L’IRDES a publié son atlas des pratiques médicales en France en 2019. Il s’agit d’une lecture importante. Les auteurs de ce travail, regardent pour une dizaines de pratiques essentiellement chirurgicales, les variations de recours à l’échelon départemental et leurs conséquences. Sur la figure ci dessous vous avez la moyenne nationale (trait noir) et chaque point est un département. Par exemple, pour la prothèse de hanche, 54 personnes pour 100000 habitants en France ont eu la pose de ce dispositif médical après une fracture. Il n’y a pas beaucoup de variabilité (écart-type faible, 8,99) entre les différents départements français. Ce qui est logique pour cette pratique dont les indications sont très claires. Je signale qu’il y a un ajustement pour la structure de la population (âge et sexe). Prenons une autre chirurgie, celle de l’adénome de la prostate, on a un taux moyen national de 376 pour 100 000 hommes de plus de 40 ans, ici la variabilité interdépartementale est très importante, écart-type de 62. Le département où il y a le moins d’actes est à 268 et le plus haut à 644, soit 2,4 fois plus d’interventions que dans le département où il y en a le moins. Il y a des vraies questions à poser sur la pertinence des soins dans un sens ou dans l’autre, peut être qu’on opère trop ou pas assez. Je ne sais pas.
L’atlas capte aussi le taux de réhospitalisation à 30 jours, c’est un indicateur de la qualité mais aussi du risque d’une pratique à mettre en balance avec les bénéfices attendus. Vous voyez que le taux de réhospitalisation le plus faible est de 1,1% après une césarienne. Pour la chirurgie de la prostate, c’est 12% avec une variabilité non négligeable de 3% à 21%, un facteur 7. Vous voyez l’utilité du truc quand un de vos patients va se faire opérer de la prostate vous pouvez lui dire qu’il a une chance sur 10 de devoir retourner en hospitalisation dans le mois qui suit l’intervention.
Ce qui m’a particulièrement intéressé, la pose de stents coronaires en dehors de l’infarctus du myocarde (IDM). Je regrette que nous n’ayons pas les mêmes données pour la pose à la phase aigue. On parle ici d’angioplastie avec pose de stent dans un contexte de coronaropathie chronique dont le traitement doit être essentiellement médicale. Je vous renvoie à cette note de blog volontairement car rédigé avant les résultats d’ISCHEMIA. Juste pour dire qu’en 2019, on savait déjà que dans la coronaropathie chronique le traitement médical doit être optimal et l’angioplastie venir en cas de symptômes insuffisamment contrôlés et pour objectif d’améliorer la qualité de vie des patients, ce qui est important, mais pas pour améliorer le risque de MACE. Je vous rappelle juste que pour les patients avec une maladie rénale chronique dans ISCHEMIA, le bras angioplastie est plus mauvais que le bras sans du fait d’une augmentation du risque d’AVC et du risque de décès ou de mise en dialyse. C’est un autre sujet.
En France, en 2019, le taux de recours pour la pose de stent hors IDM est de 163/100 000 habitants à l’échelon national avec une variabilité importante puisque dans le département où on pose le plus de stents, la Meuse, le taux est à 342 contre 85, en Vendée, département où on en pose le moins en France métropolitaine. On pose 4 fois plus de stents dans l’est que dans l’ouest en France. Analyser pourquoi il y a une telle différence est un enjeu majeur, pour savoir si c’est pas assez ou trop. Vous remarquerez qu’entre 2014 et 2019, le taux de recours médian à franchement augmenté.
Quel le risque d’être hospitalisé dans les 30 jours après la pose d’un stent? 16% en moyenne en France en 2019, une donnée importante à donner à vos patients. Là encore une variabilité non négligeable car les départements les moins à risque de réhospitalisation sont autour de 8% contre 23% pour les départements les plus à risque, ici un facteur 3 qui n’est pas négligeable et pose des questions.
