10 426) et latinos) et du pays de naissance pour les latinos (US (3961) ou non US (5486)). En pratique, c’est l’étude de 7 facteurs de risque cardiovasculaire, les célèbres LS7, qui fournissent un indicateur synthétique. J’en avais déjà parlé là.
Les 7 points qui constituent la mesure de la santé cardiovasculaire idéale sont divisés en
1) Quatre comportements:
- Index de masse corporelle,
- activité physique,
- régime alimentaire,
- tabagisme et
2) Trois valeurs:
- la pression artérielle,
- la cholestérolémie,
- la glycémie.
Plus votre score est élevé plus votre santé est bonne. Au dessus de 10 les auteurs estiment la santé CV comme optimale. Je ne reviendrai pas sur le coté disparité ethnique qui est bien connu aux USA et qui malheureusement ne peut pas être étudié en France. Les résultats sont ajustés sur l’age, le sexe, le niveau d’éducation et le revenu/pauvreté. Si vous êtes curieux, dans les supplemetary data, vous découvrirez que la situation économique des blancs s’est aggravée sur la période alors que pour les autres groupes elle est restée stable, dans la médiocrité.
La figure 2 est plus que parlante.Elle présente l’évolution du pourcentage de santé CV optimale.
La santé CV s’est dégradé pour les blancs dans toutes les catégories d’age, la baisse la plus impressionnante est pour la classe 25-44 avec une diminution de 15% des personnes ayant un état optimal. Ceci permet une diminution des disparités mais pas de la façon attendue. Cette situation est très inquiétante. La pathologie CV ne risque pas de diminuer dans les années qui viennent avec une telle explosion des facteurs de risque. Ce qui entraine cette dégradation est l’augmentation de la fréquence de l’obésité, de l’hyperglycémie, de la mauvaise alimentation et la diminution impressionnante de l’activité physique.
Ceci traduit un échec cuisant et retentissant de toutes les mesures de prévention mise en œuvre depuis 20 ans. Les mesures centrées sur une responsabilisation de l’individu sont un échec. Nous devons en tirer les conséquences. Un des FdR qui a diminué est le tabagisme. Pourquoi? Le prix, l’interdiction dans les lieux publics et la stigmatisation sociale, pas de mystère, seules les mesures collectives en santé publique fonctionnent.
Si nous voulons faire diminuer l’épidémie de mal-bouffe, d’obésité, d’hyperglycémie, taxons les sodas, l’ajout de sodium dans l’industrie, interdisons la publicité pour les fast-foods et la junk-food, limitons les horaires d’ouvertures des magasins vendant de la merde alimentaire, imposons un étiquetage clair et compréhensible des aliments. Parallèlement augmentons le temps d’activité physique à l’école, interdisons les dispenses de sport, construisons un programme d’éducation à l’alimentation durant toute la vie, enlevons la TVA sur les fruits et légumes. Il faudrait du courage politique, mais ne rêvons pas. Un gouvernement qui défend l’alcoolisme aura du mal à me faire croire qu’il a une véritable envie de politique de prévention en santé.
Nous retrouverons ces chiffres catastrophiques en France, si un jour nous avons un outil de mesure…