Cette publication est passionnante avec beaucoup d’informations et ouvre des champs d’investigations importants sur l’analyse des pratiques et sur comment les faire évoluer. J’espère que les tutelles mais aussi les sociétés savantes vont s’emparer du sujet. Dans un système de santé contraint financièrement, au vue des volumes, l’efficience des pratiques est une question majeure pour les patients mais aussi pour les finances publiques. On aimerait bien avoir ce document tous les deux ans.
La goutte est une maladie humaine. Elle est probablement vieille comme l’humanité. Nous sommes une des rares espèces à avoir perdu l’uricase. Nous accumulons ainsi plus ou moins d’urate. A 37°c, quand la concentration d’urate dépasse 405 µmol/l ou 6,8 mg/dl, il va former des cristaux qui se déposeront et entraîneront une réponse inflammatoire. Ce phénomène conduit, quand ça se passe au niveau des articulations, à la crise de goutte. Cliniquement, c’est une arthrite, douleur, chaleur et rougeur de l’articulation. La localisation la plus classique est le gros orteil, mais toutes les articulations peuvent être touchées. Les facteurs favorisants la maladie goutteuse sont la prise d’alcool, la consommation d’aliments riches en purine, la prise de diurétiques, le diabète, les maladies cardiovasculaires, l’hypertension et surtout la maladie rénale chronique. La prise en charge thérapeutique repose sur le traitement de la crise de goutte, l’arthrite (en pratique des anti-inflammatoires (colchicine ou AINS ou corticoides) pendant quelques jours) et sur le traitement de fond (la prise en charge des facteurs favorisants (alcool, alimentation, etc) et médicaments diminuant l’acide urique (allopurinol ou febuxostat)). Une question pour lequel nous n’avions pas beaucoup de réponses était la question de la valeur prédictive chez des patients avec une maladie goutteuse de la concentration d’urate sur le risque de crise de goutte (poussée d’arthrite microcristalline).
Une analyse de la cohorte UK Biobank y répond. Les auteurs ont inclus tous les patients avec une maladie goutteuse et un dosage de l’acide urique à l’inclusion dans la cohorte soit 3613 patients. Ils ont ensuite recueilli les épisodes de goutte. Il s’agit d’une étude rétrospective, d’analyse de dossiers. La partie la plus robuste est la fréquence des crises de goutte nécessitant une hospitalisation. Ils ont fait des groupes de patients par mg/dl d’urate de 6 jusqu’à plus de 10. Je mets un tableau de conversion de l’uricémie en µmol/l (j’ai arrondi, sauf le facteur de conversion).
Conversion Uricémie
Uricémie en mg/dl
Uricémie en µmol/
1
59,98
5
297
6
357
6,8
405
7
416
8
475
9
535
10
595
Les patients avec l’uricémie la plus importante sont des hommes, plus gros, consommant plus d’alcool, fumant, consommant plus de viande rouge, utilisant plus de diurétiques et présentant plus souvent une fonction rénale altérée.
Le résultat de l’étude est simple et attendu, plus votre uricémie est importante plus votre risque de faire une nouvelle crise de goutte est important, en ajustant sur les facteurs de risque de crises de goutte, l’age, le poids, le sexe et la prise d’hypouricémiants. Je mets volontairement la figure pour les crises ayant nécessité une hospitalisation car le résultat le plus robuste. Vous pouvez remarquer que si votre acide urique est inférieure 357 µmol/l votre risque de faire une crise de goutte nécessitant une hospitalisation est quasi nulle.
En ambulatoire, vous avez le même ordre de grandeur, la première année, pour une uricémie inférieure à 357 µmol/l, il y a 9,5 crises de goutte pour 1000 patient (1% des patients goutteux ferons une crise de goutte). Pour ceux avec une uricémie entre 357 et 416, le risque de faire une crise est multiplié par 4,6, pour ceux entre 416 et 535, multiplication du risque par 9, entre 535 et 595, on multiplie par 16 et si l’uricémie est supérieur à 595 µmol/l on multiplie le risque par 27. Pour ce dernier groupe, de 82 patients, il y aura 25 crises de gouttes, en gros un patient sur 3 fera nouvelle crise de goutte. Ceci peut vous aider à expliquer l’intérêt du traitement hypouricémiant pour réduire le risque de crise de goutte à vos patients réticents à en prendre un.
Cet article fournit des données utiles pour informer les patients sur leur risque de refaire une crise de goutte en fonction de leur concentration d’acide urique. Ce n’est qu’indicatif mais dans la discussion du traitement de fond ceci peut être utile. Je vous rappelle qu’il n’y aucun intérêt à traiter une hyperuricémie en dehors d’une maladie goutteuse. Ceci n’a aucun effet néphroprotecteur.
Je suis fan de Marc Ribot. Il est apparu dans mon monde musical par le biais de John Zorn et plus particulièrement sur l’album the Dreamers. Après, j’ai écouté ses apparitions sur la série des Masada dont il a été un pilier. Ensuite, j’ai découvert qu’il était le guitariste solo d’un de mes morceaux préférés de Bashung, les grands voyageurs, mais surtout le guitariste de ce magnifique album du même Bashung, l’imprudence. Pour les amateurs de jazz, il y a bien sur son incroyable apparition avec McCoy Tyner, Guitars. Il montre l’ampleur de son talent dans une improvisation rare, après avoir été bien taquiné par Ron Carter. C’est un touche à tout de génie, faire la liste de tous les musiciens qu’il a accompagné serait vain. Il connaît très bien la musique sudaméricaine, un de ses albums les plus célèbres est Muy Divertido! avec los cubanos postizos.
Le morceau faisant le titre du post est extrait du dernier album des ceramic dogs, Connection. Un objet musical non identifié comme je les aime. Un mélange de punk rock, jazz, musique sudaméricaine et disco minimaliste, juste de la musique qui vous emportera et vous fera frissonner. On signalera la présence de la nouvelle star du sa ténor, James brandon Lewis qui sur Swan est incroyable. Vous pouvez écouter l’album et surtout le réécouter sans limite tant c’est riche.
J’ai une activité de blogger depuis pas mal d’années. J’ai écrit de nombreuses notes. J’ai maintenu ce blog alors qu’il eu été facile d’arrêter et de le laisser gentiment dépérir. Régulièrement, j’essaie de m’y remettre. Je tiens plus ou moins le rythme. Il y a toujours eu des commentaires critiques. Trop de ci, pas assez de ça, ça me touche plus ou moins. Preuve que je vieillis on m’a fait un commentaire très constructif sous cette note.
Je le reconnais bien volontiers, je cède à la facilité, des poèmes, des images et pas beaucoup de textes. Si je poste sur les mécanismes d’action des gliflozines, je n’ai pas vraiment de retours et de vues. Pourquoi se casser la tête? Au moins je garde des souvenirs facilement accessibles. D’autant plus que la semaine dernière, j’ai vu le trafic sur le site explosé.
Je me suis dit, super, comprendre comme les iSGLT2 marchent attire du monde. Raté. En regardant ce qui attirait les visiteurs, j’ai découvert avec stupeur qu’il s’agit d’une vieille note sur Hydratis. Mais pourquoi, ce truc qui date de plus de 3 ans brutalement ressort? J’ai découvert que les fondateurs étaient passés dans une émission télé, QVEMA. Un blog sauvé de l’oubli par la télé, la honte. Manifestement, ce passage leur a réussi. J’ai eu la flemme d’aller regarder l’émission, mais j’ai rapidement zieuté le site de la société et rien n’a changé. Arriver à gagner de l’argent en vendant des comprimés pour faire de l’eau salée et sucrée me fascine. Je ne peux que féliciter les concepteurs d’avoir eu cette idée et de se positionner sur tous les petits maux de notre société (j’ai mal aux jambes après avoir repris la course, je supporte pas ma gueule de bois, j’ai la peau flétrie) et les fantasmes autour de l’hydratation (boire avant d’avoir soif, il faut fixer l’eau, vous savez tout ce genre de trucs débiles). Le bullshit sur le site m’épate, en particulier, la mise en avant les éléments magiques contenus dans les super pastilles me fascine, comme l’argumentaire scientifique, digne d’un druide en manque de passage télévisuel.
Regardons de façon pragmatique la composition de la pastille.
Vous voyez que deux pastilles, ce qui est recommandé sur le site en terme de consommation quotidienne, apportent (merci ciqual) 1) 0,12 gramme de sodium, c’est la limite par 100 g d’aliment pour avoir une étiquette pauvre en sodium. Par exemple 20 g de pain, pour rappel une baguette pèse 250 g, apporte aussi 120 mg de sodium. 2) 3,8 grammes de glucides, mes 20g de baguette apporte 10 g de glucides comme une demie pomme par exemple. 3) 300 mg de potassium c’est simple c’est 100 g de banane soit une banane ou une grosse pomme. 4) 65 mg de magnésium, il va vous falloir deux bananes ou 100 g de pain artisanal ou 25 g d’amandes. 5) 180 g de chlorure, 20 g de pain vous les apporteront sans problème. 6) 2 mg de zinc, il vous faudra manger 40 g d’amande ou 50 g de gruyère par exemple, 7) 0,4 mg de manganèse, c’est une banane ou 20 g d’amande.
Il parait évident qu’un petit déjeuner avec du pain, un bout de fromage, un fruit et quelques amandes va apporter la même chose que la superboisson. Il n’est aucunement nécessaire si vous mangez normalement et si vous n’avez pas une anomalie de l’hypothalamus de se forcer à boire et encore moins de rajouter des pastilles de perlimpimpin dedans. Comme nous sommes dans la composition, je constate qu’il y a un édulcorant du sucralose qui est connue pour modifier le microbiote et entraîner une insulinorésistance (une moindre capacité à utiliser le sucre par l’organisme). La maltodextrine est quand à elle une substance qui favorise l’inflammation du tube digestif. Je pourrais passez beaucoup de temps à écrire sur le sujet mais je sais que ça ne sert à rien.
Voilà, je ne voulais pas parler de cette pastille. Je me suis encore laissé emporter par la facilité. Je suis désolé pour mon lecteur qui n’aime pas les retraités. Je crains de conserver ce niveau nul pour un bon bout de temps.
Je mets en ligne une présentation que j’ai fait aujourd’hui aux JESFC. Il m’a été demandé dans un symposium de présenter les mécanismes majeurs de la néphroprotection par les iSGLT2. J’avais 13 minutes. C’est donc un résumé que je n’espère pas trop subjectif.
Est-ce qu’en 2024 nous devons prescrire des gliflozines pour protéger le rein? J’ai mis sur cette plaque deux niveaux d’évidence. Le premier est les recommandations KDIGO 2023-24 qui place, comme vous pouvez le voir, en une quasi obligation l’utilisation des iSGLT2 chez le patient avec une maladie rénale chronique (MRC), juste après les règles hygiéno-diététiques. Je pense qu’il faut surtout se focaliser sur les patients à risque de progression c’est à dire ceux avec une albuminurie significative, un Ratio Albuminurie Créatininurie>3mg/mmol ou une KFRE importante. Si vous donnez à tous on ne vous en voudra pas beaucoup. L’autre niveau de preuve est la synthèse des essais pivots publiée, il y a deux ans, dans le Lancet. Dans la maladie rénale chronique, aussi bien chez les patients diabétiques que non diabétiques, vous avez une réduction du risque de progression de la MRC, du risque de pathologies CV (essentiellement des poussées d’insuffisance cardiaque), le plus étonnant et difficile à expliquer est la réduction du risque d’insuffisance rénale aiguë. Pour la première fois, en néphroprotection, nous avons un médicament qui en plus de réduire le risque dégradation de la fonction rénale diminue les épisodes d’insuffisance rénale aiguë.
Sans aucun doute, nous devons prescrire chez l’immense majorité des patients avec une MRC un iSGLT2. Le but est de réduire aussi bien le recours aux techniques de suppléance et donc de réduire le coût de la maladie rénale chronique, que de réduire la mortalité et les complications cardiovasculaires des patients avec une MRC. Malheureusement, les données de vraie vie montre que nous sommes encore loin du compte. Dans cet article publié en 2023, seulement 11% des patients qui en tireraient un bénéfice ont un iSGLT2 dans leur traitement. Comment expliquer cette résistance à la prescription? Elle vient peut être d’un défaut de compréhension du mécanisme néphroprotecteur des iSGLT2. Le sujet de cette présentation est de vous présenter brièvement les mécanismes néphroprotecteurs et potentiellement cardioprotecteurs de cette classe thérapeutique fascinante.
Comme vous le savez, le rein filtre librement le glucose, soit 180 g/jour en l’absence de diabète. Il est entièrement réabsorbé au niveau du tubule proximal par le cotransporteur Na/glucose, SGLT2. Que se passe-t-il quand nous n’avons plus de SGLT2? Il existe une maladie génétique, la glycosurie rénale familiale. Les patients ont une glycosurie et rien d’autres, pas de dégradation de la fonction rénale, pas plus d’infections urinaires, pas plus de fracture, pas plus d’amputations, juste du glucose dans les urines qui stressent beaucoup les médecins du travail. Il a été décrit quelques cas de retard de croissance systématiquement rattrapés et des cas exceptionnels de déshydratation et de cétose euglycémique en situation d’agressions. Les souris n’ont rien en dehors d’une hyperphosphaturie du moins quand elles vivent en laboratoire. Il ne s’agit pas vraiment d’une maladie mais plutôt d’un trait phénotypique. L’absence de SGLT2 dès la naissance ne s’accompagne de rien, ce qui est très rassurant quand à l’utilisation des inhibiteurs au long cours.
Comment la glycosurie agresse le rein? Il s’agit bien sur d’une vision tubulo-centrée empruntée à son défenseur Volker Vallon qui finalement a bien fait de la défendre. Le glucose va être réabsorbé par SGLT2 au niveau du tubule proximal, il va participer à l’entretien de l’éventuelle hyperglycémie. Il y aura en même temps une augmentation de la réabsorption de sodium en proximal qui en diminuant la quantité de NaCl à la macula densa (en aval) va activer le rétrocontrôle tubuloglomérulaire. L’artériole afférente va se dilater et participer à l’hyperfiltration classique dès que la glycémie augmente. Cette hyperfiltratation glomérulaire va encore augmenter la quantité de glucose filtrée et donc la quantité de sel réabsorbée dans un cercle vicieux aggravant l’hyperfiltration. Il y a une augmentation de l’activité au niveau du tubule proximal avec une augmentation de la consommation d’oxygène générant de l’hypoxie dans une zone du rein qui n’est pas faite pour la corticale rénale. L’hyperfiltration glomérulaire s’accompagne d’une albuminurie. Si par exemple vous augmentez votre apport de protéines alimentaires vous aurez une hyperfiltration et l’apparition d’une albuminurie. L’hyperfiltration va entraîner une hypertrophie tubulaire proximale qui va conduire à l’induction d’un programme de senescence faisant le lit de l’inflammation et de la fibrose aussi bien au niveau glomérulaire que tubulo-interstitielle. Ces lésions conduiront à la faillite rénale. Vous pouvez vous demander comment ça marche quand il n’y a pas d’hyperglycémie. C’est pareil. La réduction néphronique va être compensée au niveau des glomérules restant par un processus d’hyperfiltration entraînant une augmentation de la filtration du glucose qui conduira au même cercle vicieux que précédemment décrit. Au lieu d’avoir une hyperfiltration au niveau de l’organe entier on a une hyperfiltration au niveau des néphrons restant qui aggravera leur destruction.
Les gliflozines protègent le rein en augmentant le NaCl dans le tubule distal. L’inhibition du rétrocontrôle tubuloglomérulaire va provoquer une vasoconstriction de l’Artériole Afférente et une diminution de la pression hydrostatique dans le glomérule donc du DFG et ainsi réduire l’hyperfiltration glomérulaire qui conduira à une réduction de la protéinurie. Cet effet des gliflozines a été confirmé in vivo chez des souris diabétiques comme vous pouvez sur la droite (imagerie biphotonique). Dans les 30 mn suivant l’injection d’empagliflozine, chez des souris diabétiques on observe une vasoconstriction au niveau de l’AA secondaire à l’inhibition du rétrocontrôle tubuloglomérulaire. A l’heure actuelle, l’effet hémodynamique des gliflozines est au cœur de la néphroprotection comme ce fut le cas pour les bloqueurs du SRAA il y a une bonne vingtaine d’années. Retenez que l’hyperfiltration, c’est le mal. Il ne faut pas avoir peur du…
La dégradation aiguë du DFG après l’initiation des iSGLT2 est totalement physiologique et attendue. Cet effet en réduisant la charge de travail du rein et la protéinurie va avoir un effet bénéfique sur le rein.Comme vous pouvez le constater avec le croisement des courbes du DFG vers 18 mois. A droite, l’analyse post hoc de DAPA CKD, vous donne une idée de la fréquence du dip. Elle suggère aussi que la dégradation de la fonction rénale, évaluée par le déclin chronique du DFG, est moins importante, quand il y a un dip de plus de 10% que chez les autres patients non dipper. Vous pouvez tolérer sans angoisse une baisse de 30% du DFG après l’initiation, ce qui n’est pas fréquent.
L’effet hémodynamique est majeur dans la néphroprotection comme pour les bloqueurs du SRAA. Elle ne suffit probablement pas à expliquer l’ensemble des bénéfices rénaux. L’hypothèse énergétique (utilisation des corps cétoniques) est débattue surtout pour expliquer l’effet bénéfique à des DFG bas où il n’y a pas de cétogènèse car quasiment pas de perte de glucose dans les urines. Le contrôle de l’anémie est aussi une hypothèse intéressante de néphroprotection bien que là aussi les arguments soit plus théoriques que basés sur des données robustes. Il y a une forte probabilité que ce soit juste un bon marqueur du switch de la réabsorption sodé du tubule proximal vers la branche de Henlé. Enfin le contrôle de l’inflammation et du stress oxydatif dans le rein joue probablement un rôle.
Si l’hémodynamique ne vous suffit pas, je vous propose la supression par les gliflozines de l’activité de mTOR dans le tubule proximal. Il est connu depuis longtemps que la suppression de mTOR peut être néphroprotectrice mais aussi parfois aggraver la dégradation de la fonction rénale en fonction des situations. Ceci a complètement bloqué le développement des inhibiteurs de mTOR comme néphroprotecteur. Inhiber mTOR directement n’est pas la même chose que diminuer son activité en jouant sur la balance des nutriments dans la cellule. Je vous présente ici deux articles qui confirment que le blocage de SGLT2 va diminuer l’activité de mTOR dans le tubule proximal et réaliser une reprogrammation métabolique bénéfique pour le rein dans un situation de diabète. L’article de gauche repose sur des biopsies rénales faites chez des patients, et une analyse en single cell RNAseq, celui de droite est réalisé chez la souris.
Si l’hémodynamique et mTOR ne vous suffisent pas, voici un article qui s’est intéressé à l’effet des iSGLT2 sous un angle multiomiques, protéomique, posphoprotéomique, interactomique et metabolomique. Ce papier va donner du travail pour 10 ans à toute la communauté qui essaie de comprendre comme les gliflozines marchent au niveau du rein. Les résultats les plus importants sont 1) SGLT2 interagit avec de très nombreux transporteurs et probablement peut moduler leur activité. On imagine un modèle comme pour la régulation de PD-L1 sur les cellules cancéreuses, à voir. 2) Les iSGLT2 reconfigurent complètement le transport des métabolites dans le rein aussi bien des sucres que des acides aminés que de l’acide urique ou encore des anions organiques. 3) Ceci conduit à une modification des concentrations plasmatiques de nombreux métabolites. 4) Le résultat le plus important est la modification du microbiote par les gliflozines. 5) Ceci conduit à la réduction de la production des métabolites dérivant des acides aminés aromatiques (tryptophane, tyrosine, phénylalanine) par le microbiote. Beaucoup de ces molécules sont des toxines urémiques. Cet effet est indépendant de l’effet des gliflozines sur SGLT2 puisqu’il persiste chez des souris invalidées pour l’expression de SGLT2. 6) Cet effet off target est retrouvé chez l’homme même si ceci doit être confirmé de façon plus propre. 7) Enfin, des toxines urémiques comme le p crésol ou un dérivé indolique ont un effet dépresseur sur la contraction myocardique in vitro. Je vous mets la vidéo.
L’utilisation des gliflozines en diminuant la production par le tube digestif de ces toxines pourrait expliquer l’amélioration rapide de la fonction myocardique. On peut imaginer la même chose au niveau rénal, certains dérivés indoliques sont délétères pour le rein. La diminution de la production digestive combinée à la diminution de l’expression de leurs transporteurs (OAT1/3) par le rein pourraient protéger la cellule tubulaire proximale. Cette reprogrammation métabolique profonde expliquerait bien la protection du rein par les gliflozines contre certaines agressions aiguës.
Quand vous voyez cette diapo résumant les effets des gliflozines sur la cellule tubulaire proximale vous vous dites que l’explication hémodynamique, c’est finalement pas mal, essentiellement pour sa simplicité. Malheureusement, la biologie est rarement une histoire simple. Vous voyez la profonde modification du métabolisme des cellules tubulaires proximales, entourés en noir et fond vert, les transporteurs qui interagissent physiquement avec SGLT2, tout ce qui est bleu est diminué et rouge augmenté par les iSGLT2. Par exemple, il y a peu de doute sur la modulation de NHE3 par les gliflozines expliquant le niveau de natriurèse induite par cette classe en aiguë. Sur le panel B, vous avez un résumé de tout ce qui a été observé au niveau fonctionnel dans ce travail, avec une hypothèse attractive, qui me plaît beaucoup (attention conflit d’intérêt), la modulation de la production de certaines toxines urémiques avec des effets rénaux mais probablement aussi myocardiques. Ceci ouvre un champ de recherche particulièrement intéressant où je suis convaincu qu’AHR va trouver sa place. Comment les gliflozines modulent le microbiote, l’hypothèse proposée est une similarité entre le p-crésol et une partie des gliflozines. Il faudra confirmé mais une voie de recherche très intéressante pour moduler la production des toxines urémiques est ouverte. Je suis rassuré de voir que la molécule la plus révolutionnaire depuis 20 ans en néphrologie rejoint mon centre d’intérêt scientifique.
En conclusion, les gliflozines protègent le rein. Les modifications hémodynamiques jouent un rôle important dans cet effet bénéfique. Il ne faut pas avoir peur de la baisse brutale du DFG en début de traitement. A coté des effets hémodynamiques, la reprogrammation métabolique tubulaire proximale est probablement essentielle pour comprendre l’ensemble des effets bénéfiques de cette classe thérapeutique. Enfin, l’effet sur le microbiote n’est pas à négliger et met les dérivés des acides aminés aromatiques au centre du jeu. Les gliflozines sont plus que jamais la pierre angulaire du syndrome cardiométabolorénal.
Ma découverte musicale lors du trajet pour allez présenter à la capitale. Attention, ça peut choquer certaines oreilles sensibles. C’est le feu Coccolite. Ce qui tombe bien, leur nouvel album s’appelle Extrasystole, parfait pour un congrès de cardiologie.
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